Dation des Mémoires d’Albert Beugras à la Bibliothèque Nationale

Albert Beugras (1903-1963) est une figure discrète de la collaboration, mais qui eut en son temps une influence certaine. Il joua, en particulier, un rôle important au sein du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot. Né au début du siècle, au sein d’une famille bourguignonne d’agriculteurs dont le fils Louis s’est élevé à force de dur labeur dans l’échelle sociale, le jeune homme fait de brillantes études à l’École de chimie de Mulhouse, avant d’effectuer son service militaire à l’École d’infanterie militaire de Saint-Maixent. Il en sort major. Il rejoint ensuite, en tant que chimiste, la Société chimique des usines du Rhône (future Rhône-Poulenc), sur divers sites des environs de Lyon. Ambitieux, travailleur au point de sacrifier son congé de noces pour l’usine, déterminé, Albert Beugras se voit vite confier des responsabilités, notamment celle des ateliers de production du rhodoïd. Grâce à des méthodes modernes, une vision éclairée du travail et des améliorations sensibles au sein et en dehors de ses ateliers (hygiène, primes, activités de loisirs) il développe une relation de confiance et d’estime avec les ouvriers. Celle-ci sera balayée par les grèves de 1936 et le Front Populaire, une blessure amère qui ne cicatrisera jamais.

Catholique, conservateur et lecteur de Gringoire, Albert Beugras a la fibre sociale, mais résolument le cœur à droite. Il rêve d’une alternative syndicale au communisme et fait du travail une valeur cardinale. C’est d’abord son antibolchévisme qui le pousse à rejoindre le PPF de Doriot en 1936. Il est fasciné par le maire de Saint-Denis, ancien ouvrier métallurgiste, ex-communisme, matois, brillant et charismatique ; un homme qu’il n’appelle jamais autrement que le « le Chef ». Devenu délégué pour la région lyonnaise, membre actif du parti, homme de confiance de Doriot, Albert Beugras milite activement dans le bassin rhodanien, décidé à affronter les communistes sur leur propre terrain. Lors de la mobilisation en 1939, alors qu’il bénéfice de la possibilité d’être affecté dans un entrepôt de munitions – il est alors père de trois enfants –, il insiste pour rejoindre l’active. Il passera un an en Syrie, dans l’armée du Levant : une année qui a un goût de Désert des Tartares pour cet homme avide d’action, mais qui lui permet de mettre à profit son talent pour le commandement.

Malgré sa méfiance envers De Gaulle (qui est alors un quasi inconnu), Beugras est ulcéré par la capitulation. Il décide de déserter avec l’ensemble de son bataillon pour rejoindre l’armée anglaise en juin 1940. Mais il se ravise à l’annonce de la destruction de la flotte à Mers-el-Kébir. Désœuvré et déçu, à son retour en France, il renoue avec Doriot en 1940, et choisit de le suivre, à nouveau, en dépit de forts désaccords au sujet de la ligne collaborationniste du parti. Albert Beugras nourrit en effet pour les membres gouvernement de Vichy un profond mépris.

À l’issue d’un congrès houleux, en juin 1941, il décide de nouveau de rompre avec Doriot. Mais le lendemain, il apprend la rupture du pacte germano-soviétique : il lui semble alors que se ranger aux côtés des Allemands sera la meilleure manière de protéger l’Europe contre le péril bolchévique.

Activement impliqué dans des activités collaborationnistes (notamment d’espionnage) jusqu’à la fin de la guerre, il suivra « Le Chef » dans la débâcle du PPF jusqu’en Allemagne en août 1944, avant de se rendre aux Américains en 1945, à l’issue d’un retournement rocambolesque. Un drame marque cette période de sa vie : l’aîné de ses quatre enfants, Jean, âgé de 16 ans, et qui avait tenu à suivre son père, dans un bombardement à Ulm, perd la vie lors d’une mission qui lui avait été confiée par son père. Alors que Beugras veut rentrer en France, nonobstant la proposition que lui font les Américains de l’exfiltrer aux États-Unis avec sa famille, il est incarcéré en Allemagne : cela lui évite de subir une épuration expéditive.

Remis aux autorités françaises à sa demande expresse en 1946, jugé deux fois en 1948 par une cour spéciale, Albert est condamné aux travaux forcés à perpétuité et à l’indignité nationale. À Fresnes, où il est incarcéré, il rédige sur une vingtaine de cahiers d’écoliers numérotés à la suite ses mémoires politiques, retraçant par le détail ses activités au sein du PPF. La peinture qu’il livre de la désagrégation du parti, à Meinau, concomitant à l’effondrement ses idéaux, est particulièrement saisissante. Rien de l’hystérie hargneuse d’un Céline, mais une volonté méticuleuse, presque documentaire, d’expliquer ce qui peut l’être.

En effet, le procès, dont il espérait beaucoup, a été bâclé, il a été jugé à charge et ses explications n’ont pas été entendues :

J’avais décidé de m’expliquer complètement sur toute mon activité, mais les procédés de cette « justice », qui sont d’une monstrueuse injustice, m’ont fait regretter amèrement ma franchise et ma loyauté. On a mis sous le boisseau l’ensemble cohérent que j’apportais avec les preuves et les témoignages irréfutables pour ne laisser en lumière que des faits insignifiants et des ragots qu’on produisait sans preuve (Cahier 10).

Sans chercher à se dédouaner, ni à minimiser ses responsabilités, Beugras évoque de manière circonstanciée son passé de chimiste, ses relations souvent houleuses avec le PPF, ses convictions, puis ses désillusions, d’abord au sein du Parti, puis face à l’Allemagne hitlérienne, et enfin devant toute forme d’engagement politique. Le conseil épistolaire qu’il donne à son puîné, Paul, le 14 juin 1945, en dit long sur sa conscience de s’être fourvoyé : « S’il est un conseil que je dois te donner avant tous les autres, parce que j’en ressens présentement la nécessité cuisante, c’est bien de ne jamais faire de politique active. »

La propriétaire des Cahiers, Marie Chaix-Mathews, qui s’était appuyée sur eux pour relater l’histoire de son père dans son roman Les Lauriers du Lac de Constance (1974), qui retrace cette époque vue à travers les yeux d’une enfant, a fait don de l’archive intégrale à la Bibliothèque nationale de France. Les cahiers y sont désormais consultables sur autorisation par les chercheurs. En attendant, les deux premiers cahiers (1925-1937) ont été publiés en intégralité sur le site Ecrisoi en 2022 : d’une part pour permettre aux historiens de prendre connaissance de l’existence de cette archive et donner un avant-goût de sa teneur, d’autre part pour offrir au grand public le passionnant récit du basculement politique d’un homme qui partageait les idéaux, mais aussi les préjugés de son temps, et les a épousés pour le meilleur et (surtout) le pire. 

Véronique Montémont

Lire les deux premiers Cahiers sur Ecrisoi

Consulter la page de la BNF et la procédure de demande de consultation.

Nicolas de Staël, Le Voyage au Maroc (Arléa, 2023)

L’exposition Nicolas de Staël, présentée à l’automne 2023 au Musée d’Art Moderne de Paris, est désormais proposée à l’Hermitage à Lausanne jusqu’au 9 juin 2024. C’est l’occasion d’évoquer ici la parution du Voyage au Maroc, de Nicolas de Staël, dans la belle collection « La rencontre » animée par Anne Bourguignon. Marie du Bouchet, petite-fille du peintre, raconte dans la préface du livre comment, en 2016, un ensemble de feuillets intitulé Les Gueux de l’Atlas a été retrouvé dans un grenier. Lequel grenier appartenait à la demeure où l’artiste venait rendre visite à son ami Emmanuel d’Hooghvorst ; seules quelques pages de l’ensemble, amputé (au grand dam de Staël) avaient été publiées en revue par Hooghvorst.

Cette découverte est le point de départ de la publication d’un ensemble d’archives inédites, transcrites, recueillies et accompagnées de nombreux dessins et fac-similés. La combinaison, riche et passionnante, débouche sur un livre aussi beau à lire qu’à voir, dans sa composition claire et élégante – colophon inclus.

On dira d’abord quelques mots de l’excellente préface, signée Marie Du Bouchet, qui apporte au lecteur les éléments biographiques indispensables à comprendre à quel tournant de sa vie Staël se trouve quand il entreprend ce voyage, en juin 1936. Le jeune peintre, né en 1914, est orphelin de ses deux parents ; il a été recueilli et élevé, avec son frère et sa sœur, par un couple belge, les Fricero, dont le mari a des liens forts avec la Russie. Mais, se détournant de la carrière d’ingénieur que son père adoptif aimerait le voir embrasser, Nicolas de Staël se passionne pour la peinture, qu’il étudie aux Beaux-Arts. Saisi par un puissant désir de voyage, après un périple en Espagne, il part en 1936 pour le Maroc, cette fois pour longtemps, espère-t-il. Le voyage est financé par un mécène, Jean de Brouwer, à qui l’artiste a promis en retour des envois réguliers de toiles. 

C’est là-bas qu’il écrit, sur des feuillets, le texte intitulé « Les Gueux de l’Atlas ». Dans ces lignes vibre l’amour que le peintre ressent pour un pays qui lui tend chaque jour, telle une offrande, sa moisson luxuriante de sons et de couleurs. Ce lieu lui « apprend à [les] voir », écrit-il. Il faut dire qu’il est arrivé là-bas résolu à ouvrir ses sens à la majesté des teintes, des ombres, des sons et des paysages inconnus, « hallucinants » selon ses mots. Sa plume est donc habitée par le kaléidoscope d’une nature nouvelle qui infuse, presque à leur corps défendant, les mots. Le 21 mai 1937, le jeune homme écrit ainsi à sa mère adoptive. « Un grand orage s’est abattu cette nuit sur Mogador. Mille éclairs ont mis dans les vagues bouillantes des lueurs de métal, d’émeraudes, de rubis ». Ou ailleurs, cette scène captée en quelques mots saisissants d’expressivité.

Mais le regard est aussi critique, politique, sensible aux déséquilibres introduit par la colonisation. Le peintre voit déjà en elle une aliénation culturelle délétère en même temps qu’une exploitation économique dépourvue de scrupules. « Je n’ai encore jamais senti autant la distance qu’il peut y avoir entre deux peuples » écrit-il en 1936, le jour de la fête du Résident. Cette distance, il tente de la réduire, partageant des repas familiaux dans des familles berbères, assistant à des fêtes, passant des journées entières dans les souks, dessinant et dessinant sans cesse. Parsemés d’ébauches de visages, de croquis de silhouettes, ces feuillets sont un hommage aux gens de peu, aux hommes et aux femmes du peuple saisis dans ce que l’artiste perçoit en eux d’ancestrale noblesse. « Dans leurs moindres gestes, les Berbères vibrent de vie, de vie brûlante, et si le supérieur dans l’échelle du vital est bien de vivre, il n’y a plus aucun doute : c’est nous qui sommes des sauvages » conclut-il.

La correspondance du jeune homme avec ses parents adoptifs, durant cette année 1936-1937, permet quant à elle de suivre le cheminement artistique d’un peintre naissant, conscient qu’il lui reste tout à apprendre. Avec une lucidité presque prémonitoire, Staël expose à son père les raisons qui le poussent à rester au Maroc : « Je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine, c’est une raison pour que je construise mon bateau solidement et ce bateau n’est pas encore construit. » (lettre du 24 avril 1937). Sur place, il travaille comme un fou, recommence sans cesse des œuvres qu’il ne trouve jamais assez abouties – au grand désespoir du mécène qui ne reçoit rien et se plaint. Mais tant pis s’il faut attendre, faire attendre. Sans orgueil, avec toutefois la conscience de la nécessité de développer sa propre exigence et sa propre intégrité, Staël constate : « Tout doit se passer en moi. C’est avec le besoin intérieur, intime, qu’il faut dessiner, et ce n’est que comme cela que je ferais si je puis, puis, du bon dessin, de la bonne peinture. »

Le dernier document, le Cahier du Maroc, est essentiellement composé de dessins dont sont reproduits les fac-similés. Musiciens, paysans, vaches, ânes, moutons, oiseaux : c’est au plus près des humbles que le jeune homme a choisi d’esquisser le portrait du pays, le parsemant de quelques notes historiques, mais aussi poétiques, comme lorsque qu’il évoque cette forêt qui n’est « que musique ». Et si son propre texte est d’une beauté littéraire si vibrante, c’est peut-être justement, parce son auteur est peintre…    La joie de la contemplation atteint, parfois, l’intensité d’une fusion spirituelle, comme ce matin de début de ramadan : « Dans le ciel violet, un faible croissant monte, pâle, transparent […]. Toutes les forces du ciel sont debout, toutes les forces de la terre aussi. »

Texte réflexif, lumineux, saoulé de beauté, qui frappe avec la puissance d’un tableau continûment déplié, Le Voyage au Maroc entrouvre la porte sur la sensibilité fervente d’un artiste qui tente de trouver, à travers ses carnets et ses lettres, le chemin de sa propre vérité. Il écrivait à son père : « Adieu, ne jugez pas trop sévèrement mes lettres, je me demande parfois si elles ne tiennent pas comme de rares dessins le meilleur de moi-même. »

H. Gestern

Jean Hélion, Pour qui travaille-t-on ? Une lettre à André du Bouchet (1952), Éditions Claire Paulhan (2024)

Claire Paulhan nous annonce la publication d’une longue lettre du peintre Jean Hélion (1904-1987) à André du Bouchet. Le peintre, qui se trouve alors aux États-Unis et subit une forme de rejet de la part du milieu artistique français, entreprend d’écrire au poète cette longue missive aux accents biographiques, occasion de revenir sur sa trajectoire artistique. Ce texte inachevé, qui ne sera jamais envoyé à son destinataire, est édité et présenté par Yves Chevreul Desbiolles. Les Éditions Claire Paulhan ont également publié, du même Jean Hélion, en 2018, Ils ne m’auront pas / Capture, travail forcé, évasion d’un prisonnier français durant la Seconde Guerre mondiale (juin 1940 – février 1944).

La publication du texte est accompagnée par l’exposition « Jean Hélion / La prose du monde« , organisée par Sophie Krebs et Henry-Claude Cousseau au Musée d’Art moderne de Paris (22 mars – 18 août 2024).

  • 240 pp. 12 x 17 cm, Coll. « Tiré-à-part , 51 illustrations couleurs (photographies, fac-similés et tableaux © ADAGP). Isbn : 978-2-912222-79-4.

Les particuliers pourront trouver ce livre en librairie, ou le commander sur le site des Éditions Claire Paulhan : https://www.clairepaulhan.com/catalogue

Ferveur et espérances : Georges Greciano, Cocteau, l’opium aux trousses. Correspondance inédite et illustrée avec le poète (1828-1829) (Presses Universitaires de Strasbourg, 2023)

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La fidélité des ayants-droit conjuguée à la patience des chercheurs permet parfois la résurrection de véritables trésors. Tel est le cas de l’autobiographie de Georges Greciano, Cocteau, l’opium aux trousses, écrite entre 1963 et 1964 : un récit qui revient sur l’amitié épistolaire qu’un jeune prince roumain, désireux de s’engager dans la carrière littéraire, avait alors nouée avec l’auteur déjà illustre du Potomak et de Thomas l’imposteur. Dans ce livre de souvenirs, dont l’écriture fut vraisemblablement déclenchée par la mort de Cocteau, Greciano revient, quarante ans plus tard, sur des années essentielles à sa formation. La période 1928-1929, durant laquelle il a échangé 19 lettres avec Cocteau, sera une des plus tourmentées, mais aussi l’une des plus fécondes de son existence.

Georges Greciano, né en 1906, descend d’une illustre famille d’intellectuels roumains. Son père Etienne est diplomate, son oncle professeur de droit, et il est le très lointain cousin de Jean-Jacques Rousseau. Éduqué en France, chez les Dominicains d’abord, puis chez les Jésuites, fou de lecture, il ne se sent que peu d’affinités avec les adolescents de son âge. Lui rêve d’écriture et voudrait briller en société, mais juge sévèrement ses aptitudes et ses premières tentatives littéraires. Un parent lui fait découvrir Jean Cocteau au moment où il ressent le besoin de trouver un mentor, un « grand écrivain en vogue, moralement libre de [lui] dire des vérités ». Sans trop d’espoir, il écrit au poète. À sa  vive surprise, une première réponse, le 2 septembre 1928, lui parvient pour lui proposer un rendez-vous ; hélas, le jeune homme vit alors à Bucarest. Néanmoins, écrit-il :

[l]e but que j’avais visé était atteint. Cocteau m’invitait à correspondre avec lui et même à lui rendre visite. […] [Je] compris combien enrichissante pour moi pouvait devenir cette correspondance si je la menais avec tact et intelligence : toute amitié durable se mérite, se gagne et se cultive.

S’esquisse alors une correspondance rendue complexe par les déplacements fréquents des deux épistoliers : les lettres se perdent ou arrivent en retard, les réponses se font à contretemps. Greciano envoie ses premières ébauches littéraires à Cocteau ; dès la troisième lettre, le poète explique à son jeune correspondant qu’il vient d’entrer en clinique pour se désintoxiquer de l’opium dont il est dépendant (cette expérience sera relatée dans Opium, journal d’une désintoxication, 1930). Les mots deviennent fervents, et Cocteau implore son nouvel et jeune ami de l’accompagner en pensée dans des semaines qu’il pressent « atroces ». Les – magnifiques – dessins joints aux lettres témoignent au reste de grandes souffrances, de jours où « le diable sort par chaque poil de la peau ». Toutefois, Cocteau, en dépit de son état, assume son rôle de mentor, prodiguant ses conseils, avec une franchise bienvenue sur les textes que lui adresse son nouveau protégé ; de son côté, Greciano a le sentiment que ses lettres et ses cadeaux sont de nature à apporter un réconfort qui sera payé de retour.

Les lettres de Cocteau, cet homme à la fois si fort et si faible, auquel une surprenante diversité de dons conférait une autorité exceptionnelle m’avaient ébloui, et je me plus, sous l’emprise d’une brusque euphorie, à m’imaginer que de grands bienfaits me viendraient de lui.

Il est difficile de savoir ce que Cocteau aura espéré de ce jeune, fervent… et très bel admirateur, lui qui est familier des amitiés masculines. En attendant, il est en crise, isolé dans sa clinique, et se noue à ce moment si particulier un échange riche, fait selon les mots du jeune homme « d’appels, [de] duretés, [de] mots d’amitié ». Un échange que Georges Greciano, alors qu’il est venu rejoindre sa famille en France, éprouve quelques appréhensions à concrétiser par une rencontre… À partir de là, nous laisserons au lecteur le soin de découvrir la suite.

Si la personnalité de Cocteau en forme le centre, elle n’est pas le seul intérêt du récit autobiographique inédit de Georges Greciano. Le jeune prince est en effet le parfait représentant d’une aristocratie européenne cosmopolite, polyglotte, conjuguant la pratique des arts, de la science et de la diplomatie. La fortune familiale ayant été mise à mal par les aléas financiers, il se trouve dès la fin de ses études dans l’obligation de gagner sa vie, ce qui le conduit d’abord à travailler dans la diplomatie, puis à se faire embaucher comme assistant parlementaire aux côtés du député Jean Hennessy. Son titre et son métier l’amènent à fréquenter salons et les ambassades, ce qui lui donne l’occasion de dresser le portrait d’une classe sociale en pleine transformation, où la vieille noblesse d’Europe s’allie à des fortunes neuves parfois venues d’Outre-Atlantique. Enfin, on mesure dans son récit la place essentielle que jouent les lettres (et pas seulement celles de Cocteau), amicales, amoureuses, dans les destinées, à une époque qui n’est pas avare d’effusions épistolaires, alors que les rencontres physiques sont parfois raréfiées par la distance ; elles auront une importance déterminante pour Greciano dont le cœur incertain balance entre deux femmes.

            Ce récit de belle facture, rédigé avec le même soin qu’un roman – il lui emprunte son chapitrage et un réel sens du suspens – se lit d’une traite, tant on partage les émois et aspirations de ce jeune homme à la fois déterminé et plein de doutes. L’édition minutieuse réalisée par Guy Ducrey et complétée par Rodolphe Greciano, fils de l’auteur, permet d’en savourer tous les aspects sans s’y perdre : situation des villes, des (nombreuses) personnalités et œuvres mentionnées, photographies, index, textes complémentaires donnés en annexe, qui jettent une lumière sur la résolution de cette histoire d’amitié, riche postface qui analyse avec délicatesse les ressorts de la correspondance et la resitue plus largement dans l’activité d’épistolier de Cocteau. Rodolphe Greciano, quant à lui, a ajouté au récit une biographie qui retrace l’intégralité de la vie de son père, lequel eut une destinée remarquable, en particulier après la Seconde Guerre Mondiale.

Enfin, la reproduction en fac-similé des lettres et des dessins de Jean Cocteau, ainsi que des lettres retrouvées de Georges Greciano, restituent à cet échange son caractère vibrant. Elles permettent de mieux comprendre comment un lien aussi lointain, tissé dans la distance et les aléas, put pour l’un et l’autre des correspondants prendre une telle importance, tel un phare dans une période tourmentée de leur existence.

Georges Greciano, Cocteau, l’opium aux trousses. Correspondance et inédite et illustrée avec le poète (1828-1829), éditée par Guy Ducrey, avec une biographie de Rodolphe Greciano, Presses Universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2023, 265 p. ill (dont fac-similés).

En exclusivité pour les lecteurs d’Autobiosphère, Guy Ducrey a bien voulu revenir sur la découverte de cette correspondance et évoquer la genèse de son travail d’édition.

VM : Comment avez-vous eu connaissance de cette correspondance ?

GD : Hasard ? Providence ? Fin mars 2020, tandis que la pandémie me tient reclus comme la plupart d’entre nous, un médecin que je ne connais pas, le Dr Rodolphe Greciano, m’écrit pour savoir si un étudiant, ou une étudiante de littérature comparée accepterait de transcrire à l’ordinateur l’étrange récit que lui avait laissé son père, le Prince roumain Georges Greciano (1906-1976) sur son amitié épistolaire avec Jean Cocteau en 1928-1929. Le dactylogramme d’origine, dit-il, n’est pas sans intérêt, et truffé de lettres originales de Cocteau.

S’adresse-t-on à moi en raison de mon intérêt ancien pour le poète ? Ou plus vraisemblablement parce que j’enseigne dans l’université où Gertrud Greciano, l’épouse de mon mystérieux correspondant, avait elle-même fini sa carrière de Professeure de germanistique ? Mystère. Mais j’accepte par curiosité, et d’enthousiasme : le journal intime de Cocteau m’accompagne depuis trente ans ; et des lettres inédites du poète ne se rencontrent pas tous les jours.

– C’est entendu, m’écrit le Dr Greciano, je vous envoie l’enveloppe. Mais à une condition : pour l’extraire de votre boîte aux lettres, vous prendrez des gants de caoutchouc, et commencerez par faire séjourner le manuscrit trente minutes dans votre four préchauffé à 60°C…

Le conseil est singulier. Pour tuer les germes du COVID, j’expose plutôt le paquet durant trois jours au soleil de mon balcon. Quand je l’ouvre enfin, c’est pour en extraire un récit palpitant et douloureux, enrichi de lettres manuscrites de Jean Cocteau, inconnues de quiconque. Rien de plus émouvant dans une carrière de chercheur…

VM : Quelle a été la destinée de cette archive ?

GD : Sa destinée ? Il a fallu, patiemment, la reconstituer comme dans une enquête policière. Hérité de son père par le Dr. Rodolphe Greciano en 1976, le dactylogramme qui m’était transmis en 2020 avait reposé plus de quarante ans dans un tiroir. Intitulé Cocteau, l’opium aux trousses, il n’était pas daté. Le manuscrit autographe avait disparu, et Rodolphe Greciano ne parvenait pas à situer le moment exact où son père s’était attelé à cette rédaction.

Mais un détail minuscule m’a permis de clarifier les choses : en toute fin de récit, Georges Greciano évoque une conférence qu’il a tenue « il y a quelques mois » à Recklinghausen sur l’Europe. Or, dans son numéro du 10 avril 1963, la Recklinghäuser Zeitung évoque cette conférence à la Bibliothèque municipale de la ville, et permet donc de dater la rédaction. Tout laisse donc penser que l’écriture de Cocteau, l’opium aux trousses, suivit immédiatement la mort de Cocteau, survenue le 11 octobre 1963. Comme si Georges Greciano avait dû attendre cette disparition pour pouvoir enfin s’ouvrir sur cet épisode de sa jeunesse qui l’avait hanté durant plus de trente ans (il avait 23 ans au moment où ses relations avec Cocteau s’interrompirent à jamais). Jean Cocteau, l’opium aux trousses est donc le récit, par un homme de 57 ans, de l’amitié incandescente qui l’avait lié, à l’âge de 22 ans, avec le plus célèbre des poètes français, alors âgé de 40 ans.

Georges Greciano eut la force de faire dactylographier son récit dans les années 1960. Mais non celle de l’apporter à un éditeur. Il revint à son fils désormais retraité, le Dr Rodolphe Greciano, mû par un double élan de recherche scientifique et de respect filial, de se tourner vers l’Institut de littérature comparée de Strasbourg pour faire franchir à son précieux document le cap de la publication.

VM : Quelles ont été les principales difficultés de son édition ?

GD : Elles ont été de plusieurs ordres. Il y eut d’abord celle de la datation du récit lui-même et, plus gravement, des lettres échangées. On sait en effet (ses biographes l’ont déploré maintes fois) que Cocteau ne datait que très vaguement ses lettres. Or celles qu’il envoyait à Georges Greciano à l’autre bout de l’Europe (Bucarest d’abord, Bratislava ensuite) connurent des trajectoires labyrinthiques. Elles mettaient parfois des semaines à parvenir à leur correspondant, tout comme, en sens inverse, les lettres de Georges subissaient des retards, et s’égaraient entre les adresses multiples d’un poète toujours en mouvement. Les enveloppes, dotées de leur précieux cachet postal, avaient été égarées, et ne faisaient plus partie du fonds Greciano. Il a donc fallu procéder à de patientes hypothèses pour reconstituer l’ordre exact de cette correspondance, que Georges Greciano retrouva trente ans après l’avoir écrite, sans savoir toujours exactement l’ordre dans lequel chaque lettre lui était arrivée.

Une autre difficulté majeure tenait à la pudeur extraordinaire de l’auteur de Cocteau, l’opium aux trousses. Héritier d’une famille aristocratique roumaine, Georges Greciano avait été en relation avec d’illustres membres de la noblesse européenne, puis de la politique parlementaire de l’entre-deux-guerres. Comme diplomate, il prend soin de ne parler que par allusion des célébrités qu’il côtoie, et dont pourtant le lecteur d’aujourd’hui est avide de connaître l’identité. Il a fallu tenter de reconstituer, pièce à pièce (et parfois sans succès), le cercle des connaissances évoquées allusivement par le rédacteur du récit. On verra se profiler dans ses pages maintes figures célèbres de l’Europe cosmopolite des années 1920-1930 : la marquise Luisa Casati, Anna Gould, devenue Duchesse de Talleyrand, l’Infante Eulalie d’Espagne, la famille Hennessy… tant d’autres. Rédigés comme à l’encre sympathique, les souvenirs de Georges Greciano exigent souvent, pour être éclairés, de patientes recherches. Alors seulement ils peuvent restituer toute la saveur incomparable qui leur vient d’une Europe centrale d’antan.

VM : Le document est riche, et pas seulement par son évocation de Jean Cocteau. Pourriez-vous nous, dire, en quelques mots, ce qui fait son intérêt pour les lecteurs contemporains ?

GD : L’émergence d’une correspondance complète de Cocteau est en soi un événement. Mais, vous avez raison, Cocteau, l’opium aux trousses retient l’attention pour d’autres raisons aussi, qui tiennent à la géographie décrite. En reconstituant, d’une plume alerte de chroniqueur, l’atmosphère d’une Mitteleuropa des années 1920 – Bucarest, Cernăuți (l’ancienne Czernowitz des Habsbourg, aujourd’hui la Tchernivsti d’Ukraine) puis Bratislava, Georges Greciano restitue un monde englouti, que le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale fera disparaître à jamais. Le récit du voyage ferroviaire et hivernal vers la Bucovine, où se côtoient rabbins, voyageurs polonais, citoyens roumains, boyards moldaves, et où résonnent toutes les langues, est de poignante beauté lorsque l’on sait le destin auquel ces populations seront bientôt promises. Et quant aux promenades de l’auteur dans les rues enneigées de Cernăuți, début 1929, comment ne pas songer qu’elles auraient pu, cet hiver-là, lui faire rencontrer un petit garçon de 9 ans, natif de la ville, et qui deviendrait Paul Celan par la violence de l’Histoire ? On lit aussi Cocteau, l’opium aux trousses, comme le modeste monument de cette Europe centrale détruite, dont Cocteau dira plus tard qu’elle « dominait l’Europe par sa grâce et par son cœur ».

École thématique CNRS Éditer une correspondance d’Ancien Régime à l’ère du numérique (Sète 13-18 mai 2023)

Linda Gil nous signale la tenue d’une École thématique susceptible d’intéresser les chercheurs dans le domaine épistolaire, et plus largement celles et ceux qui sont confrontés à des problématiques d’édition électronique sur ce tyê de matériau

L’École thématique CNRS Éditer une correspondance d’Ancien Régime à l’ère du numérique (Sète, 13-18 mai 2023) permettra de réunir une trentaine de personnes collaborant à des éditions de correspondances des Lumières, susceptibles d’entrer dans une équipe éditoriale, ou s’intéressant à ce domaine, et des intervenants spécialistes internationaux du livre, de l’édition, des circulations, et des humanités numériques.

La formation proposée privilégiera deux grands axes :

1/ Une comparaison systématique des méthodes « traditionnelles » et actuelles, en posant à chaque fois la question « en quoi les nouveaux outils modifient-ils notre façon d’éditer une correspondance ? ». On envisagera notamment les
nouvelles méthodes de datation du papier, de l’encre, d’examen des filigranes, d’identification des écritures, des marques postales, de compilation d’informations, le recours à la spectrométrie et à la chromatographie.

2/ Les retombées de la révolution numérique sur l’édition de correspondances, tout particulièrement s’agissant des mises en relation, des recoupements, des indices convergents pour la datation, et des « contenus ». En effet, les corpus numérisés permettent non seulement de naviguer des lettres de la correspondance actives aux lettres de la correspondance passive, mais aussi, par exemple, de chercher dans toutes les lettres disponibles d’une période donnée des allusions aux mêmes événements.

La formation s’appuiera sur trois types de modules :

1/ des cours de deux heures environ, le matin, sur des questions méthodologiques, techniques, ou sur des exemples de corpus,
2/ des ateliers parallèles, l’après-midi
3/ des tables rondes sur des questions théoriques et/ou historiques.

Le programme provisoire est en ligne à cette adresse :
École thématique CNRS – Global18

Contact : Franck Salaün
franck.salaun@univ-montp3.fr

Tarifs (5 jours en pension complète)
Participants CNRS : gratuit (séjour pris en charge directement par le CNRS)
Participants hors CNRS : 600€
Étudiants : 300€
Hébergement : Le domaine – Village vacances du Lazaret

Inscriptions à partir du 13 février 2023 sur la plateforme AZUR à l’adresse
suivante :

https://www.azur-colloque.fr/DR13/inscription/fr

Appel à contribution en vue de l’inventaire raisonné de Beaumarchais

Linda Gil était venue à l’automne nous présenter l’édition électronique de la correspondance de Beaumarchais. Dans ce cadre, elle est à la recherche de l’ensemble des lettres de l’auteur, et nous transmettons l’annonce suivante.

« Dans le cadre du nouveau projet d’inventaire raisonné et d’édition de la correspondance intégrale de Beaumarchais, l’université Paul-Valéry de Montpellier invite les possesseurs de lettres manuscrites de l’écrivain (publiées ou inédites, autographes ou allographes) à contacter linda.gil@univ-montp3.fr. »Dans le cadre du nouveau projet d’inventaire raisonné et d’édition de la correspondance intégrale de Beaumarchais, l’université Paul-Valéry de Montpellier invite les possesseurs de lettres manuscrites de l’écrivain (publiées ou inédites, autographes ou allographes) à contacter linda.gil@univ-montp3.fr. »

Nous en profitons pour relayer l’annonce d’un colloque co-organisé par Linda Gil et consacré à L’Europe de Beaumarchais qui se tiendra à Paris, à la Comédie française et en Sorbonne, les 20 et 21 janvier prochains. Il sera également possible de suivre le colloque à distance. Le programme se trouve en pièce jointe.

En v’là des mots en v’là : nouveau portail du dictionnaire de l’Académie (Laurent Catach)

Parce que derrière l’autobiographe se cache (parfois) le lexicographe, que les mots pour le dire comptent, et que les dictionnaires en sont une mine, nous sommes heureux de relayer l’annonce de notre ami Laurent Catach, chargé de mission auprès de l’Académie française et Membre des Commissions de terminologie et de néologie (DGLFLF/Ministère de la Culture), qui nous informe qu’une nouvelle version du portail du Dictionnaire de l’Académie française a été mise en ligne le 28 novembre dernier, à l’adresse : https://www.dictionnaire-academie.fr

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Outre une refonte de la page d’accueil, et l’intégration des derniers travaux de l’Académie sur la 9e édition (jusqu’à Sommairement), la grande nouveauté de cette version est le module de recherches avancées, qui permet d’effectuer des explorations tout à fait inédites sur le corpus des neuf éditions (20 tomes imprimés, 250000 articles), en proposant divers critères de recherche qui peuvent être combinés. Il est ainsi désormais possible de faire des recherches en texte intégral, par domaines, sur les étymologies, sur les mots apparus ou disparus, etc., sur une ou plusieurs éditions du Dictionnaire.

Ces recherches avancées s’adressent sans doute plutôt à des utilisateurs avertis, cependant elles peuvent également intéresser un public plus large, et ouvrent également à de multiples scénarios pédagogiques, utiles aux enseignants et apprenants du français.

Une autre nouveauté de cette version est l’intégration de liens hypertextes vers le Dictionnaire des régionalismes de France (le DRF, de Pierre Rézeau), dont une édition numérique a été développée en 2020. Voyez par exemple les articles bauge ou reprocher.

Ces liens prolongent la démarche originale d’ouverture du portail du Dictionnaire de l’Académie, pour renvoyer à des ressources de qualité disponibles en ligne, sur la terminologie (FranceTerme), la francophonie (BDLP, OQLF) et désormais les régionalismes (DRF).

Enfin, le portail poursuit sa compatibilité concernant l’accessibilité, travail réalisé en 2021 qui a été amélioré dans cette version. Nous poursuivons également notre partenariat avec la Fédération des aveugles et amblyopes de France sur ce projet.

Vous pourrez en savoir plus sur cette nouvelle version en consultant les informations suivantes :
https://www.dictionnaire-academie.fr/nouveautes
https://www.dictionnaire-academie.fr/RecherchesAv
Voyez également le tutoriel de présentation qui a été réalisé cette année sur le portail du Dictionnaire.

Dernière information : la fréquentation du portail aura bientôt triplé depuis son lancement début 2019.

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Laurent Catach sera heureux de collecter vos remarques et suggestions sur ce projet, qui continuera d’évoluer en 2023.
Pour le contacter : https://www.4h-conseil.fr/

Annie Ernaux prix Nobel de littérature

Annie Ernaux (2021) © Jean-Luc Bertini (source : En attendant Nadeau)

Autobiosphère adresse ses sincères félicitations à Annie Ernaux pour le prix Nobel de littérature qui lui a été décerné le 6 octobre 2022. À travers son œuvre, Annie Ernaux a su faire résonner avec une force, une puissance et une dignité inédites la voix autobiographique, et montrer qu’au rebours d’un repli narcissique, dire je pouvait être la manière plus sincère et la plus ambitieuse de dire nous.

Vous trouverez un petit récapitulatif des articles et chroniques lui ont été consacrés dans ces colonnes.

Encore bravo à elle !

La force éclatante du désir : Annie Ernaux, Le Jeune Homme (Hélène Gestern)
Les Années, vers une autobiographie sociale (V. Montémont)
Annie Ernaux : La Chambre d’échos (V. Montémont)
Annie Ernaux : Avorter : scandale (V. Montémont)
Lancement du site Annie Ernaux (avril 2019)
Ania Wroblewski : La vie des autres. Sophie Calle et Annie Ernaux, artistes hors-la-loi
Genèse de l’autobiographie, anthologie d’études de Catherine Viollet (éditions Ixe, 2021)
Soutenance de thèse de Sara Ziaee Shirvan (17 décembre 2021, 14 h, ENS Jourdan)
et l’édito de Françoise Simonet-Tenant pour le site Ecrisoi : « Annie Ernaux ou le triomphe de la non-fiction« .

 

Inauguration du GIS « Le sujet dans la cité » (reportée au 30 septembre 2022, campus Condorcet, 9h-13h30)

Notre amie Christine Delory-Momberger nous annonce  l’inauguration du GIS LE SUJET DANS LA CITE Sorbonne Paris Nord-Campus Condorcet qui devait initialement avoir lieu le 11 avril 2022 (9h-12h30), mais qui est reportée au 30 septembre à la Maison des Sciences de l’homme Paris-Nord (93210, Saint-Denis). Vous trouverez au bas de cette annonce une courte présentation de ce GIS, l’invitation et le programme de la matinée.

Ce GIS LE SUJET DANS LA CITE ouvre un espace renouvelé de la recherche biographique dans une attention renforcée et une interrogation critique sur le Sujet et la Cité dans ce monde incertain qui est devenu le nôtre. Nous pourrions dans ce cadre continuer à penser ensemble nos objets de recherche communs.
Dis-nous si tu peux venir pour que tu sois inscris sur la liste des participants et ce serait formidable si tu pouvais partager cette invitation à l’inauguration du GIS LSC dans ton réseau et / ou en l’envoyant à des personnes susceptibles d’être intéressées par le projet en leur demandant de t’inscrire auprès de Anne Dizerbo pour une meilleure gestion de l’événement : dizerboanne[arobase]sujetdanslacite.org 

Cette inauguration devrait être un moment de rassemblement.

Le GIS LE SUJET DANS LA CITE Sorbonne Paris Nord-Campus Condorcet est un Groupement d’Intérêt Scientifique qui réunit des universités, des laboratoires de recherche, des associations, des partenaires professionnels. Il a pour objet de renforcer et de structurer un réseau international de recherche, de pratiques et de formation autour d’une orientation commune présentant un point fort sur le plan scientifique et professionnel : le paradigme du biographique comme approche spécifique des sciences humaines et sociales visant à explorer la dimension constitutive des processus d’individuation, de subjectivation, de socialisation dans le développement et la formation des sujets et de leur pouvoir d’agir.

En mettant en relation d’interaction « le sujet » (en tant que processus et devenir de l’être individuel) et « la Cité » (au sens de la polis grecque, des formes organisées que se donnent les collectivités humaines), le GIS LE SUJET DANS LA CITE entend mettre l’accent sur la manière dont les constructions individuelles prennent effet dans des environnements historiques, culturels, sociaux, économiques, politiques, et dont les espaces collectifs sont agis, signifiés, transformés par les acteurs individuels.

Lien sur le formulaire d’inscription : https://forms.gle/2sG6ExUVCu1NPvKZA