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Naissance de la collection Vivre/Écrire, aux éditions du Mauconduit (janvier 2022)

Il y a maintenant un an et demi, Laurence Santantonios, fondatrice des éditions du Mauconduit, chez qui on a pu lire, entre autres, Un amour de la route, les lettres de Margaret Blossom Douthat à Simone de Beauvoir ou encore les Lettres inédites à Jean Charles-Brun de Renée Vivien, lançait une réflexion auprès de l’Association pour l’Autobiographie, l’APA. Son souhait était de dynamiser, par une entreprise éditoriale, la valorisation du fonds de l’Association, qui comporte aujourd’hui plus de trois mille textes. Des voix rares, précieuses, préservées de l’oubli par le dépôt à Ambérieu-en-Bugey, mais qui, dans bien des cas, mériteraient d’être davantage mises en lumière, tant est vibrante l’expérience qu’elles relatent, qu’il s’agisse d’événements intimes ou de circonstances liées à l’Histoire. Celle-ci, qui a parfois a imprimé sa trace dans les plis des destinées individuelles ou des quotidiennes, nous apparaît sous un jour nouveau ; et qu’elle soit portée par ces écritures qu’on dit « ordinaires » (ce qui n’empêche pas leur richesse stylistique) ne la rend que plus captivante.

Laurence Santantonios a alors confié à quatre apaïstes, chercheurs, bibliothécaires, journalistes, la tâche de composer une anthologie à partir de ces textes, sur les thèmes de leur choix. Quatre livres en sont nés : Amoureux. Lettres d’amour retrouvées (textes réunis et présentés par Véronique Leroux-Huguon), Évadés. Récits de prisonniers de guerre, 1940-1943 (par Philippe Lejeune), Exilés. Récits autobiographiques (par Elizabeth Legros-Chapuis), Femmes dans la guerre, Témoignages 1939-1945 (par Hélène Gestern). Pour chaque volume, une préface, une sélection de textes, transcrits en respectant au près le style de l’auteur, et des notes, lorsqu’elles se sont révélées nécessaires pour éclairer la lecture.

La composition de ces volumes, qui assemble un matériau pas comme les autres, des récits précieux, douloureux, brûlants ou émouvants, a obéi à un long et patient processus de travail éditorial de recherche dans le fonds (avec l’appui de Florent Gallien), puis de lecture, transcription, choix des textes et recherche des ayants-droits. Faute d’avoir pu présenter ces livres comme il était prévu au séminaire en janvier 2022, nous avons décidé de revenir, sous la forme d’une série de questions réponses/à, écrites et filmées, à l’éditrice et aux auteurs des volume, sur la genèse non pas des textes, mais de leur édition : avec les joies qu’elle a pu réserver à celles et ceux qui s’étaient lancés dans l’aventure, mais aussi les obstacles qu’ils ont pu rencontrer. Nous leur donnons la parole sur cette page.

>> Lire la page de la présentation et des interviews, c’est ici !

Parution : « Aimer c’est écrire, et vice-versa ». Violette Leduc, passionnément. Etudes de Catherine Viollet, éditées par Anaïs Frantz (Ixe, 2022)

« J’ouvrirai le sexe d’Isabelle,
j’écrirai dedans avec mon encre bleue »

Aimer, c’est écrire”, déclare Violette Leduc dans une lettre à Simone de Beauvoir, celle qui durant toute sa vie d’écrivaine fut son modèle, son “interlocutrice privilégiée”, son impossible amour. ”Et vice versa”, ajoute Catherine Viollet dans une inversion lumineuse qui vaut aussi bien pour elle, tant elle aura mis de passion, d’attention et d’amour dans ses études de l’œuvre de Violette.

Comme son ami Jean Genet, mais à partir de son expérience de jeune fille lesbienne, de femme bisexuelle, Violette Leduc voulait écrire la vérité de l’amour physique – le désir, le plaisir charnel, les sensations érotiques du corps à corps et du peau contre peau. “Combien je voudrais notre viande nue sur la feuille de cahier”, réaffirme-t-elle encore dans La Folie en tête, l’un des derniers livres parus de son vivant.

Entreprise audacieuse, passionnément poursuivie malgré la censure de ses éditeurs et dont il lui est maintes fois arrivé de douter. Catherine Viollet en retrace ici le processus contrarié, déchiffre les “manuscrits millefeuilles” de l’écrivaine, son œuvre palimpseste maintes fois reprise, remaniée, amputée. Avec le projet – fou sans doute, mais qui trouvera peut-être à se réaliser – qu’un jour enfin les romans largement autobiographiques de Violette Leduc paraissent tels que Violette les avait écrits.

Un lancement du livre aura lieu le 9 février 2022 à 19h à la Librairie Violette and co au 102 rue de Charonne, 75011 Paris.


Chercheuse à l’Institut des Textes et Manuscrits modernes (ITEM, CNRS), Catherine Viollet s’était spécialisée dans la génétique des textes: l’étude des brouillons d’une oeuvre avant publication, avec les biffures, les ratures, les retouches témoignant du travail d’écriture.

Son précédent livre, Genèse de l’autobiographie (Éditions iXe, 2021), rassemble quelques-unes de ses études sur les manuscrits de Violette Leduc, Annie Ernaux, Marcel Proust, Christiane Rochefort, Simone de Beauvoir, Ingeborg Bachman et Christa Wolf.


Commander en librairie ou sur le site des éditions iXe

Séminaire « Les écrits de soi » (Jean-Louis Jeannelle et Françoise Simonet-Tenant, 26 janvier 2022, 17h-19h).

Françoise Simonet-Tenant nous informe que Jean-Louis Jeannelle et Jean-Christophe Igalens sont à l’initiative d’un séminaire sur les écrits de soi (en rapport avec le site EcriSoi que nous espérons mettre en ligne fin janvier, dans sa forme provisoire) dont plusieurs séances ont déjà eu lieu. La prochaine séance a basculé en visio et sera consacrée à l’actualité éditoriale sur les journaux, correspondances, mémoires.

Participer à la réunion Zoom
https://us02web.zoom.us/j/84966805422?pwd=bFFjWGlVU01weWxCUzRxbGp0dVNhZz09

ID de réunion : 849 6680 5422
Code secret : 386985


Perspectives croisées : actualité de la recherche sur les écrits de soi au CELLF – mercredi 26 janvier 2022, 17h-19h

    Journaux et correspondances
dialogue animé par Françoise Simonet-Tenant et Francis Walsh : 

o   Emmanuelle TabetMéditer plume en main. Journal intime et exercice spirituel, Paris, Classiques Garnier, publié le 28/07/2021

o   Julien Green, Toute ma vie : journal intégral, t. II (1940-1945) & III (1946-1950), éd. Guillaume Fau, Carole Auroy, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond, Paris, Bouquins, 2021. 

o   Jules Supervielle, Choix de lettres, éd. Sophie-Anna Fischbach, Paris, Classiques Garnier, publié le 15/07/2021.

Mémoires
dialogue animé par Jean-Christophe Igalens et Jean-Louis Jeannelle

o   Damien Crelier, Passions de Saint-Simon. Écritures de l’histoire et affectivité, Paris, Hermann, publié le 07/07/2021

o   Louise Michel, Mémoires. 1886, éd. Claude Rétat, Paris, Gallimard, publié le 04/03/2021

o   Casanova, Histoire de ma vie, éd. Michel Delon, Paris, Gallimard, publié le 14/01/2021

Note de lecture : Joyce Carol Oates, J’ai réussi à rester en vie (Philippe Rey, 2011)


La parution du dernier roman de Joyce Carol Oates, Le nuit. Le sommeil. La mort. Les Étoiles, traduit par Claude Seban et publié aux éditions Philippe Rey (2022), est l’occasion de rappeler que la grande romancière américain a également signé plusieurs textes autobiographiques. Nous la saluerons aujourd’hui en publiant sur Autobiosphère une chronique initialement parue en 2011 dans La Faute à Rousseau.

Lumière noire du chagrin

Hélène Gestern

Ceux qui ont lu le Journal 1973-1982 de Joyce Carol Oates se souviennent sans doute, entre autres beautés de ce texte, du lumineux portrait qu’il faisait du bonheur conjugal, celui que l’écrivain partageait avec son époux, l’éditeur Raymond Smith. Ils s’étaient rencontrés l’université du Wisconsin, alors qu’elle avait vingt-et-un ans et lui  vingt-neuf, et ne s’étaient plus quittés ensuite : lui abandonnant la carrière universitaire pour se consacrer à la découverte de jeunes écrivains et à l’Ontario Review, pendant que Joyce devenait l’immense romancière que l’on connaît, en même temps qu’une enseignante renommée. Tous deux partageaient leurs lectures, leur quotidien, une harmonie sentimentale et un hédonisme lucide que rien ne semblait pouvoir détruire (« Notre problème à Ray et à moi : nous avons tendance à être heureux, heureux de façon inerte où que nous soyons » écrivait l’auteur dans son Journal en 1979). Mais au début de l’année 2008, Ray contracte une pneumonie, qui l’emporte en moins d’une semaine. Joyce reste seule, face à l’insoutenable disparition de celui qui l’a accompagnée quarante-sept ans durant. Que devient un être auquel la vie vient d’arracher son alter ego ? Comment penser l’impensable, quand le moi n’est plus qu’une « entité qui s’effondre » ? Et surtout, question centrale du livre : comment y survivre dans les semaines qui suivent le deuil ?

            J’ai réussi à rester en vie apporte une forme de réponse, des fragments, des éclats de réflexion distribués en chapitres courts, suturés par l’écriture. Il s’agit d’un récit extraordinaire, parce qu’au-delà de l’événement qui en forme le centre, il est marqué par la même lucidité, la même intelligence et, aussi surprenant que cela puisse paraître, la même ironie que le reste de l’œuvre. L’écrivain ne triche pas sur le récit du désarroi, qui est total : elle raconte l’hébétude, la douleur, les nuits sans sommeil, le message du répondeur que l’on écoute dix fois par jour, l’achat de la concession pour deux (« intime comme un lit à deux places »), le brouillard nauséeux des médicaments. Mais ce sont surtout de petits événements, triviaux, qui viennent souligner d’un trait impitoyable la cruauté de la situation : un « Apprends à te garer, connasse », posé sous l’essuie-glaces d’une voiture qu’elle a garée à la hâte devant l’hôpital, le chat, désemparé, qui urine sur le certificat de décès de Ray…

Assez rapidement, une tentation s’impose, celle du suicide. Joyce Carol Oates baptise « le basilic » ce désir reptilien qui s’est installé en elle et ne la quitte plus. Consciente de la pente vertigineuse sur laquelle elle se déplace en équilibre, elle continue à travailler, faire cours, assurer conférences et lectures, accepter les invitations amicales. Mais cela n’empêche pas, la nuit, de sortir et de compter les médicaments (« la Réserve »), avec parfois des phrases implacables où se mêlent la colère et la culpabilité : « tu ne mérites pas de vivre une heure de plus, la poubelle dont il faut te débarrasser, c’est toi ». Contre ce désespoir, la seule force vivante est celle de l’amitié. Le livre est entrecoupé d’extraits de correspondance, ces messages que Joyce écrit, la nuit, à ses amis, les mots qu’à leur tour ils lui envoient et qui servent d’épigraphe aux différentes sections du livre. Aucun ne minimise la souffrance. À côté des maladresses des autres (envois intempestifs et protocolaire de ces « corbeilles de deuil » dont l’écrivain remplit ses poubelles), ceux qui aiment vraiment accompagnent, soutiennent, nourrissent, entendent le désespoir et y répondent : « La vérité crue est que je ne serais (selon toute vraisemblance) pas en vie s’il n’y avait mes amis », écrit l’auteur, consciente qu’ils sont aussi l’un des cœurs battants de ce récit « de deuil et d’amitié ».

Mais ce texte devient également relecture de la vie antérieure, désir d’entrer a posteriori dans une connaissance totale de l’être qui a disparu. Combattre par la mémoire la peur d’être, par pudeur, « passés à côté l’un de l’autre »… On apprend ainsi que Ray ne lisait pas les romans de Joyce ; qu’elle-même savait peu de choses de l’enfance de son époux, marqué par une relation douloureuse avec le père. C’est pourquoi elle prend la décision de lire le roman écrit par Ray, Black Mass, roman qu’il n’a jamais publié et qu’elle évoque longuement, partagée entre la peur de le trahir et la volonté d’aller jusqu’au bout. Si elle le fait, c’est au nom d’une exigence de justesse qui l’honore : « Un récit autobiographique, écrit-elle, ne rime à rien s’il n’est pas honnête. Tout comme une déclaration d’amour ne rien rime à rien, si elle n’est pas honnête ».

Bien que ce livre soit, au sens le plus noble du terme, pathétique, car il est le lieu de l’expression d’affects violents, exposés dans leur nudité, leur crudité souvent, il est aussi une réflexion profonde et belle sur les liens qui rattachent un être à la vie et constituent son identité. Joyce Carol Oates a choisi de mener une partie du récit en mettant en scène un personnage, la Veuve — on regrettera que la très belle traduction de Claude Seban n’ait pas transposé jusqu’au titre original, A Widow’s Story — , et applique à sa description une série de petits aphorismes : « La veuve se rend vite compte qu’une journée entière telle que les autres la vivent […] est impossible à endurer ». Cette distance prise, ce pas de côté, donnent une autre portée au chagrin : la façon dont l’auteur parle du sien devient ainsi adresse à tous ces blessés ambulatoires de la vie vers lesquels le deuil l’incite à porter un regard attentif.

Pas de message toutefois, surtout pas d’exhortations, de catéchisme, d’optimisme obligatoire. Au contraire, des mots sincères et cruels posés un tabou, le désir de mourir, qui résonneront sans doute chez bien des lecteurs confrontés à leur propre drame. Et, malgré la souffrance qui l’anime, un texte qui ne peut s’empêcher de rayonner de beauté, d’humanité, dans l’hommage qu’il rend à la figure de l’homme et de l’intellectuel qu’était Raymond Smith : un être attachant et intègre, aimé à la mesure de ses qualités. Une dernière déclaration d’amour, au fond, parce que « les mots […] sont tout ce que nous avons pour étayer nos ruines, de même que nous sommes, les uns pour les autres, tout ce que nous avons ».

Joyce Carol Oates, J’ai réussi à rester en vie [A Widow’s Story], traduit de l’américain par Claude Seban, Philippe Rey, 2011, 475 p. Également disponible en Points/Seuil.

— Journal 1973-1982, traduit de l’américain par Claude Seban, Philippe Rey, 2009, 527 p.

Année nouvelle

Chers amis, chères amies d’Autobiosphère,

Toute l’équipe vous présente ses meilleurs vœux pour une excellente nouvelle année, riche en projets et en réussites. Avec, bien sûr, bon pied bon œil !

L’entame particulière de 2022, avec la flambée des contaminations et la kyrielle de difficultés d’organisation qui s’ensuivent, nous conduit malheureusement à annuler la séance du séminaire Autobiographie et Correspondances qui était prévue le 15 janvier, et durant laquelle Laurence Santantonios aurait présenté sa nouvelle collection « Vivre/Écrire » aux éditions du Mauconduit. Cette collection comprend quatre titres : Évadés, Exilés, Amoureux et Femmes dans la guerre. Chaque titre est une anthologie thématique, composée à partir de larges extraits du fonds de l’Association pour l’Autobiographie, préparée et préfacée par un membre de l’APA

Le report d’une telle séance en zoom ne nous ayant pas paru des plus aptes à assurer une communication et un échange fluides, nous rattraperons cette occasion manquée par une publication sur Autobiosphère, avec une interview de l’éditrice, une présentation des ouvrages et des interviews des responsables des volumes. Elle sera publiée le 22 janvier, jour de la sortie des deux premiers titres.

Mais vous pouvez d’ores et déjà vous précipiter chez votre libraire pour réserver auprès de lui les premiers titres à paraître. Vous trouverez en pièce jointe un document qui vous présente ces quatre petits bijoux préparés avec amour (de l’autobiographie). Et si tout va mieux, le public du séminaire pourra se retrouver le 15 février pour une séance exceptionnelle du mardi, où Bertrand Marchal, invité par Jean-Marc Hovasse, parlera de la correspondance de Mallarmé

Bonne lecture et bonne année !

L’équipe du séminaire

Marek Nekula, Franz Kafka. Pour une lecture en contexte (trad. Marie-Odile Thirouin)

Marie Odile Thirouin nous informe de la parution en français de l’ouvrage de Marek Nekula, Franz Kafka. Pour une lecture en contexte, traduit et préfacé par ses soins (Classiques Garnier, 2021). Cet ouvrage restitue le monde qu’a connu l’écrivain Franz Kafka – dans sa dimension juive, nationale, linguistique, culturelle, urbaine, politique… – pour montrer comment réalités matérielles et immatérielles informent discrètement l’œuvre littéraire et l’éclairent.

Il peut être commandé en librairie et sur le site de l’éditeur. Vous pouvez télécharger ici le bon de commande

This Work renders the world such as Franz Kafka has experienced it as a writer – in its Jewish, national, linguistic, cultural, urban, politic dimension – to evidence how material and immaterial realities subtly permeate and shed light on Kafka’s literary work.

No 111, 356 p., 15 x 22 cm
Broché, ISBN 978-2-406-12234-0, 39 €
Relié, ISBN 978-2-406-12235-7, 78 €
Date de parution : 08/12/2021

Des mots et des femmes (numéro de la revue Langues, cultures et sociétés)


Une fois n’est pas coutume, Autobiosphère relaie une actualité non autobiographique : la parution dans la revue Langues, cultures et sociétés dont la dernière livraison a pour thème « Les mots et les femmes« . Ce numéro coordonné par Leila Messaouidi et Laurence Denooz, et préfacé par Laurence Denooz (vous pouvez lire ici son excellente introduction) étudie tout spécialement la présence et la figure des femmes dans la littérature arabe. La rédaction, à cette occasion, a ouvert la possibilité d’un excursus dans la langue française à Véronique Montémont, pour un article intitulé « Du bas-bleu à l’écrivaine : nommer (enfin) les femmes qui écrivent« .

Cet article s’intéresse à la manière dont la langue française, depuis le Moyen Âge, désigne les femmes écrivains. L’examen de la forte résistance à la féminisation des mots écrivaine ou autrice révèle que ce mécanisme, encouragé par les dictionnaires, s’appuie rarement sur les raisons linguistiquement mises en avant, et qui sont souvent peu fondées ; il révèle plutôt une féroce résistance sociale à reconnaître aux femmes le droit d’exercer pleinement une activité littéraire. Une analyse de corpus récents (Wikipédia et Europresse) montre cependant une évolution réelle sur cette question, même si elle reste marquée par un traitement différencié des mots utilisés pour qualifier les hommes et les femmes qui écrivent.

L’ensemble de la revue est disponible en ligne et tous les articles sont téléchargeables au format PDF. Vous en trouverez le sommaire cliquable ci-dessous.


VOL. 7, NO 2 (2021) : LES MOTS ET LES FEMMES

SOMMAIRE

Editorial

Introduction – numéro Maux et mots de femmes • Laurence DENOOZ
Articles


Les écrivaines marocaines de langue française: La prise de parole •Sabah ATTAB
Le parler des femmes dans Illusions perdues de Balzac • Mohamed BOURASSE
Mots et maux des Saoudiennes dans l’œuvre de Zaynab Ḥifnī • Laurence DENOOZ
La contribution féminine au théâtre marocain : une histoire occultée • Omar FERTAT
Interdits religieux et sexualité dans Ḥurma de ‛Alī al-Muqrī • Katia GHOSN
L’évolution du statut de la femme d’après le manuel scolaire égyptien d’Education patriotique • Fadi JABER
Femmes de la ville, femmes dans la ville L’exemple de Rabat au Maroc • Leila MESSAOUDI
Du bas-bleu à l’écrivaine : nommer (enfin) les femmes qui écrivent • Véronique MONTEMONT
Le récit de voyage au féminin: un aperçu sur Mudunī wa ahwā’ī de Luṭfiyya al-Dulaymī • Monica RUOCCO
Quand l’ogre est une femme…Nicole SALIBA-CHALHOUB
Les réfractaires à l’espace patriarcal Aknusu al- šamsa ‘an al-suṭūḥ de Ḥanān Al-Šayḫ •Talal Wahib WEHBE
النساء في المأثور الشفهي سلطة « التهميش » وقدرة « الكيد »• Abdelaziz AMAR
أنا المؤنث واشتغالها في رواية عام الفيل- ليلى أبو زيد • Hanane BENDAHMANE
اللغية التقنية الجندرية من خلال كتاب الرائد في اللغة العربية للسنة الثانية بكالوريا • Zineb Lmadani LAFTAHI
المرأة من التدنيس إلى التقديس في الكتابة الزجلية عند إدريس أمغار مسناوي • Issam LAMHARREK
صورة المرأة في أزجال »الهيت » بين الظاهر والمضمر- مقاربة في الأنساق الثقافية -منطقة الغرب نموذجا- • Fatima MORJANI
الذاتية في المرددات النسائية الحسناوية- منطقة الغرب نموذجا • Fatima TAOURI
الابداع النسائي في الفضاء السجني بوح السجينات • Abdeslam ZENNAEI

Varia
Compte rendu de l’ouvrage collectif intitulé Femmes engagées dans l’espace euro-méditerranéen: Mise en récit(s), mise en image(s) • Mostafa AGHZAFEN
Compte rendu de l’ouvrage intitulé : Pleins feux sur les femmes in/visibles • Mostafa AGHZAFEN

Site lettresfamiliales.ehess.fr (par Danièle Poublan) : publier une correspondance du XIXe siècle en ligne.

Danièle Poublan travaille de longue date sur l’édition d’un ensemble de lettres du XIXe siècle ; elle a accepté de présenter ses travaux pour Autobiosphère. Un grand merci à elle !



Site lettresfamiliales.ehess.fr

La vie d’une famille bourgeoise ne se conçoit pas au XIXe siècle sans échange de lettres. Ces dernières, conservées par les familles Duméril, Mertzdorff et Froissart, témoignent de ce besoin d’écrire et du soin apporté à la conservation des papiers de famille. Un groupe de chercheuses et de chercheurs a repris le contenu d’un site internet qui était devenu obsolète afin d’éditer ces archives.
La plate-forme choisie pour cela est un wiki-sémantique qui permet de naviguer de lien en lien dans cette correspondance.

Le corpus 

Les archives privées comptent plus de 3 000 lettres. Cette correspondance témoigne de l’ascension sociale d’une famille qui accumule, au fil des générations, un capital intellectuel, social et économique. Il s’agit d’une correspondance « ordinaire », certes, car écrite sans aucune arrière-pensée de publication et qui s’échange entre proches ; elle circule au sein d’une famille bourgeoise, aisée, instruite (elle compte même quelques savants du Muséum) et dont on peut suivre la réussite matérielle et sociale tout au long du siècle.

Une famille bourgeoise du XIXe siècle

Dans une généalogie touffue, quelques personnes apparaissent comme des pôles de l’écriture épistolaire : la première figure est celle du savant André Marie Constant Duméril (1774-1860) ; la deuxième, celle de l’industriel Charles Mertzdorff (1818-1883) à partir de son mariage avec Caroline Duméril en 1858. Ensuite le corpus se resserre autour d’une des filles de Charles Mertzdorff, Émilie, épouse de Damas Froissart, officier et grand propriétaire terrien dans le nord de la France. La guerre de 1914-1918 inaugure une double série de lettres qui mêlent vie familiale et devenir de l’usine alsacienne.

Le travail des historiennes

L’écriture des femmes et des hommes est de longue date un objet d’étude pour les deux responsables de l’édition scientifique de cette correspondance : Cécile Dauphin et Danièle Poublan. Les lettres se prêtent à des approches multiples, car elles sont à la fois des objets (que l’on peut conserver, compter, vendre), le résultat de pratiques sociales codifiées et enfin des textes. Pour l’historien ces trois dimensions sont solidaires. Le texte des lettres est enrichi par des notes qui identifient les personnes citées et des compléments biographiques qui mettent en valeur les réseaux affectifs, sociaux, intellectuels et économiques. Le fac-similé des lettres ouvre à d’autres lectures.

Le travail de l’équipe technique

Le Collectif Sources et données de la recherche du CRH a entrepris de restructurer et de republier ce corpus selon les pratiques actuelles d’ouverture des données de la recherche. Ce travail a été mené sous la direction technique de Bertrand Dumenieu, ingénieur de recherche à l’EHESS. Le fonds est aujourd’hui publié sous licence ouverte à l’adresse lettresfamiliales.ehess.fr. Appuyé sur le logiciel libre Mediawiki, ce site Web permet des lectures, des appropriations et des recherches multiples. Les nombreuses métadonnées (biographies, monographies) sont exposées dans les formats standards du Web de données.

Un blog associé à la publication du site

Un carnet de vulgarisation « Publier une correspondance. Méthode et contenu » est tenu par Danièle Poublan et publié sur la plate-forme hypotheses.org. Il se propose de faire connaître les lettres déjà publiées sur le site en suggérant des lectures transversales autour d’une personne, d’un thème ou d’un événement. Les thèmes abordés sont souvent en résonance avec l’actualité.

Le site lettresfamiliales.ehess.fr est un chantier en cours. Même lorsque « toutes » les lettres seront sur le site, on pourra y insérer des fragments épars non datés actuellement et de nouvelles lettres retrouvées (car le corpus actuel est lacunaire). De plus, il sera bon de revoir les lettres (surtout celles des premières décennies) pour identifier plus précisément les personnes et proposer plus de biographies.

Prix Clarens du journal intime : Alejandra Pizarnik lauréate


Le prix Clarens du Journal Intime 2021 a été attribué à

Alejandra Pizarnik
Journal ; premiers cahiers 1954-1960

Traduction & postface de Clément Bondu
Ypsilon Éditeur

Le Journal d’Alejandra Pizarnik remporte le prix Clarens du Journal Intime 2021 au 3e tour de scrutin par 5 voix contre 2 au Carnet de notes 2016-2020 de Pierre Bergounioux (Verdier) et 1 à René Depestre pour Cahier d’un art de vivre – Cuba, 1964-1978 (Actes sud).

Le jury du prix Clarens du Journal Intime est composé de Daniel Arsand, Monique Borde, Michel Braud, Béatrice Commengé, Colette Fellous, Jocelyne François, Gilbert Moreau, Robert Thiery.

En 2020, le prix Clarens du journal intime avait été décerné à Un printemps à Hongo de Ishikawa Takuboku, traduit du japonais par Alain Gouvret et préfacé par Paul Decottignies, paru aux éditions Arfuyen.

Pour plus d’informations sur le prix, consulter le site du Prix Clarens du Journal intime.

Soutenance de thèse de Sara Ziaee Shirvan (17 décembre 2021, 14 h, ENS Jourdan)

Nous avons le grand plaisir de vous annoncer que Sara Ziaee Shirvan, membre de l’équipe A&C, soutiendra le 17 décembre 2021 à 14h00 sa thèse intitulée : « La reconstruction de l’identité personnelle par la photographie, dans les autobiographies d’Annie Ernaux, d’Anny Duperey, d’Hervé Guibert et de Lydia Flem ».

Adresse: ENS Jourdan, 48 boulevard Jourdan, Paris 14e, Salle R1-08

Le passe sanitaire sera obligatoire

L’accident, l’abus sexuel, le viol, le harcèlement moral, la violence, l’humiliation sociale et professionnelle ou encore la guerre sont parmi des causes probables du traumatisme d’un individu pour qui des effets post-traumatiques peuvent être omniprésents durant plusieurs années, et paralyser conséquemment certains aspects ou la totalité de sa vie.

Edvard Munch, Le Cri

La présence du traumatisme dans la littérature, qui n’a pas seulement attiré l’attention de nombreux écrivains, mais aussi des théoriciens, des philosophes ou encore des psychologues, nous a mené à nous demander de quelle manière l’événement traumatisant – qui rend l’individu sidéré et le pousse dans l’ombre et le silence – peut paraître dans la littérature et être traduit par elle. Notre hypothèse consiste ainsi à tenter de prouver comment l’auteur, après l’expérience d’un événement traumatisant, reconstruit son identité dans un récit de soi et à examiner quel est le rôle de la photographie dans ce processus de reconstruction. Les quatre auteurs de notre corpus – Annie Ernaux, Anny Duperey, Hervé Guibert et Lydia Flem –, ont été choisis selon deux points essentiels qu’ils ont en commun : l’expérience traumatisante, qui est exprimée dans leurs récits de soi, et l’emploi de la photographie pour réaliser ou accomplir leur pratique littéraire. La problématique qui apparaît est que, premièrement, la notion d’identité est assez complexe à définir et qu’elle doit être considérée dans ses rapports, d’un côté, au temps et aux différents composants de l’identité et, de l’autre côté, au soi et à autrui ; deuxièmement dans certains cas, comme la maladie, la souffrance, la honte et les tabous sociaux ou encore la perte des proches, les événements traumatisant ne peuvent pas être racontés et mis en scène à cause des manques langagières, des refoulement et des oublis. Les projets de la narration exigent, par conséquent, l’usage d’un dispositif photographique pour permettre aux auteurs d’exprimer l’indicible et le refoulé. C’est dans cette perspectif que la photographie et la littérature se croisent et qu’une étude psychanalytique (particulièrement les notions du traumatisme, de la résilience, ou des actes manqués) permettra d’analyser plus profondément la quête identitaire des auteurs.

Ainsi, dans ces recherches, nous nous appuyons sur des axes d’études divers tels que sociologiques, psychanalytiques ou philosophique, afin d’analyser certaines questions-clés autour du concept de l’identité, de la photographie et son essence, du récit de soi et de ses fonctions dans la reconstruction de l’identité, du traumatisme et de ses effets sur la vie, ou encore de la photographie en tant que genre hybride.

MOTS CLÉS

Récit de soi, Traumatisme, Identité, photographie, photobiographie

Si vous souhaitez assister à la soutenance, contactez autobiosphere[arobase]orange.fr, qui transmettra.

ABSTRACT

An accident, a sexual assault, a rape, a moral harassment, any type of abuse or violence, social and professional humiliation or even war are among the probable causes of an individual’s trauma for whom post-traumatic effects can be omnipresent for several years, and consequently paralyze certain aspects or even his whole life.

The presence of trauma in literature, which has attracted the attention not only of many writers, but also theorists, philosophers and psychologists, has led us to wonder how the traumatic event – which makes the individual staggered and pushes him into shadow and silence – can appear in the literature, and be interpreted by it.

Our hypothesis thus consists in trying to prove how the author, after the experience of a traumatic event, reconstructs his identity in a self-narrative and to examine what is the role of photography in this reconstruction process. The four authors of our corpus – Annie Ernaux, Anny Duperey, Hervé Guibert and Lydia Flem – were chosen according to two essential points they have in common: the traumatic experience, which is expressed in their self- narratives and the use of photography to achieve or accomplish their literary practice.

The problem that emerges at first is that the notion of identity is quite complex to define and it must be considered in its relations, on one hand, to time and to the different components of identity and, on the other hand, to oneself and to the others; Secondly, in some cases, such as illness, suffering, shame and social taboos or the loss of loved ones, traumatic events cannot be recounted and staged because of language gaps, repressions and forgetfulness. For these reasons, self-narrative projects require the use of a photographic device to enable authors to express the unspeakable and the repressed. It is in this perspective that photography and literature intersect and that a psychoanalytic study (particularly the notions of trauma, resilience, or faulty acts) will allow a more in-depth analysis of the authors’ quest for identity.

Therefore, in this research, we rely on various axes of study such as sociological, psychoanalytic or philosophical, in order to analyze certain key questions around the concept of identity, of photography and its essence, of self-narrative and its functions in reconstructing identity, trauma and its effects on life, or photo-biography as a hybrid genre.

KEYWORDS

Autobiography narratives, Trauma, Identity, Photography, Photobiography