Les éditions Claire Paulhan reçoivent le Prix Sévigné

C’est avec grand plaisir que nous relayons l’annonce du Prix Sévigné obtenu par les éditions Claire Paulhan pour la Correspondance 1925-1944 de Pierre Drieu la Rochelle et Jean Paulhan.

Le Prix Sévigné couronne depuis 1996, année du tricentenaire de la mort de la marquise de Sévigné, l’édition d’une correspondance.
Le jury, fondé et présidé par Anne de Lacretelle, composé par Diane de Margerie, Jean Bonna, Claude Arnaud, Jean-Pierre de Beaumarchais, Manuel Carcassonne, Jean-Paul Clément, Charles Dantzig, Marc Lambron, Christophe Ono-dit-Biot et Daniel Rondeau, a donc distingué la Correspondance 1925-1944 de Pierre Drieu la Rochelle & Jean Paulhan, établie, annotée et préfacée par Hélène Baty-Delalande.
Hélène Baty-Delalande est maître de conférence en littérature française du XXe siècle à l’université Paris-Diderot, et s’est chargée de l’édition critique d’État-Civil et de Gilles dans le volume Romans et Nouvelles de Pierre Drieu la Rochelle, publié dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard), en 2012, sous la direction de Jean-François Louette.
La Maison Hermès, la Fondation La Poste et le Festival de la Correspondance de Grignan accompagnent le Prix Sévigné, qui a été remis le 13 février au Musée national Delacroix.
352 pages. 13 x 21,5 cm. 51 photographies et fac-similés n. et bl. Annexes.
Index des Noms et des Titres. PVP: 36 €. Isbn: 978-2-912222-53-4
Commandes en ligne : http://www.clairepaulhan.com/auteurs/pierre_drieu_la_rochelle-jean_paulhan.html

Présentation détaillée de l’ouvrage ici

Cette annonce réjouira particulièrement les amateurs du catalogue des éditions Claire Paulhan qui, rappelons-le, publie depuis 1996 des journaux et correspondances rares, dans des éditions soignées et annotées avec exhaustivité. C’est grâce à elle et aux éditeurs scientifiques qui ont préparé ces textes que l’on a pu découvrir des merveilles oubliées ou inédites, telles que les journaux de Catherine Pozzi, Mireille Havet, Hélène Hoppenot, Jehan Rictus, ainsi que les correspondances de Jean-Richard Bloch, Georges Hyvernaud, Michel Leiris, Valery Larbaud, André Spire, Jean Paulhan…

 

Elodie Bouygues et France Marchal-Ninosque

GENÈSE DES SEUILS

Élodie BOUYGUES et France MARCHAL-NINOSQUE (dir.)

Ce volume rassemble 17 communications prononcées lors du colloque international de janvier 2013, organisé par les Universités de Franche-Comté et de Lausanne. L’intérêt de ce colloque avait été de mettre en valeur cet objet d’étude très rarement observé par les chercheurs : le péritexte de l’œuvre, ici analysé d’un point de vue strictement génétique, à partir des travaux de Gérard Genette. Le gai savoir cher au penseur s’y allie à une taxinomie rigoureuse des différentes formes de paratextes, même s’il reconnaît que l’inventaire est incomplet. Un tel volume présente l’intérêt de placer la question de la rédaction des paratextes, ici observés exclusivement et de manière parfaitement neuve sur des manuscrits d’écrivains, au cœur l’auto-représentation auctoriale. L’étude des archives ouvre aussi le champ d’un domaine d’études encore très peu exploré, celui de la « génétique éditoriale », pour mesurer l’existence d’une paradoxale  auctorialité éditoriale. Le volume est introduit par une introduction théorique par les directrices du volume (Elodie Bouygues et France Marchal-Ninosque) et assorti d’un index et d’une bibliographie.

Élodie BOUYGUES et France MARCHAL-NINOSQUE (dir.)
2019 – ISBN : 978-2-84867-648-7 – 254 pages – format : 15*21 cm
Collection : Annales littéraires
Série : Centre Jacques Petit

Séminaire ABC du 7 février 17h-19h (ENS, salle Dussane)

 

Séminaire Autobiographie et Correspondances

Séance du 7 février 2019 (17h00-19h00)

ENS, 45 rue d’Ulm, Salle Dussane (rez-de-chaussée)

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Vincent Gogibu

Correspondance de Remy de Gourmont :  éditer un paradoxe

 

Écrivain subtil et prolixe, penseur paradoxal, la Correspondance de Remy de Gourmont est tout naturellement à son image. S’il confie à Natalie Barney : « Moi qui aime si peu à écrire des lettres », il l’a tout de même ensevelie sous un monceau de missives, tant privées que publiques ; si bien que je me suis retrouvé devant un corpus de plus de 2500 lettres adressées à plus de 250 destinataires.

Je m’attarderai sur cet aspect paradoxal ainsi que sur des données matérielles, telle sa graphie qui trahit vers 1890 ses penchants symbolistes et vers 1900 une épure tant dans le style que dans la forme ; de la difficulté à rassembler les lettres ; des « étrangetés » de sa succession et de la dispersion / destruction des lettres et manuscrits, etc. Et j’évoquerai également quel Remy de Gourmont laisse entrevoir sa Correspondance, entre l’écrivain à l’audience internationale, l’ami et l’amant.

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Vincent Gogibu a également publié la correspondance Jean Royère André Gide, Votre affectueuse insistance (1907-1934) (éditions du Clown lyrique, 2008). Il est l’auteur de Le téléphone a-t-il tant que cela augmenté notre bonheur ?, une sélection d’aphorismes issus de l’œuvre de Remy de Gourmont et il a préfacé un certain nombre de rééditions de Gourmont : Sixtine (Mercure de France, 2016). Il a dirigé et codirigé plusieurs colloques et ouvrages dont le plus récent établit la filiation intellectuelle entre Remy de Gourmont et Benjamin Fondane. Questions d’esthétique (éditions du CARGO, 2018). Il publie les Œuvres complètes d’Albert Aurier (sous la direction de Julien Schuh, à paraître en 2019) et les Œuvres complètes de Félix Fénéon (sous la direction d’Eric Dussert et Philippe Oriol, à paraître en 2019). Il est membre du projet PRELIA (Petites Revues Littéraires et Artistiques) et ENCHRE (Edition Numérique des Cahiers d’Henri de Régnier). Ses travaux portent sur la période 1880-1920, les revues, la notion de réseau.

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Marie-Odile Thirouin

André Spire et Otokar Fischer : présentation de soi et accommodation réciproque dans la correspondance de deux poètes juifs (Paris-Prague, 1922-1938)

L’exposé présentera les deux auteurs réunis par cette correspondance amicale publiée en deux volumes, en français et en tchèque, aux éditions du Musée de la littérature tchèque (Prague, 2016) : le  poète d’expression française André Spire (1868-1966) et le poète d’expression tchèque Otokar Fischer (1883-1938). L’édition de cette correspondance qui s’étend sur seize années, de 1922 à 1938, a posé des problèmes spécifiques, en raison des langues et des cultures engagées. Ces difficultés seront présentées avant qu’on examine l’apport de cette correspondance sur le plan de la génétique textuelle (collaboration dans la pratique de la traduction réciproque de poèmes), sur le plan poétique (débat sur le vers libre) et sur le plan de la définition de soi (débat sur la place qui revient à la judéité dans l’identité de chacun, dans des contextes aussi différents que ceux de la France et de la Tchécoslovaquie dans l’entre-deux-guerres).

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Marie-Odile Thirouin enseigne la littérature comparée à l’Université de Lyon. Son domaine de recherche est celui des imaginaires nationaux et des transferts culturels en Europe centrale. Elle co-dirige le nouveau séminaire

Violette Leduc, le retour (9 février, 15h30-16h30, Paris XIe)

Notre amie Mireille Brioude nous signale deux événements à la médiathèque Faidherbe du XIe arrondissement de Paris, aujourd’hui devenue Médiathèque Violette-Leduc.

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Une conférence</em> de « présentation générale » de Violette Leduc, par Mireille Brioude, présidente de l’Association des amis de Violette Leduc et auteure de nombreux écrits consacrés à l’écrivaine.

Mireille Brioude, présidente de l’Association des amis de Violette Leduc, se propose d’aborder le parcours de l’écrivaine, suivant un ordre chronologique,-sa jeunesse et sa carrière littéraire seront retracées, en lien avec les thématiques qui ont traversé cette œuvre si longtemps méconnue : la bâtardise, la laideur, l’amour, la collaboration intellectuelle avec Simone de Beauvoir, la vie parisienne rue Paul Bert puis la retraite à Faucon dans le Vaucluse.

Cette conférence exceptionnelle et intitulée Violette Leduc est de retoursera accompagnée d’une projection d’une cinquantaine de diapositives, – et de la diffusion de fichiers sonores. Elle sera suivie d’un échange avec le public sur l’actualité des recherches, et sur la nouvelle notoriété de Violette Leduc.

Site de l’événement : https://quefaire.paris.fr/65984/violette-leduc-le-retour

A noter également, le 23 février, de 14h à 16h30, dans les mêmes locaux, la projection du film de Martin Provost, « Violette« .

Attention, les deux manifestations sont gratuites mais sur réservation : contacter bibliotheque.faidherbe@paris.fr

Séminaire ABC, séance du 17 janvier 2019 (17h-19h)

Toute l’équipe du séminaire vous présente ses meilleurs vœux pour une année 2019 riches en lectures, découvertes et bonheurs de toutes sortes.

Pour la bien commencer, nous inaugurerons l’année par une séance intégralement consacrée à la musique, pour laquelle nous vous espérons nombreux. En voici le détail.

Séance du 17 janvier 2019 (17h00-19h00)

ENS, 45 rue d’Ulm, Salle Dussane

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Christophe Corbier

Musicologue, compositeur, helléniste ? Quelques réflexions sur le choix des lettres de Maurice Emmanuel

Maurice Emmanuel (1862-1938) occupe une place singulière dans le champ de la musique en France durant le premier tiers du XXe siècle. Formé au Conservatoire de Paris et à la Sorbonne dans les années 1880, Emmanuel a d’abord été considéré comme un helléniste, disciple d’Alfred Croiset, de Maxime Collignon, d’Edmond Pottier, de Louis Havet, de François-Auguste Gevaert. Il se signale par la publication d’un livre majeur sur la danse grecque antique (1896), dont la renommée durable et le lectorat nombreux (d’Isadora Duncan à Jacques Copeau) est attestée notamment par sa correspondance. L’helléniste devient ensuite musicologue en raison de son action en faveur de l’institution de la musicologie française avant 1914, et parce qu’il a occupé la chaire d’histoire générale de la musique au Conservatoire de Paris de 1909 à 1936. Mais après la Première Guerre mondiale, tandis que son activité de musicologue s’éloigne des pratiques instituées par ses collègues universitaires, il s’affirme comme un compositeur dont les œuvres sont appréciées par toute une génération de musiciens qui furent ses contemporains ou ses élèves (Messiaen, Koechlin, Busoni, Caplet, Dutilleux, Migot…).

La correspondance de Maurice Emmanuel constitue une source privilégiée pour comprendre ce parcours complexe. Editer une sélection de ses lettres engage cependant un questionnement sur l’identité d’Emmanuel d’autant plus que, depuis quelques années, son nom tend à être attaché à son œuvre musical de compositeur plutôt qu’à sa production musicologique. Le cas d’Emmanuel n’est certes pas isolé : Romain Rolland est un autre exemple de transfert entre activité musicologique et création. Mais, à la différence de Rolland, tôt reconnu comme écrivain, l’identité problématique d’Emmanuel est au cœur même de sa correspondance, qui peut être lue comme le reflet d’un long processus de reconnaissance du compositeur au détriment du musicologue et de l’helléniste.

Par leur dimension apologétique autant que par leur contenu autobiographique, nombre de lettres d’Emmanuel apparaissent comme des textes relevant de l’écriture de soi. Elles possèdent non seulement une valeur informative sur le plan historique et biographique, mais elles engagent la réception même de l’œuvre du compositeur-musicologue par ses successeurs, sans oublier le simple plaisir de lecteur qu’elles peuvent procurer. C’est donc le choix même des lettres d’Emmanuel qu’il conviendra d’éclairer et d’interroger lors de cette séance.

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Christophe Corbier est chargé de recherche au CNRS, à l’Institut de Recherche en musicologie (UMR 8223). Il est l’auteur de trois ouvrages sur Maurice Emmanuel (Maurice Emmanuel, 2007 ; Poésie, Musique et Danse. Maurice Emmanuel et l’hellénisme, 2010 ; Maurice Emmanuel, Lettres choisies, 2017). Il prépare actuellement l’édition de Voyage musical au pays du passé de Romain Rolland, ainsi que l’édition du mémoire de DES de Roland Barthes (avec Claude Coste et Malika Bastin-Hammou) et les fragments de Nietzsche sur la rythmique grecque. Ses recherches sont consacrées principalement à l’histoire et à la réception et à l’histoire de la musique grecque en France, en Allemagne et en Grèce au XIXe et au XXe siècle.

 

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Jean-Sébastien Macke

La correspondance d’Alfred Bruneau :

Du creuset de l’œuvre musicale à l’émergence d’une personnalité

Alfred Bruneau (1857-1934) est connu pour être le « musicien de Zola ». En effet, cet élève de Massenet au Conservatoire de Paris a mis en musique Le Rêve et L’Attaque du Moulin (Opéra-Comique, 1891-1893) puis a composé ses drames lyriques d’après les livrets en prose de Zola (Messidor, 1897, Opéra ; L’Ouragan, 1901 et L’Enfant roi, 1905, Opéra-Comique). Ce qui aurait pu rester une simple collaboration artistique s’est rapidement transformée en véritable amitié, dont les liens se sont définitivement resserrés au moment de l’affaire Dreyfus.

Les plusieurs milliers de lettres que constituent la correspondance active et passive de Bruneau nous permettent ainsi de suivre, sur près de cinquante années, le cheminement d’un compositeur passé de la gloire à l’oubli. Nous nous proposons, durant cette communication, d’en détailler quelques aspects :

  • La correspondance croisée entre Alfred Bruneau, Émile Zola et Louis Gallet (librettiste du Rêve et de L’Attaque du moulin) est le véritable creuset de la création de ces deux drames lyriques et nous en montrerons les moments les plus importants.
  • Après la mort de Zola, Alfred Bruneau poursuit une correspondance assidue avec Alexandrine Zola. Ces lettres nous sont très précieuses pour comprendre comment le romancier est célébré durant les années qui suivent son décès, de la création du pèlerinage de Médan (1903) à la panthéonisation en juin 1908.
  • Trop longtemps resté dans l’ombre de Zola, Alfred Bruneau doit être étudié en tant qu’individu, à la personnalité autonome qui s’affirme progressivement dans les milieux artistiques. Nous en donnerons quelques exemples, notamment dans l’étude de sa correspondance avec Roger Martin du Gard et Pierre Margaritis, ceci grâce à quelques lettres récemment retrouvées.

Jean-Sébastien Macke est ingénieur à l’Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS/ENS), au sein de l’équipe « Supports et tracés » et du Centre d’étude sur Zola et le naturalisme. En 2003, il a soutenu une thèse consacrée aux liens d’Émile Zola avec le compositeur Alfred Bruneau. Il s’est spécialisé dans l’étude des rapports entre littérature et musique et s’intéresse au prolongement du naturalisme dans les domaines de la photographie et du cinéma. Il a participé à l’édition des Lettres à Alexandrine (sous la direction d’Alain Pagès, Gallimard, 2014) et vient d’éditer, avec Aurélie Barjonet, les Actes du colloque de Cerisy Lire Zola au 21ème siècle (Classiques Garnier, 2018).

 

 

Séance Simone de Beauvoir, 24 novembre (interventions)

Séminaire Autobiographie et Correspondances

Séance du 24 novembre 2018 (10h00-13h00)

ENS, 45 rue d’Ulm, Salle des Actes.

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Matinée « Journal de Joanne & Simone de Beauvoir »

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La séance du 24 novembre a été consacrée au journal inédit d’une étudiante américaine, Joanne. Née en 1930, elle a tenu un journal depuis l’âge de 13 ans. En 1958, la jeune femme a confié les 8000 pages de ce texte à Simone de Beauvoir, un épisode mentionné dans La Force des choses.  Simone de Beauvoir a également conservé quelques lettres de Joanne datées de l’été 1958.

En octobre 2015, Sylvie Le Bon de Beauvoir prend contact avec Philippe Lejeune afin de déposer à l’Association pour l’Autobiographie ce volumineux journal. Mais qu’est devenue Joanne qui a quitté la France en septembre 1958 ? Philippe Lejeune enquête auprès de l’université de Yale où elle a été étudiante et découvre que Joanne vit à Providence, dans le Rhode Island. Quatre membres du groupe de lecture Paris I de l’APA se lancent dans la lecture du journal et des lettres, et écrivent à Joanne. Elle répond, et s’instaure alors un passionnant dialogue à distance. Joanne n’est jamais revenue en France depuis 1958, mais a gardé son amour et sa maîtrise de la langue française. Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Pendant dix ans, elle a tenu la promesse faite à Simone de Beauvoir de renoncer à son journal et puis a « rechuté » ; encore aujourd’hui elle passe une grande partie de ses nuits à écrire sur des feuilles volantes.

IMG_8652Ce journal témoigne de l’enthousiasme intellectuel soulevé par l’existentialisme et par le couple mythique qui l’incarne. Cependant son intérêt dépasse largement cette dimension historique. Joanne a une personnalité exceptionnelle, elle est brillante dans bien des domaines, mais ses ambitions, ses exigences l’ont exposée à de douloureux échecs. Dans son journal, tous les sujets sont abordés : relations familiales, amicales, amoureuses, culture, engagement. Et Joanne explore de façon quasi obsessionnelle les liaisons complexes et parfois dangereuses entre journal, vie et littérature. Elle souffre d’une véritable dépendance à l’égard de son journal, elle lutte en vain contre cette « compulsion », partagée entre conscience et déni, où le lecteur perçoit plutôt une authentique vocation.

L’APA a présenté une sélection des extraits de ce journal dans le dernier numéro de La Faute à Rousseau, paru en octobre 2018, auquel nous renvoyons pour le découvrir. Les lecteurs intéressés pourront aussi consulter, sur le site de l’APA, une présentation du journal et l’intégralité des échos de lecture. Quelques extraits sont ici proposés à la suite de l’annonce du programme de la journée, ainsi que le texte des différentes interventions.

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(10h-13h00) Entretien

10h00. Avec Sylvie Le Bon de Beauvoir et Jean-Louis Jeannelle (Université de Rouen ; éditeur de Simone de Beauvoir dans la Pléiade), animé par Françoise Simonet-Tenant.

Sylvie Le Bon de Beauvoir et Jean-Louis Jeannelle sont revenus sur leur collaboration au cours des cinq années consacrées à l’édition des deux tomes des Mémoires de Beauvoir dans la collection de la Pléiade, une édition préparée sous la direction conjointe de Jean-Louis Jeannelle et d’Éliane Lecarme-Tabone. Tous deux décriront les archives de Simone de Beauvoir et présenteront quelques-uns des textes révélés à l’occasion de cette édition Pléiade. Seront également évoqués les quelques passages consacrés dans le Journal de 1958 à Blossom que la mémorialiste ne retint pas dans La Force des choses.

  Le journal de Joanne

10h50- 11h15 : Présentation générale du journal / Ce que Joanne dit de la pratique diaristique, par Claudine Krishnan (Association pour l’Autobiographie)

Lire l’intervention intégrale de Claudine Krishnan

11h15-11h30 : Premiers volumes du journal par Élisabeth Cépède (Association pour l’Autobiographie

Grâces soient rendues à Sylvie Lebon de Beauvoir qui a confié à l’APA, les dix-huit cahiers du Journal de Blossom Douthat. Belle et double histoire de transmission puisqu’elle prenait ainsi le relais de sa mère en protégeant et prolongeant la survie des cahiers de Blossom…

Lire l’intervention intégrale d’Elisabeth Cépède

Les lettres de Joanne

 11h45 – 12h10 : Philippe Lejeune (Association pour l’Autobiographie) – Lettres écrites en 1958 à Beauvoir comme substitut au journal

Le 10 juin 1958, Simone de Beauvoir, après avoir lu l’essentiel du journal de Blossom, l’a invitée à dîner et lui a conseillé d’abandonner la pratique du journal : elle devrait essayer plutôt d’écrire, c’est-à-dire de composer une œuvre de fiction. Nous connaissons cette conversation par le journal de Simone de Beauvoir, non par celui de Blossom qui, revenue chez elle, écrit seulement en grosses lettres : « FIN »…. 

Lire l’intervention intégrale de Philippe Lejeune

12h10- 12h35 : Marine Rouch (Universités de Lille & Toulouse) : Lettres américaines de Blossom

En plus de son volumineux journal, dans lequel elle laisse libre cours à ce qu’elle appelle son « amour-idolâtrie » pour Simone de Beauvoir, Joanne a également écrit une cinquantaine de lettres adressées à Simone de Beauvoir. Elles aussi témoignent d’une admiration inconditionnelle pour celle qui était considérée par Joanne comme sa libératrice. Les thèmes abordés sont multiples et témoignent de l’extraordinaire vivacité intellectuelle de Joanne : politique, psychologie, analyse de ses rêves, de ses lectures et des films visionnés au cinéma, mais aussi vie privée et familiale… Après avoir cerné le genre de la lettre à l’écrivain.e, cette communication s’intéressera donc plus particulièrement aux fondements et à l’évolution de la relation épistolaire entre Simone de Beauvoir et Joanne entre 1958 et 1980.

Lire l’intervention intégrale de Marine Rouch

Discussion

Questions aux intervenants

 

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 Extraits du journal

Le journal ou la vie ?

Joanne débat et se débat en permanence dans son journal, ne cesse de s’interroger sur les limites et les dangers d’un journal qui la maintient en marge du réel. Elle a conscience de lui consacrer trop de temps et d’énergie au détriment d’autres projets, d’une autre vie, d’autres formes d’écriture, mais elle ne peut y renoncer.

 

17 février 1950

C’est peut-être le bon moment pour réfléchir à mon journal, à ce qui doit et peut être écrit dans mon journal, et à comment cela peut et doit être écrit. La question est d’autant plus pertinente que pendant tout un semestre la lecture des romans au programme ne me laissera presque plus de temps libre.

Le premier point qui me vient à l’esprit est que, quoi que je veuille rapporter ici, je ne pourrai jamais rapporter toutes mes expériences. D’abord, il y aura toujours des expériences de nature telle que je serai incapable de les clarifier suffisamment dans mon esprit pour en rendre compte. Parfois les sentiments les plus intenses sont les plus difficiles à exprimer avec précision. (La difficulté est sans doute plus grande pour moi que pour de bons auteurs, mais je crois qu’ils sont eux aussi confrontés à cette difficulté.) Personne ne peut tout restituer ni être sûr qu’il le fait bien […] . Évidemment nous ne pouvons pas écrire et vivre en même temps. Et pourtant ce que garde notre mémoire n’est souvent qu’une pitoyable trace de ce qui nous est vraiment arrivé, juste quelques points saillants. (Encore une difficulté qui n’est pas aussi grande pour les bons écrivains dotés de riches mémoires.) Je dois donc commencer par comprendre que je ne pourrai jamais tout écrire : d’un côté c’est décourageant, et d’un autre c’est rassurant (parce que si je l’accepte, je ne me sentirai pas aussi impuissante chaque fois que je découvre à nouveau que je ne peux pas tout dire).

(Volume IV)

 

Joanne et Simone de Beauvoir

 Lors de son séjour à Paris, en 1958 (elle a obtenu une bourse pour étudier pendant un an à la Sorbonne), Joanne apprend que Simone de Beauvoir doit donner une conférence à la Sorbonne, le 25 février. Cette perspective de rencontre met Joanne dans un grand émoi, elle s’interroge sur l’accueil qui va lui être fait, prévoit de mettre sa belle robe bleue et d’arriver en avance pour choisir une place où elle verra bien. Le récit qui suit est totalement rédigé en français.

Rien n’était comme je l’avais imaginé et pourtant tout l’était. Elle est belle, belle comme dans ses plus belles photos, absolument inidentifiable aux mauvaises, sauf dans cette franchise qui apparaît dans toutes. Sa voix comme sa figure comme toutes ses manières sont pleines de cette franchise. Elle a fait une brillante conférence, pleine d’idées, pleine de cette intensité qui anime ces idées que vraiment on vit – rien d’inattendu à cela d’une personne qui écrit avec une telle lucidité intense, il n’est pas étonnant qu’elle parle de même quand elle fait une conférence. Elle a parlé très vite, avec beaucoup de belle nervosité.

Je lui ai parlé et je ne lui ai pas parlé. Elle ne me connaissait pas, je n’étais qu’une jeune femme de l’auditoire. J’ai contesté son emploi du terme « mauvaise foi » pour la tricherie obligatoire du romancier, j’ai dit qu’à mon avis le terme « mauvaise foi » s’appliquerait plutôt au cas du romancier qui fait semblant d’arracher son lecteur à sa condition alors qu’en réalité il ne fait que de le remettre dans sa peau, le rassurant ainsi au lieu de lui faire tout mettre en question, ou au romancier qui en réalité n’écrit que pour justifier son propre passé ou livrer son cœur. Elle m’a répondu que la mauvaise foi dont je parlais était dans le projet fondamental du romancier alors que l’autre était nécessaire à son art. Pas un sourire, son visage est resté complètement fermé, et elle a passé à un autre.

[…]  Il a été dur de m’arracher à la Sorbonne. Peut-être que jamais plus je ne la verrai. Je l’avais vue, je la voyais encore qui était en train de signer des livres – je n’étais pas moins loin d’elle qu’avant…

Je me demande si jamais je la reverrai. Pour le reste, je n’ose plus me poser de questions, quoique je sache fort bien que si je n’espérais pas d’elle autre chose qu’une petite heure gentiment accordée et à laquelle il faudrait que moi-même je mette fin gentiment, avec tact, me constituant mon propre bourreau, je n’hésiterais pas à lui écrire. Heureux ceux qui n’ont voulu d’elle qu’une signature dans un bouquin – c’est tellement facile à donner une signature !

 

Paris, 2 juin 1958

Quelle belle journée ! Aujourd’hui, ça a été parfait. On a parlé comme deux camarades. Pour la première fois on s’est disputé ‒ au sujet de de Gaulle, naturellement ! Elle a été d’accord que de Gaulle en tout cas, maintenant que l’armée a paralysé les autres, va peut-être pouvoir finir la guerre plus vite qu’un autre, mais elle n’a pas du tout été d’accord que la gauche doit soutenir de Gaulle, au contraire, il faudrait que la gauche lutte contre et organise le Front Populaire (bien sûr, si de Gaulle faisait une bonne politique en Algérie, la gauche le soutiendrait pour cela ‒ mais c’est tout). Ça, je comprends ‒ au fond, c’est tout ce que je voulais (ou est-ce vraiment tout ce que je voulais ?), dans mon enthousiasme fiévreux. Elle m’a traitée d’idéaliste, de complexée, elle m’a dit que j’avais le goût du martyre (à propos de mon offre d’être cobaye pour une expérience atomique) ‒ j’ai eu un peu honte, ça m’a un peu irritée, mais en même temps, ça m’a fait du plaisir ‒ on avait dépassé le stade d’être toujours d’accord, sur tout.

Extraits choisis par Simone Aymard, Elisabeth Cépède, Claudine Krishnan, Philippe Lejeune.

 

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Présentation des intervenants

Jean-Louis Jeannelle est Professeur de littérature du XXe siècle à l’Université de Rouen. Il a publié dernièrement Cinémalraux : essai sur l’œuvre d’André Malraux au cinéma (Hermann, 2015) et Films sans images : une histoire des scénarios non réalisés de « La Condition humaine » (Seuil, coll. « Poétique », 2015), ainsi que Résistance du roman : genèse de « Non » d’André Malraux (CNRS Éditions, 2013). Spécialiste des Mémoires, il a co-édité avec Eliane Lecarme-Tabone le « Cahier de l’Herne » Simone de Beauvoir (2012) ainsi que ses Mémoires en Pléiade (2018) et vient de faire paraître un collectif consacré aux Mémoires d’une jeune fille rangée au programme de l’agrégation aux éditions des Presses universitaires de Rennes.

Élisabeth Cépède est membre de l’APA.

Claudine Krishnan est professeur de lettres et membre de l’APA.

Fille adoptive de Simone de Beauvoir, Sylvie Le Bon de Beauvoir a publié plusieurs écrits de l’écrivain notamment Journal de guerre (septembre 1939-janvier 1941) et la correspondance avec Jean-Paul Sartre, Jacques-Laurent Bost et Nelson Algren. Elle est, par ailleurs, la présidente d’honneur du « Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes » aux côtés de Julia Kristeva et l’auteur de l’album de la Pléiade 2018 consacré à Simone de Beauvoir.

Philippe Lejeune Philippe Lejeune a enseigné la littérature française à l’université Paris-Nord jusqu’en 2004. Ses travaux portent sur l’autobiographie (Le Pacte autobiographique, 1975 ; Signes de vie, 2005), la critique génétique (Les Brouillons de soi, 1998 ; Autogenèses, 2013) et le journal personnel (Le moi des demoiselles, 1993 ; Un journal à soi, avec Catherine Bogaert, 2003). Il est cofondateur et président de l’Association pour l’Autobiographie (APA) et co-fondateur, avec Catherine Viollet, de l’équipe « Genèse et Autobiographie », devenue en 2014 « Autobiographie et Correspondances » (ITEM).

Marine Rouch est doctorante en histoire contemporaine aux universités de Toulouse et de Lille. Sa thèse porte sur la réception et l’appropriation des œuvres de Simone de Beauvoir par son lectorat. Elle travaille à partir des milliers de lettres inédites que l’écrivaine a reçues de la part de ses lecteurs et lectrices depuis la fin des années 1940 jusqu’à sa mort en 1986. Un carnet de recherches accompagne sa thèse : www.lirecrire.hypotheses.org

  • Marine Rouch, « “Vous êtes descendue d’un piédestal”. Une appropriation collective des Mémoires de Simone de Beauvoir par les femmes (1958-1964) », Littérature, n°191, sept. 2018, p. 68-82.
  • Marine Rouch, « “Vous ne me connaissez pas mais ne jetez pas tout de suite ma lettre”. Le courrier des lecteurs et lectrices de Simone de Beauvoir », dans Françoise Blum (dir.), Genre de l’archive. Constitution et transmission des mémoires militantes, Paris, Codhos, 2017, p. 93-108.