Le Journal d’Hélène Berr (V. Montémont)

Références de l’article « Le Journal d’Hélène Berr », Résistances intérieures : Visages du conflit dans le journal personnel, sous la direction de Sylvie Lannegrand et Véronique Montémont, Academia Bryulant, 2016, p. 87-103.

Lire le pdf (avec illustrations) Journal d’Hélène Berr


 

Le Journal d’Hélène Berr

Hélène Berr naît à Paris le 27 mars 1921, dans une famille juive bourgeoise et cultivée enracinée en France de longue date. Elle est la troisième d’une fratrie de quatre enfants. Son père est un ingénieur qui dirige une entreprise de chimie et d’engrais et sa mère, Antoinette, est au foyer. Brillante élève, Hélène obtient ses deux baccalauréats, latin-langues et philosophie, en 1937 et 1939 avec la mention très bien, et en 1942, son DES de langue et littérature anglaises à la Sorbonne. Les lois anti-juives l’empêchent alors de passer l’agrégation. Elle continue néanmoins à fréquenter la Sorbonne, où elle travaille comme bibliothécaire, et rencontre Jean Morawiecki, un étudiant dont elle va tomber amoureuse. Le père d’Hélène est arrêté le 23 juin 1942, en tant que Juif, incarcéré à Drancy et relâché à l’automne. À partir de ce moment, la famille subit la pression constante de la persécution. Hélène échappe à plusieurs rafles et devient assistante sociale à l’UGIF, un organisme d’aide aux enfants juifs. Malgré la menace chaque jour plus présente, elle et ses parents refusent de quitter Paris et tardent à se cacher : ils sont arrêtés à leur domicile le 8 mars 1944 et déportés le 27 mars, jour du vingt-troisième anniversaire d’Hélène, en direction d’Auschwitz. Les deux parents meurent, l’un gazé, l’autre empoisonné, mais Hélène survit à l’évacuation du camp : en novembre 1944, elle est à Bergen-Bersen. Elle y meurt en avril 45, sous les coups d’une gardienne, alors qu’elle est atteinte du typhus.

  1. Histoire du journal

Le journal d’Hélène Berr, tel que nous le connaissons, commence par ces mots : « Ceci est mon journal. Le reste se trouve à Aubergenville » (la maison de campagne des Berr) ; une phrase qui pourrait laisser supposer qu’il y a eu, avant, un autre journal ; en tout cas, on sait qu’Hélène en a tenu un à l’adolescence [1]. Celui que nous connaissons est divisé en deux parties : la première démarre le 7 avril 1942 et s’achève le 28 novembre 1942. Cette interruption semble liée au départ de Jean Morawiecki, parti se battre. L’écriture de cette première partie, comme le laissent voir les fac-similés de l’édition Tallandier, est régulière, aérée, ferme.

Hélène Berr 1

Hélène ne reprend son journal que le mercredi 25 août 1943, dans des conditions troublées :

Il y a dix mois que j’ai cessé ce journal, ce soir, je le sors de mon tiroir pour le faire emporter en lieu sûr par Maman. De nouveau, on m’a fait dire de ne pas rester chez moi à la fin de la semaine [2].

À partir de là, l’écriture est plus irrégulière, et les ratures plus nombreuses ; la tension, le manque de temps et les conditions de vie difficiles peuvent l’expliquer. La dernière entrée date du 15 février 1944 et se conclut par ces mots : « Horror ! Horror ! Horror ! »

Hélène Berr 2

La dernière trace écrite que l’on possède d’Hélène est la lettre qu’elle laisse à sa sœur Denise, rédigée au crayon et à l’encre le matin de son arrestation, trois semaines plus tard.

Consciente de la menace qui pèse sur elle, Hélène pense à préserver son journal. Le 27 octobre 44, elle note : « Je donnerai ces pages à Andrée [3] » ; il s’agit de leur cuisinière, Andrée Bardiau, qui aide la famille, cachant parfois Hélène. À l’issue de la guerre, cette dernière remet les pages manuscrites à Jacques Berr, le frère d’Hélène. Celui-ci, lorsqu’il a la confirmation de la mort de sa sœur, en informe Jean Morawiecki et lui adresse l’original du journal, qui lui est destiné. En parallèle, une copie du journal est tapée à la machine par un employé de Kuhlmann, l’entreprise de Raymond Berr, et conservée par Denise Job, la sœur d’Hélène.

En 1992, Mariette Job, la nièce d’Hélène, qui connaît l’existence de ce texte, décide d’en retrouver l’original.

J’ai découvert en fait l’existence du journal quand j’avais quinze ans. Ma mère me l’a remis à cet âge-là mais […] je ne l’ai pas lu tout de suite. Je l’ai lu quand j’avais dix-sept ou dix-huit ans. C’était donc un livre, enfin, un journal qui était sous forme de tapuscrit, tapé à la machine et quand je l’ai lu, j’ai tout de suite eu le sentiment de quelque chose de très proche et de quelqu’un aussi qui m’était très proche [4].

Elle parvient, grâce au Ministère des Affaires Étrangères, à retrouver la trace de Jean Morawiecki, à qui elle écrit. Jean demande immédiatement à la rencontrer et accepte de lui montrer l’original du journal. Mariette Job est pour le moins surprise par l’aspect du journal.

Donc on se dirige vers une chambre, il ouvre une armoire, et tout en haut de l’armoire il y a une grosse enveloppe kraft, puis une autre enveloppe à l’intérieur de l’enveloppe kraft et là je découvre ce que je n’avais jamais imaginé puisque dans mon imagination je me disais ça doit être un carnet […] : ces feuillets d’écolier tout séparés les uns derrière les autres avec une écriture très très fine, très très régulière, une écriture magnifique, tantôt écrit à l’encre (enfin, dans la première partie, presque tout est écrit à l’encre), et puis dans la seconde, encre et crayon [5]

Le 18 avril 1994, Jean Morawiecki fait don du manuscrit original à Mariette Job, dont il fait en même temps l’héritière du journal. Il évoque avec elle la possibilité d’une publication et lui écrit le 18 avril 1994 à ce propos :

À cet égard, il faut suivre le sage précepte de la Grèce ancienne : « Rien de trop ». Toute forme de récupération et même de simple interprétation religieuse ou spirituelle serait « de trop » sans parler de la probité intellectuelle, une vertu d’Hélène, qui interdit de prêter aux morts des intentions qu’ils n’ont pas exprimées. Le journal se suffit à lui-même [6].

La nièce d’Hélène conserve ce précieux document pendant six ans, le faisant lire à quelques personnes (dont Simone Veil) avec à l’esprit deux préoccupations : la conservation matérielle de ce support, et surtout la mise à disposition du texte auprès du public des chercheurs et des historiens. Elle finit par contacter Karen Taïeb, au Mémorial de la Shoah, qui est conquise par le texte. Celui-ci rejoint alors les collections du mémorial de la Shoah, ce qui a plusieurs corollaires. Une vitrine est consacrée à la famille Berr dans l’exposition permanente sur la vie des Juifs de France sous l’Occupation ; le journal est publié le 3 janvier 2008 chez Tallandier, et une exposition temporaire est consacrée à Hélène Berr et sa famille en 2009. À cette occasion, de nombreux documents sont exposés : pages manuscrites du journal d’Hélène, mais aussi pages de textes de fiction (nouvelles), rédigés à l’adolescence, photos de famille, certificats et divers document administratifs.

La publication respecte le vœu de Jean Morawiecki : une préface, sobre et centrée sur le texte du journal, de Patrick Modiano, célèbre écrivain français, qui met ses pas dans ceux d’Hélène, un peu comme il l’a fait avec Dora Bruder. Le journal, si on se fie aux extraits offerts en fac-similés et aux indices typographiques, est fidèlement transcrit, avec ses très rares erreurs d’orthographe, signalées par un [sic] : le texte original comporte fort peu de variantes, Hélène écrivant sans se corriger ni revenir en arrière, d’une écriture claire, nette et aérée : on ne trouve que ponctuellement des ratures, qui portent tout au plus sur un mot.

Des notes de bas de page précisent parfois l’identité des personnes nommées dans le journal, ou apportent une information historique factuelle (dates, décrets, principales rafles, sigles). Le texte est augmenté d’une postface de Mariette Job, qui explique le trajet du manuscrit, reproduit le témoignage de l’une de ses codétenues, le texte de l’ultime lettre d’Hélène à sa sœur Denise, et offre un arbre généalogique. On trouve enfin dans cette édition un cahier photographique, où l’on voit Hélène en famille, ou encore la jeune femme avec Jean.

Le livre est immédiatement un énorme succès – on le compare à celui d’Anne Franck – connaît neuf éditions françaises et est traduit en vingt-cinq langues. En 2011 paraît en coopération avec le Mémorial de la Shoah une nouvelle édition, composée d’extraits significatifs du journal, de nombreuses photographies d’époque et de fac-similés de documents supplémentaires. Une seconde préface, signée par Simone Veil, intitulée « Pourquoi il faut lire Hélène Berr » accompagne celle de Patrick Modiano. Sous cette forme, le journal est davantage montré comme un témoignage de la mémoire juive (ce qu’il est, mais pas seulement), dans une optique pédagogique et historique.

  1. Un conflit intime

Le journal d’Hélène, dans sa première partie, est traversé par trois thèmes majeurs : sa vie d’étudiante parisienne à la Sorbonne, ses sentiments amoureux, et le début des persécutions, qui deviennent réalité pour la famille à partir du moment où Raymond Berr est arrêté. Hélène est agrégative d’anglais et grande lectrice ; elle est passionnée par la littérature, notamment la poésie de Keats. Son écriture, remarquable, révèle un goût aigu pour la beauté, l’harmonie et la contemplation. À Aubergenville, la jeune femme note « le foudroiement de lumière qui monte du potager, l’allégresse qui accompagne la montée triomphante dans le soleil matinal [7]», et certaines descriptions témoignent d’une sensibilité quasi picturale :

[J]’ai réalisé l’harmonie merveilleuse des couleurs du paysage qui s’étendait devant moi, le bleu du ciel, le bleu doux des collines, le rose, le sombre et les verts embrumés des champs, les bruns et les ocres tranquille des toits, le gris paisible du clocher, tout baignés de douceur lumineuse. Seule l’herbe fraîche et verte à mes pieds mettait une note plus crue, comme si elle seule était vivante dans ce paysage de rêve [8].

Mais la diariste connaît aussi des tourments. À cette époque, elle entretient une correspondance avec un garçon nommé Gérard avec qui l’on devine qu’une relation amoureuse s’est amorcée, peut-être même un projet de fiançailles ; Hélène dira plus tard être « engagée » avec lui. Or cette correspondance à distance est une source de tensions : « mes sentiments ne sont pas sûrs comme les siens [9] » note Hélène le 15 avril 1942, et quelques jours plus tard « Je ne sais pas si j’aime Gérard ou non [10] ». Parfois, elle souffre du silence de son correspondant, à d’autres moments, elle se sent détachée. Ce qui n’est qu’un inconfort sentimental devient franc malaise après la rencontre avec Jean Morawiecki. Hélène est attirée par ce « garçon aux yeux gris [11] » avec qui elle partage un amour inconditionnel de la musique, des promenades ; elle comprend vite que cette attirance est réciproque.

Jean Morawiecki

Portrait de Jean Morawiecki

Mais l’idée de jouer double jeu lui répugne, et elle se met elle-même en demeure de faire un choix, décidant alors de ne plus revoir Jean :

Je suis en train de faire une chose très dure.

Je ne sais pas très bien quelle force absurde me pousse à agir soudain de cette manière. Si, je sais, la brusque réalisation que je ne dois pas continuer, parce que je ferai de la peine à J.M. […] Je ne sais pas si c’est vrai qu’il n’est pas fait pour moi, que cela n’a été qu’une crise passagère, parce que je n’ai pas assez de recul. […] Je dois avoir le courage d’aller jusqu’au bout, donc de renoncer au charme de tout cela [12].

Pourtant, elle le croise à la faculté, ne peut s’empêcher de rechercher sa présence, et éprouve une forme de « jalousie » lorsqu’une une amie lui annonce qu’elle le verra au concert.

Mais en même temps, une voix qui parlait avec les dents serrées me promettait que, si je sortais victorieuse de cette lutte, je serais purifiée, de quoi, pourquoi, je ne sais pas [13].

Le 18 juin 1942, après de nombreux atermoiements, Hélène, qui se montre toujours dans son journal d’une honnêteté foncière, doit pourtant reconnaître sa défaite. « J’ai essayé une semaine de lutter. Mais à quoi cela sert-il ? Si cette chose-là doit se produire, je ne peux pas, je ne dois pas l’empêcher [14] ». Les raisons de sa décision sont multiples : d’une part, une prise de conscience de plus en plus nette des malentendus dans ses échanges avec Gérard, peut-être à cause de l’absence de celui-ci, qui n’a pas permis à leur relation de s’épanouir ( « Je crois qu’avec Gérard, j’aurai manqué tout ce qui doit être si beau, l’éveil, la floraison magnifiques [15] »). D’autre part, le lundi 8 juin 1942, Hélène a porté pour la première fois l’étoile jaune. L’épreuve est inouïe : il faut affronter les regards, les commentaires, le sentiment brutal et neuf d’une discrimination. Ce sont ses camarades de la Sorbonne, en lui manifestant qui son amitié, qui son émotion, qui l’aident à supporter cette mesure infâmante. Jean Morawiecki est l’un d’eux, visiblement bouleversé quand il voit l’étoile sur la veste d’Hélène :

Lorsque enfin j’ai vu sortir J.M., je ne sais pas ce qui s’est passé en moi, un soulagement brusque, en voyant son visage, parce que lui, il savait et il me connaissait. Je l’ai appelé ; il s’est retourné et il a souri. Il était très pâle. […] J’ai réalisé qu’il était complètement perdu et éreinté [16]

À partir de là, le jeune homme, pourtant issu d’une famille catholique, ne va cesser de se rapprocher d’Hélène en dépit des mesures anti-juives : thés, goûters, concerts, promenades dans des squares dont il leur arrive d’être chassés à cause de l’étoile de la jeune femme [17]. Même si la diariste ne le dit pas explicitement, on devine que l’affection fidèle et droite de ce jeune homme, sa solidarité dans l’épreuve, pèsent plus lourd que les cartes sibyllines d’un correspondant absent et compliqué. À mesure que les drames s’accumulent sur la famille Berr, la présence de Jean devient une source de réconfort vitale, et celle de Gérard un inconfort, ou pis, une indifférence. Le 27 juin, alors que son père est arrêté, Hélène écrit : «  Ce soir, je devrais être préoccupée par les cartes de Gérard. Mais il y a quelque chose de mort en moi à ce sujet. Je ne réponds plus, au sens figuré[18] ». Peu à peu Hélène, quoiqu’elle reste par moments « divisée et torturée[19] » choisit lucidement de vivre son amour avec Jean, en avouant à son journal tout le besoin qu’elle a de lui :

Je n’ai aucune honte à écrire tout cela. Je le fais parce que c’est la vérité ; je ne me monte pas la tête. C’est probablement une habitude que j’ai prise de le voir, et comme les journées que je passe avec lui sont les seules belles choses de la vie, je ne veux pas m’en passer [20].

La résolution du conflit intime, dont le journal est témoin, se fait donc dans un laps de temps assez bref ; mais elle montre aussi comment la grande Histoire joue un rôle d’accélérateur, intensifiant le cours des sentiments, sous la pression d’une situation insoutenable. Si elle a parfois des phrases critiques pour Gérard, Hélène n’aura jamais un mot de ressentiment pour Jean, parti se battre auprès des FFL alors qu’elle-même est en danger. Elle se borne à confier à son journal à quel point il lui manque (« ma souffrance dont Jean est le centre [21] »), combien elle désire le revoir, combien elle regrette de ne pouvoir s’« épanouir avec lui [22] » ; lui, par contre, gardera un brûlant remords, confié à Denise Job dans une lettre de 1946 : « Tout en moi se mettait en réserve pour elle. Comment ai-je pu la quitter sans la savoir à l’abri ? [23] »

  1. Une révolte

Ce qui donne une valeur unique au journal d’Hélène Berr, outre la splendeur lumineuse de son écriture, est sa force de témoignage sur une période dramatique de l’histoire française : l’Occupation et la persécution des Juifs par le régime collaborationniste du maréchal Pétain. Il faut d’entrée remarquer qu’à la différence d’autres diaristes [24], Hélène ne s’autocensure pas et critique ouvertement dans son journal les mesures du régime de Vichy, alors même que de telles remarques l’exposeraient à des graves représailles si le texte venait à la connaissance des autorités d’occupation. Mais sans doute se sent-elle déjà suffisamment désignée comme cible et pourchassée pour n’avoir pas le souci de se préserver plus avant dans son texte. À travers les récits quotidiens de la jeune femme, on vit donc, de l’intérieur, les conséquences des mesures antijuives, et leur absurdité aussi, car le regard d’Hélène est implacablement lucide, tant sur la cruauté allemande que sur la lâcheté française.

La première vraie irruption de l’horreur dans la vie quotidienne des Berr, c’est le port de l’étoile, imposé par un décret du 29 mai 1942. Hélène Berr se pose la question de conscience : la porter, ou non ? Elle est d’abord déterminée à ne pas le faire, voyant dans ce geste une « infamie et une preuve d’obéissance aux lois allemandes [25] ». Le soir même, elle se ravise, estimant que se désolidariser est une « lâcheté » ; or, elle veut faire la chose qui lui semble « la plus courageuse [26] ». Il faut préciser qu’à l’époque, beaucoup de Juifs français ignorent encore le piège mortel que constitueront le port de l’étoile et l’immatriculation. Hélène se résout alors à sortir, son étoile cousue au revers : le premier jour, elle note : « mon dieu, je ne croyais pas que ce serait si dur[27] », le deuxième, qu’elle a la figure « tendue par l’effort […] pour retenir [d]es larmes qui jaillissaient », des « larmes de douleur et de révolte[28] ». À la Sorbonne, où ses amis viennent l’entourer, elle se sent « en plein dans un cauchemar[29] » ; une réflexion cruelle d’enfant croisé dans la rue, autant que les réactions de bonté des anonymes la désignent désormais comme différente.

Le deuxième choc arrive un mois plus tard, le 24 juin. Raymond Berr, le père d’Hélène est arrêté sur son lieu de travail et conduit à Drancy, sous l’obscur prétexte d’une étoile mal cousue sur un revers de veste. À cette époque, Raymond Berr, ancien combattant, ingénieur, est vice-directeur des Établissements Kuhlmann et président de la Société des ingénieurs civils. Il fait partie de ces Juifs français que le gouvernement de Pétain s’était engagé à protéger ; or dans ses lettres de détention, on voit que la menace imminente d’une déportation devient tout à fait réelle pour lui. On propose alors à la famille, en juillet 1942, un chantage fort prisé par les Allemands : relâcher le prisonnier (moyennant rançon), à condition qu’il s’en aille. Or cette partie de la famille Berr s’est toujours refusée à rejoindre la zone dite « non-occupée ». Hélène est révoltée par ce chantage :

    Il reste à sacrifier le sentiment de dignité, à accepter d’aller rejoindre ceux qui sont partis.
    Il reste à sacrifier le sentiment d’héroïsme, de lutte que l’on éprouve ici.
    Il reste à sacrifier le sentiment d’égalité dans la résistance, d’accepter d’être mis à part des autres Français qui luttent [30].

Je me réveille avec un seule idée claire : c’est une lâcheté abominable que l’on veut nous faire commettre. A quoi d’autre fallait-il s’attendre de la part des Allemands ? En échange de Papa, ils nous prennent ce que nous estimons le plus : notre fierté, notre dignité, notre esprit de résistance [31].

Finalement, Raymond Berr sera libéré suite à de multiples interventions, et la famille restera à Paris, ce qui, dans un tel contexte, est plus que risqué. La question, partir ou rester, est douloureuse et devient l’objet d’un nouveau dilemme intérieur, récurrent sous la plume d’Hélène. En 1942, elle s’assigne la mission du témoin : elle veut être là pour observer, raconter, et « secouer les indifférents [32] ». Mais elle n’ignore rien de ce qui l’attend, et à partir de 1943, elle est directement prévenue par des connaissances bienveillantes qu’elle va être raflée. Alors elle hésite, se demandant si elle et ses parents ne sont pas « fous et aveugles de rester [33] ». En même temps, elle ne peut se défaire d’un sentiment de « défection [34] » à l’idée de s’en aller.

Car pour elle, rester auprès des orphelins, travailler à l’UGIF – même après que la majeure partie de son personnel, et parmi eux son amie Françoise Bernheim, a été raflé – est une forme de résistance personnelle, sa manière de demeurer solidaire de tous ceux qui ont déjà été pris : un « principe moral », une question de « conscience [35] ». Cependant, Hélène se rend compte que la lutte est inégale, et que tous les principes sont « défigurés[36] » par la logique nazie, qui n’offre que la mort en bout de course. Il faut également faire la part du découragement, de la peur, même, à l’idée d’une dislocation de la famille, et d’une survie aléatoire jusqu’à la fin de la guerre, dont l’issue reste encore lointaine. Comme l’écrit Simone Veil dans sa préface, « à un moment donné, on est las de fuir en permanence, ou peut-être fataliste [37] ». Entre sentiment quasi mystique de sacrifice et résignation et spectacle quotidien de l’horreur, Hélène ne se sent au fond plus capable de quitter cette vie de « souffrance, [de] lutte, [de] malheur » avec laquelle la sienne s’est confondue, voyant dans cette épreuve une « purification » ; ce qui ne l’empêche pas d’être en colère contre sa sœur Denise, qui, enceinte, refuse de se mettre à l’abri.

            Cette volonté de rester est d’autant plus héroïque qu’Hélène est mieux placée qu’une autre pour savoir à quoi s’attendre. Depuis juillet 1942, elle travaille à l’UGIF, l’Union Générale des Israélites de France, un organisme fondé par le régime de Vichy en 1941, et qui a charge de fédérer les œuvres juives d’assistance. Hélène y devient assistante sociale bénévole, prolongeant ainsi son engagement auprès de l’Entraide Temporaire, une organisation clandestine qui a sauvé 500 enfants. Évidemment, cette adhésion, de l’extérieur, la place dans une situation ambiguë. En effet, les membres de l’UGIF reçoivent une « carte » supposée assurer leur protection – un mensonge de plus. Par voie de conséquence, et puisqu’ils font le relais entre les autorités de Vichy et les familles des déportés, ils sont parfois considérés par ces dernières comme des collaborateurs. Hélène le comprend, mais le réfute de toutes ses forces :

Pourquoi y suis-je entrée ? Pour pouvoir faire quelque chose, pour être tout près du malheur. Et au service des Internés, nous faisions ce que nous pouvions. Ceux qui nous connaissaient bien, comprenaient, et nous jugeaient avec justice [38].

En réalité, à l’UGIF, dont le personnel est une cible facile, Hélène est encore plus en danger qu’ailleurs. Elle se rend à Drancy, entend les familles, voit même parfois des prisonniers de retour des camps : elle dit son profond respect pour le témoignage d’un prisonnier, parce qu’il est « celui qui a vu et qui comprend [39] ».

Alors cette jeune femme qui n’a rien de morbide, qui aime la musique de chambre, la poésie anglaise, la philosophie et la splendeur de la nature collationne dans son journal les pires des récits : familles qui se suicident, enfants défenestrés par leur mère, jeunes femmes déportées en robe d’été et en sandales, malades arrachés à l’hôpital, accouchements au sol, détenus baignant dans des mares d’excréments, exécutions sauvages de prisonniers… Hélène Berr veut à tout prix donner un visage, une incarnation à cette souffrance, éviter qu’elle ne se noie dans le décompte anonyme des morts. Ainsi, après la rafle de Drancy, le 18 juillet 1942, elle écrit : « Je note les faits, hâtivement, pour ne pas les oublier, parce qu’il ne faut pas oublier [40] ».

Hélène mène enfin dans son journal une réflexion sur l’antisémitiste qu’alimentent les mesures anti-juives, dont elle démonte les ressorts avec une clairvoyance qu’un historien contemporain ne démentirait pas. Sa judéité est pour elle une nouvelle source de débat intérieur, en termes de sentiment d’appartenance à une communauté. La famille Berr semble modérément pratiquante (peu de mentions de rituels religieux dans le journal, à l’exception d’une visite au temple et d’une fête de Roch Hachana). Hélène, issue d’une famille française de vieille souche, ne se sent « faire partie d’aucun groupe racial religieux[41] » et n’apprécie guère le communautarisme : elle dit ainsi détester «  ces mouvements plus ou moins sionistes, qui font le jeu des Allemands sans s’en douter [42] » et voit dans le repli communautaire de l’eau apportée au moulin antisémite.

Et ce qui est grave en ce moment, ils justifient le nazisme. Plus ils se resserreront en ghetto, plus on les persécutera. Pourquoi faire des États dans les États? [43]

Pour elle, le seul principe qui vaille est qu’il n’existe pas de race juive, mais une religion juive, ce qui rend d’autant plus insupportable – Hélène dit « bouillonner » de colère – le cynisme de l’État français et des mesures discriminatoires dont le seul fondement est, justement, le racisme.

Les juifs n’auront plus le droit non plus de traverser les Champs-Élysées. Théâtres et restaurants réservés. La nouvelle est rédigée d’un ton naturel et hypocrite, comme si c’était un fait accompli qu’en France on persécutait les juifs, un fait acquis, reconnu comme une nécessité et un droit [44].

Croire qu’ils [le gouvernement français] vont respecter les lois qu’ils ont instituées, alors que du début à la fin ces lois sont illégales et l’œuvre de leur caprice, ces lois sont simplement un prétexte pour arrêter, c’est leur seul but [45].

Pour autant, et c’est aussi ce qui donne son intense force spirituelle au texte, la jeune femme refuse de se laisser déborder par la haine ou le ressentiment [46]. Même quand elle parle des nazis, c’est avec la volonté de comprendre comment ils ont pu se laisser « abrutir, déspiritualiser, abêtir, pour n’être plus que des automates sans cerveau [47] ». Ce n’est qu’en 1943, après deux années de tourments, de deuils, de spectacles d’exactions, qu’elle s’avoue à bout d’intelligence les concernant : « Maintenant, je le vois avec les yeux de l’homme simple, avec une réaction instinctive, primitive — je connais la haine[48] ? » Mais la diariste de s’interroger immédiatement sur le caractère primaire de cette haine et la valeur de la loi du talion (« C’est un problème angoissant[49] »). Dans le plus inhumain des systèmes, Hélène Berr tente encore de faire jouer les ressorts de l’intelligence, de l’éthique, de la morale ; certes pas pour comprendre les bourreaux, mais pour réaffirmer leur présence chez les victimes. Elle note par ailleurs dans son journal « le bon regard des hommes et des femmes qui vous remplit le cœur d’un sentiment inestimable [50] », relevant jour après jour les petites marques de solidarité, poignées de mains, coups de chapeau. L’horreur aiguise la perception de la fraternité, l’épreuve celle de l’humanité :

Il y a la conscience d’être supérieur aux brutes qui vous font souffrir, et d’être unis avec les vrais hommes et les vraies femmes. Plus les malheurs s’amassent, plus ce lien s’approfondit. Il n’est plus question de distinctions superficielles de race, de religion ni de rang social –, je n’y ai jamais cru, il y a l’union contre le mal, et la communion dans la souffrance [51].

A l’automne 1943, Hélène écrit qu’il y a aura eu du mérite à conserver « une douceur de cœur à travers ce cauchemar [52] » ; douceur de cœur qui se traduit chez elle par une volonté de ne jamais renoncer à comprendre ce qui peut être compris, et surtout de garder une place disponible en elle pour la beauté, l’émotion esthétique, la compassion, et parfois même quelques lueurs d’espoir ; et ce alors que la situation, où « la mort pleut de tous côtés [53] » est de celles qui ne peuvent pousser qu’à la dépression ou la folie.

 

  1. La fonction du journal

Durant la première partie du journal, la guerre est certes présente : mais elle n’a pas encore tout dévoré, et le journal est aussi la relation d’un éveil à la vie adulte. Les tourments n’empêchent pas, on l’a vu, la jeune fille de ressentir, au plus profond d’elle-même, la beauté et l’harmonie, et de se laisser aller à la richesse d’un sentiment amoureux naissant qui la comble. Au milieu de l’affreuse noirceur, quand Jean est encore à Paris, on lit sous la plume d’Hélène cette affirmation surprenante : «  Il y a quelque chose d’enchanté dans ma vie actuellement. J’en suis reconnaissante de tout mon cœur [54] ». Elle note encore, à ce moment-là, pour se souvenir des belles choses, de la lumière dorée d’Aubergenville, des concerts écoutés avec Jean, des lectures.

Le journal possède également une fonction cathartique, lui permettant de formuler des tourments et des angoisses de plus en plus oppressants : « It sufficeth that i have told thee, mon bout de papier ; tout va déjà mieux », note-t-elle le 11 avril. Hélène fait de son écriture, on l’a vu, un lieu de plusieurs délibérations morales sur le bien-fondé des décisions à prendre. Si la situation qu’elle vit est de jour en jour plus anxiogène (« une impression de solitude et de cafard horribles [55] » note-t-elle le 24 avril), la jeune femme hésite en effet à s’en ouvrir à sa mère, très ébranlée par les tourments qu’elle-même doit affronter. Enfin, cette année 42-43 est une période de grande instabilité : d’abord à cause des intermittences du cœur, mais surtout en raison de la persécution, qui rend le quotidien de plus en plus désorganisé. Écrire est alors une façon d’introduire de la régularité, dans une vie qui n’en a plus aucune («  Je ne sais plus où j’en suis[56] », note Hélène le 27 juin 1942).

La seconde partie du journal, repris après dix mois d’interruption, a une autre tonalité. Durant cette période, Hélène a vécu séparée de Jean, a vu partir ou être déportés ses amis les plus chers, notamment Françoise Bernheim, a rencontré à l’UGIF toujours plus d’orphelins, d’horreurs, de misère. Elle ne peut plus poursuivre ses études en raison des lois anti-juives, est privée par décret d’à peu près tout ce qui peut adoucir le quotidien d’un être humain et pense à sa probable déportation : elle vit dans un « bain de misère » constant. Elle décide alors que de toute cette souffrance vécue et observée, elle sera le témoin :

Je recommence ce journal ce soir, après un an d’interruption. Pourquoi ?

Aujourd’hui, en rentrant de chez Georges et Robert, j’ai été brusquement la proie d’une impression : qu’il fallait que j’écrive la réalité. […] Il faut que les autres sachent […] Car comment guérira-t-on l’humanité, comment purifiera-t-on le monde autrement qu’en lui faisant comprendre l’étendue du mal qu’il commet [57] ?

Hélène voudrait écrire un livre, tout en étant consciente que ses conditions de vie ne le lui permettent pas : son journal devient une façon de « noter les faits ici, qui aideront plus tard [s]a mémoire, si [elle] veu[t] raconter [58] », dans l’hypothèse où elle survivrait à la guerre. Mais au fond, elle se projette déjà dans un après, l’après de sa propre mort, elle qui redoute que les récits des historiens n’écrasent les mille facettes de la douleur (« Sauront-ils ce qu’une ligne de leur exposé recouvre de souffrances individuelles [59] » ?), d’où ce désir méthodique de consigner les détails, les petits faits, les atrocités individuelles qui sous sa plume prennent un nom, un visage, une réalité.

En parallèle, plusieurs longues entrées s’éloignent de la stricte relation du quotidien pour devenir de véritables espaces d’introspection, de projection dans le temps, qui donnent au texte toute sa dimension contemplative. Juive, Hélène en vient à méditer le texte de l’Évangile selon Saint Matthieu, dans lequel elle retrouve des principes qui lui sont chers. Pour elle qui voit tous les jours, à l’UGIF, des enfants privés des parents, qui entend des récits atroces d’exécutions et de mauvais traitements [60], la passivité du clergé français est incompréhensible [61]. Quid de la charité chrétienne, alors que le Christ est, selon Hélène « le plus grand socialiste du monde [62] » ?

Est-ce que les catholiques méritent le nom de chrétiens, alors que s’ils appliquaient la parole du Christ, il ne devrait pas exister une chose qui s’appelle : différence de religion, et de races même [63] ?

La jeune femme multiplie les lectures : Keats, sur lequel elle a le projet de faire une thèse, Shelley, Platon, Dostoïevski, Roger Martin du Gard, dont elle recopie de longs passages. Elle réfléchit intensément à la vie et à la mort, et le journal atteint alors une intense profondeur spirituelle ; la diariste est dans une « conscience perpétuelle[64] » et aspire à une forme de dépouillement moral, qui l’a conduite à « nettoyer beaucoup de choses en elle, au prix de pertes terribles [65] ». À ce point d’articulation de son existence, Hélène Berr, vingt-deux ans, lourde de tous les savoirs du monde, flotte entre la conscience de la vie et la prescience de la mort : encore attachée aux siens, à l’idée de résistance, à l’espoir de revoir Jean, elle se sent en même temps, selon une formule terrible, « mener une vie posthume [66] », car trop de ses amis et connaissances sont morts pour qu’elle ne se sente coupable de leur avoir survécu.

Elle utilise alors son journal pour se préparer au pire, qu’elle sait certain : par endroits, son texte prend les accents d’un exercice spirituel pour faire face aux futures douleurs de l’arrestation, de la déportation, à la souffrance physique.

Penser que si je suis arrêtée ce soir (ce que j’envisage depuis longtemps), je serai dans huit jours en Haute-Silésie, peut-être morte, que toute ma vie s’éteindra brusquement, avec tout l’infini que je sens en moi [67].

Tant de stoïcisme et de lucidité, sous la plume d’une femme si jeune, ne laissent pas d’impressionner. De manière générale, le journal d’Hélène, hanté par la douleur, cède rarement à la plainte ; l’écriture, l’intelligence, y sont toujours à la lutte avec un épuisement moral de plus en plus palpable. Ce sont les autres qu’elle plaint, ces familles, ces enfants dont le sort la bouleverse et la tourmente. Une seule notation, ô combien cruelle, laisse entrevoir la profondeur désespérante de l’enfer qu’elle aura traversé : « Aucune doctrine, aucun dogme, ne pourront me faire croire sincèrement à l’au-delà : peut-être le spectacle de cette vie y parviendra-t-il [68] ».

Au fond, Hélène devine qu’elle n’en réchappera pas. Le 25 octobre 1943, elle écrit : « J’ai peur de ne plus être là lorsque Jean reviendra [69] ». Lui faire tenir ses pages devient alors une évidence et une nécessité, d’où le projet de les confier à Andrée Bardiau ; Hélène veut également lui transmettre son cahier de notes sur Keats. Ce don ultime, extrême, de toute l’intimité de sa personne, de « son âme et sa mémoire [70] » change la nature du journal : à partir de ce moment, Hélène écrit aussi pour l’homme qu’elle aime, s’adressant à lui à travers l’absence en des termes bouleversants, utilisant pour la première fois ce tu que les fiancés ne s’autorisaient pas encore : « Je reviendrai, Jean, tu sais, je reviendrai [71]. »

Hélène Berr sentait « l’infini en [elle] » et chaque ligne de son journal nous le prouve : ils témoignent de son éclatant talent d’écrivain, de son intelligence du monde, de sa sensibilité esthétique et de la profondeur de sa réflexion morale. Son texte aurait pu n’être qu’un cri de désespoir, mais il est beaucoup plus : le récit d’un éveil à l’amour, celui d’un combat quotidien contre l’absurde, l’horreur, la peur et l’avilissement, une intense réflexion sur la précarité de la vie, un témoignage de premier ordre, pensé comme une trace nécessaire au regard de l’Histoire ; non pas une histoire idéologique et froide, mais une histoire vivante, capable de dire ce que des milliers d’êtres avaient souffert, dans leur chair et dans leur âme. La dignité que l’on voudrait lui prendre, Hélène n’en fait jamais cadeau, continuant à être là malgré le danger, pour « gêner de toutes [s]es forces [72] » les Allemands. En réalité, celle qui ne voulait pas susciter la pitié, mais être comprise dans son épreuve, a écrit au jour le jour, nonobstant tous les découragements, pour qu’à travers elle on prenne conscience de la réalité d’une persécution, dans l’espoir d’affaiblir la mécanique du mal, quels que soient les êtres qui la diligentent.

La postérité aura au moins exaucé l’un des vœux d’Hélène Berr : permettre que son journal, conservé pendant cinquante ans par ceux qui l’aimaient, puis publié, soit lu et étudié par les générations futures. Le corps de celle qui l’écrivit a été anéanti, mais son âme est intacte dans le legs de ses mots d’ombre et de lumière, qui mieux que d’autres nous font sentir ce qu’il y a parfois d’admirable à demeurer humain, d’une humanité plénière, solaire et droite, au milieu de l’horreur.


Notes

[1] Des pages en sont reproduites dans l’édition illustrée, Le Journal d’Hélène Berr, Paris, Tallandier/Mémorial de la Shoah, 2011, p. 139.

[2] 25 août 1943, p. 167.

[3] 27 octobre 1944, p. 191.

[4] Interview de Mariette Job, film de présentation « Hélène Berr », 23’, Mémorial de la Shoah, 2009.

[5] Ibid.

[6] Lettre de Jean Morawiecki, lue par Mariette Job, ibid.

[7] 11 avril 1942, p. 25.

[8] 11 avril 1942, p. 25-26

[9] 15 avril, p. 27.

[10] 10 avril, p. 34.

[11] 27 avril, p. 37.

[12] 2 mai 1942, p. 45-46.

[13] 21 mai 1942, p. 48.

[14] 18 juin 1942, p. 70.

[15] 4 mai 1942, p. 42.

[16] 9 juin 1942, p. 61.

[17] « Mais nous avons été chassés par le gardien, à cause de mon étoile. Comme j’étais avec lui, je n’ai pas réalisé cette blessure. » (14 septembre, p. 140).

[18] 27 juin 1942, p. 86.

[19] 18 juillet 1942, p. 109.

[20] Ibid., p. 109.

[21] 27 octobre 1943, p. 185.

[22] 28 octobre 1943, p. 198.

[23] Mariette Job, « Une vie confisquée » op. cit., p. 288.

[24] Voir par exemple Liliane Schroeder, Journal d’Occupation. Paris, 1940-1944 : chronique au jour le jour d’une époque oubliée, Paris, F.-X. de Guibert, 2000 ; Denise Domenach-Lallich, Demain, il fera beau. Journal d’une adolescente, Lyon, Permezel, 2001.

[25] 4 juin 1942, p. 54.

[26] Ibid.

[27] 8 juin 42, p. 57.

[28] 9 juin 42, p. 59.

[29] 9 juin 42, p. 60.

[30] 30 juin 42, p. 90-91.

[31] 3 juillet 1942, p. 92-93.

[32] 18 juillet 1942, p. 108.

[33] 13 décembre, p. 246.

[34] 13 décembre 1943, p. 247.

[35] 5 août 1942, p. 124.

[36] 7 septembre, p. 135.

[37] Simone Veil, « Pourquoi il faut lire Hélène Berr », in Le Journal d’Hélène Berr, op. cit., p. 8.

[38] 13 novembre 1943 ? p. 226.

[39] 15 février 1944, 7 h15.

[40] 18 juillet 1942, p. 106.

[41] 31 décembre 1943, p. 254.

[42] 6 juillet 1942, p. 100.

[43] 27 juillet 1942, p. 119.

[44] 10 juillet 1942, p. 103.

[45] 18 septembre 1942, p. 140.

[46] Selon Mariette Job, c’est un choix fait avec Jean : « Ils ne parlent presque jamais de l’horreur immanente, mais tout en s’interdisant la haine, affirment leur droit à l’indignation », « Hélène Berr et son journal », Le Journal d’Hélène Berr, op. cit., p. 141.

[47] 30 octobre, p. 203.

[48] 1er février 1944, p. 270

[49] Ibid.

[50] 18 juillet 1942, p. 107

[51] 18 juillet 1942, p. 107-108.

[52] 28 octobre 1943, p. 200.

[53] 10 janvier 1944, p. 246.

[54] 26 juillet 1942, p. 119.

[55] 24 avril 1942, p. 37.

[56] 27 juin 1942, p. 85.

[57] 10 octobre 1943, p. 167-169

[58] 10 octobre 1943, p. 171.

[59] 25 octobre 1943, p. 181.

[60] Le journal d’Hélène Berr contredit la thèse selon laquelle en France, on aurait ignoré le sort réel des déportés : « M. R. a décrit à Denise comment cela se passait pour une déportation. On les rase tous, on les parque entre les barbelés, et on les entasse dans des wagons à bestiaux, sans paille, plombés ». (20 septembre 1942, p. 142).

[61] Semblable interrogation se trouve sous la plume d’Édith Thomas qui écrit le 6 juin 1942 : « À Notre-Dame-des-Victoires, une messe a été dite au cours de laquelle on a béni des étoiles juives. Les Juifs non convertis étaient invités. Il serait intéressant de savoir si cette information est exacte. Elle indiquerait une courageuse prise de position du clergé catholique. » Édith Thomas, Pages de journal, Paris, Viviane Hamy, 1995 [posth.], p. 180.

[62] 12 novembre 1943, p. 220.

[63] 11 octobre 1943, p. 173.

[64] 11 octobre 1943, p. 190 (c’est l’auteur qui souligne).

[65] 13 novembre 1943, p. 227.

[66] 13 novembre 1943, p. 227.

[67] 1er novembre 1943, p. 209.

[68] 31 janvier 1944, p. 268.

[69] 25 octobre 1943, p. 182.

[70] 25 octobre 1943, 197.

[71] 27 octobre, p. 197.

[72] 3 juillet 1942, p. 93.