Préface au Journal de Félicien Hantz (Morgane Viry)

Vous avez ouvert ce livre. Dans les pages suivantes, vous allez découvrir la vie d’un homme qui, pendant la Seconde Guerre Mondiale, a été emmené pour faire le Service au Travail Obligatoire (STO), Félicien Charles Hantz (1884-1967). Appelons-le Félicien. Notre survivant de la Première Guerre nous livre en toute simplicité le récit de ses péripéties en Allemagne dans deux carnets de notes rassemblés ici. Ces deux carnets ont été tenus du 9 novembre 1944 au 28 avril 1945. Félicien a été déporté pendant 161 jours, laissant derrière lui sa femme, Marie Joséphine (tous deux se sont mariés le 10 mai 1910) et ses neuf enfants. Il a été amené à effectuer de nombreux déplacements, là où les Allemands avaient besoin de main d’œuvre. Comme il était bûcheron de profession, en plus d’être cultivateur, il a notamment été amené à travailler dans les métiers du bois.

Quelques mots maintenant pour retracer l’histoire de ce journal, Félicien ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale, il a conservé ses carnets avec lui jusqu’à sa mort. Après son décès, le document est passé dans les mains de ses enfants, tour à tour. C’est finalement l’une de ses filles, Clotilde, née en 1928, qui a gardé les carnets. Quelques années plus tard, elle a recopié le journal de son père sur un cahier, afin qu’il soit plus lisible, car le journal de Félicien avait été écrit au crayon de papier, et que durant sa déportation, son auteur n’avait pas dû bénéficier d’un lieu d’écriture digne de ce nom !

Le mari de Clotilde, Robert Mougel, trouvait dommage qu’on ne fasse rien de ce journal. À sa demande, leur fils, Gilbert, en a photocopié plusieurs exemplaires et l’a envoyé d’abord aux enfants de Félicien, puis à sa descendance. Son petit-fils, mon père Alain Viry, en a donc également reçu un exemplaire, et a décidé de taper ce journal à l’ordinateur. J’ai ensuite utilisé cette version word du journal pour en établir l’édition, en vérifiant sur l’un des exemplaires photocopiés du journal quelles modifications mon père avait apportées. J’ai également consulté la version tapée à l’ordinateur qu’avait faite Jean-Claude Hantz, également petit-fils de Félicien, notamment pour vérifier ce que mon père et moi n’arrivions pas à lire ou ce dont nous n’étions pas sûrs.

Mon père a pour sa part effectué des recherches historiques sur cette période de déportation. Ces notes se retrouvent dans cette version numérique.

Félicien n’est pas l’un de ces grands écrivains déportés, capables de tourner de belles phrases. C’est un Homme, comme vous et moi, qui vous partage son expérience, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, simplement armé d’un crayon de papier.

Choisir entre la fidélité et la lisibilité est toujours problématique pour l’édition d’un journal. J’ai pris la décision de retranscrire les fautes d’orthographe, peu nombreuses. Pour ce qui est de la ponctuation, j’ai privilégié la lisibilité. J’ai pris la décision de faire commencer chaque entrée par une majuscule et de la faire se terminer par un point, ce qui est beaucoup plus agréable pour l’œil. C’est d’ailleurs pour cette même raison que j’ai décidé d’ajouter les points d’interrogation, qui n’ont jamais été utilisés par l’auteur des carnets. Félicien, pour séparer ses phrases, utilise tantôt des points, tantôt des tirets, c’est pourquoi j’ai décidé d’uniformiser la ponctuation : pour rendre compte du style de notation, j’ai séparé les phrases par des traits. J’ai toutefois laissé les virgules présentes. J’ai également ajouté des majuscules à toutes les mentions de Dieu : dans le journal original, la majuscule n’est pas systématique, mais comme elle a été utilisée au moins une fois, j’ai uniformisé l’écriture du mot. Pour ce qui est des nombres, le code typographique préconise d’écrire en toutes lettres les adjectifs numéraux ou les chiffres de quantités autres que celles qui sont exprimées en unité de mesure. Par souci d’authenticité, j’ai choisi de retranscrire ces nombres tels que Félicien les avait écrits, quitte à transgresser cette règle.

La dernière modification que j’ai apportée concerne les listes de noms propres. Ces listes se trouvent au sein de ces carnets, mais j’ai décidé de les placer à part, après le journal, laissant le lecteur libre de les consulter ou non.

En ce qui concerne les notes, j’ai ajouté quelques précisions en plus des notes historiques, lorsque j’ai estimé que le lecteur pourrait éprouver des difficultés de compréhension, notamment des mots en patois bressaud. Je n’ai pas fait systématiquement de renvois à des notes précédentes, pour ne pas alourdir le texte.

Je vous laisse découvrir maintenant le souvenir que Félicien nous a laissé.

Morgane Viry

Lire la présentation d’Hélène Gestern