Enfant de Minuit : Mathieu Lindon, Une archive (POL, 2023) (H. Gestern)

S’il n’est jamais facile d’être l’enfant de ses parents, la tâche est particulièrement ardue quand on s’appelle Mathieu Lindon ; qu’on est journaliste, écrivain, et fils de Jérôme, fondateur et directeur des emblématiques éditions de Minuit. Outre qu’il a été l’une personnalités les plus marquantes de la vie éditoriale française après guerre, Jérôme Lindon a laissé en héritage un catalogue qui constitue l’un des fleurons de la littérature française (deux prix Nobel, trois si l’on compte Elie Wiesel, et deux Goncourt, entre autres). Une archive naît d’un refus ; ou plus exactement de la réticence d’Irène Lindon, qui a pris la succession de son père, et ne souhaite pas livrer la correspondance paternelle à de potentiels biographes.  Mais a-t-on besoin d’archive, se demande Mathieu Lindon, quand on est soi-même une vivante archive, née en 1955, et qui a grandi entourée de Samuel Beckett (« Sam »), Alain Robbet Grillet, Claude Simon, Pierre Vidal-Naquet ? La cession de la maison à Gallimard en 2021 est un autre des déclencheurs de son projet d’écriture :

« En réalité, je ne souhaite pas tant évoquer Jérôme que les éditions de Minuit, si prégnantes dans ma vie, telles que je les ai connues, telles qu’on me les a racontées, que je les ai vécues. Soudain, il me semble que ça rassemble ce sur quoi je tâche d’écrire depuis longtemps, tout ce sur quoi je pense devoir le faire : les éditeurs, les écrivains, ma vie dans les livres, depuis le premier jour. Ou peut-être, au contraire, sous prétexte de Minuit, pouvoir les écrire enfin, les livres autours des éditeurs, des écrivains, des livres, de mon père et moi. »

Jérôme Lindon au milieu des auteurs des Editions de Minuit. Photographie Mario Dondero, 1959.

On ne trouvera pas dans Une archive d’anecdotes croustillantes ou de petits secrets honteux. De la première à la dernière ligne, Mathieu Lindon est attentif à ce que le livre ne vire pas au portrait charge, ni ne dresse sa propre statue au Commandeur, ce qu’il aurait si facilement pu faire tant la personnalité de Jérôme Lindon était redoutable. Quant aux auteurs, Beckett, objet d’un « coup de foudre » et dont Lindon assurera la renommée jusqu’au Nobel, Duras, Simon, Pinget – ils sont saisis dans des instants de vie qui révèlent un peu d’eux – un match de rugby, la crainte d’un impair à table, une partie de pétanque ou un tête-à-tête complice –, sous le regard de l’enfant ou de l’adolescent qu’était Mathieu.

Ce livre n’est pas un récit linéaire et chronologique, pas un essai d’histoire littéraire, mais une méditation qui a la douceur des ressassements, quand on s’interroge sur soi ; sa progression circulaire est prise dans une phrase souvent complexe, qui tourne autour du passé pour y happer des moments, dont certains reviendront tel un leitmotiv. Ainsi de la rupture paternelle avec André, le frère aîné, dont Jérôme ne verra jamais les enfants, ses seuls petits-enfants, et qui l’obsèdera. Tout comme l’obsèdera l’un de ses derniers combats, la question du prix unique du livre, défendue avec fureur et le succès qu’on sait.

De Jérôme Lindon, nul n’ignore combien il a pu être courageux, littérairement et politiquement, imperméable à toutes formes de pression, subissant menaces et même un plasticage de l’appartement familial dont Mathieu se souvient : il ferraillera contre la torture en Algérie, pour la Palestine, pour le Syndicat National de l’Edition. Sa personnalité est contrastée : pleine d’intelligentillesse, selon un mot que Mathieu Lindon aime à reprendre, mais aussi vivant avec l’amour du pouvoir chevillé au corps, un pouvoir d’autant plus fort exercé, jusqu’à des formes souterraines de chantage, que l’éditeur bâtit un véritable royaume, éditorial, intellectuel et littéraire, dont il est le seul monarque malgré la présence d’Alain Robbe Grillet à ses côtés. « La manipulation était sa façon d’être » écrit de lui son fils ; simplement, la puissance ne cherche pas à nuire, plutôt à servir un idéal professionnel porté si haut qu’il conduit à une « ivresse dominatrice dont il ne se rendait plus compte ».

La question de la succession aurait pu déchirer le lien entre le père et le fils.  Des éditions de Minuit, Mathieu Lindon s’est « éloigné » calmement, ne se sentant pas l’étoffe du successeur, pressentant peut-être aussi ce qu’une coexistence professionnelle allait leur coûter, à l’un comme à l’autre. Il a dirigé un temps la revue Minuit, tandis que les rênes de la maison sont allées à Irène ; occasion là aussi de méditer sur ce qu’hériter veut dire, comment on peut continuer d’être affectivement et intellectuellement solidaire d’une histoire dont on n’est plus, de son propre choix, partie prenante :

« Les éditions étaient plus qu’un symbole pour moi. Elles n’étaient pas ma chair et mon sang mais de ma chair et de mon sang, pas mon identité mais une partie d’elle. Elles étaient là, familières, même quand je n’avais aucun rapport spécial avec elles, sinon qu’elles avaient toujours été là et le seraient toujours. Elles étaient plus concrètes qu’un symbole : un morceau de ma vie, un énorme morceau de ma vie dont je pouvais m’éloigner mais qui n’en resterait pas moins un énorme morceau de ma vie, comme si, du haut de mes échasses proustiennes, je les gardais autant attachées à moi que mon enfance et mon adolescence […] » »

Un désengagement décrit avec douceur, presque tendresse, qui va de pair avec un engagement symétrique : celui, au bout de deux livres sous pseudonyme, de changer d’éditeur pour rejoindre POL. Et c’est là une autre part importante du livre que ce portrait de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur autant qu’ami, qui entraîne, en miroir, une réflexion sur la place qu’un éditeur « occupe dans l’espace mental », dont on ne prend conscience que le jour où il disparaît. Mais disant POL, le livre dit aussi en creux Jérôme, et plus largement caractérise ce lien étrange, presque organique, qui lie certains auteurs à « leur » éditeur – et vice-versa.

D’un côté, Une archive dessine le parcours d’un homme qui doit trouver sa place dans un champ littéraire que sature en partie la figure de Jérôme Lindon et le catalogue extraordinaire de ses éditions ; à ce titre, c’est un livre qui ne peut que passionner ceux qui ont goût ou affection pour les éditions de Minuit ou souhaiteraient de découvrir, vues de l’intérieur, les années Nouveau Roman, un mouvement que Lindon contribua à façonner en profondeur. De l’autre, à l’articulation de la biographie et de l’autobiographie, c’est un témoignage délicat, purgé de la violence des passions filiales, qui montre un père véritable, dans sa rigueur et ses attentions, son exigence et sa bonté. Une méditation dont on devine sous les mots pudiques qu’elle dut connaître ses douleurs et ses éclats de révolte, mais qui s’offre apaisée, sur ce qui nous construit ; une longue, belle et lente lettre d’amour d’un père à un fils, comme la réponse aux missives posthumes que Jérôme Lindon, l’homme qui n’écrivait pas de romans, laissa, en guise d’héritage, à chacun de ses enfants.

Mathieu Lindon, Une archive, POL, 2023, 239 p.

Arnaud Genon : Fous d’Hervé. Correspondance autour d’Hervé Guibert (Presses Universitaires de Lyon, 2022)

Avec un retard dont nous sommes honteux, nous relayons, et avec quel plaisir, l’annonce du bel ouvrage d’Arnaud Genon paru cet automne. Spécialiste de longue date de l’auteur de Fou de Vincent et d’À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, auquel il a consacré plusieurs ouvrages : Hervé Guibert. L’écriture autobiographique et le miroir de soi (avec Jean-Pierre Boulé, PUL, 2015), Arnaud Genon a également publié ou codirigé plusieurs essais autour de l’autofiction, notamment Lisières de l’autofiction, avec Isabelle Grell (PUL, 2016) Il est également l’auteur de plusieurs livres autobiographiques : Tu vivras toujours (Éditions Rémanences, 2016), consacré à sa mère, Mes écrivains (Rémanence, 2019), Les Indices de l’oubli (Éditions de la Reine Blanche, 2019). Arnaud Genon a enfin cofondé deux sites : herveguibert.net et autofiction.org.

Auteur d’une œuvre unique, Hervé Guibert suscitait de son vivant une fascination peu courante. Trente ans après sa disparition, cette fascination reste vivace et nombreux sont ceux qui se sentent encore intimement liés à lui. Arnaud Genon fait partie de ces personnes. Il a dédié la majeure partie de son travail de chercheur à l’écrivain et à son œuvre multiforme – écriture de soi, écrits critiques, photographies, réalisations vidéo. Dans cet ouvrage, ce n’est pas à Hervé Guibert qu’il donne la parole, mais à ceux qui l’aiment, le lisent, l’admirent, souvent sans jamais l’avoir rencontré. Arnaud Genon cherche à mieux connaître une œuvre à part, à identifier les traces laissées par l’écrivain, à savoir enfin si sa folie pour lui est partagée. Il nous donne ainsi à lire ses riches échanges avec une vingtaine d’écrivains, d’universitaires, de photographes, de journalistes et d’artistes autour de leur passion commune. »

Se procurer le livre en librairie ou sur le site de l’éditeur.

Claire Riffard : Jean-Joseph Rabearivelo. Une biographie (CNRS Editions, 2022)

Nous sommes heureux de relayer l’annonce de parution transmise par Claire Riffard, responsable de l’équipe Manuscrits Francophones de l’ITEM, qui vient de publier :

Jean-Joseph Rabearivelo. Une biographie

Jean-Joseph Rabearivelo l’avait prédit : « On s’intéressera, plus tard, terriblement à moi – ne serait-ce que parce que j’aurai été un fameux précurseur ! Une petite manière de vengeance sur ce siècle – sur ce temps – sans foi et ingrat. Le mien. J’aurai ma légende. Une légende qui sera à souhait grossie et, à souhait aussi, à grands coups d’érudition, ramenée à ses justes proportions… »
Le poète, disparu en 1937, avait vu juste : on s’intéresse en effet de plus en plus à lui.
Son image a longtemps été limitée à une photographie sépia, quelques poèmes et une fin tragique, son suicide au cyanure à 34 ans. À rebours de cette figure d’écrivain maudit qui a dominé tout le siècle dernier, l’étude ici menée rend compte des recherches récentes dans les archives du poète. On y découvre une œuvre considérable, écrite à l’interface entre langue malgache et langue française, sortie de l’ombre où elle avait été longtemps conservée. Et un joyau : le journal des cinq dernières années de la vie du poète, ses Calepins bleus, sa « vie écrite ».
Le récit biographique proposé par Claire Riffard s’appuie sur ce journal intime, mais aussi sur les autres manuscrits de l’écrivain, qui permettent d’accéder à la genèse de son écriture. Elle retrace le parcours d’un jeune homme dans sa ville, Tananarive, qu’il n’a presque jamais quittée, et l’itinéraire d’un artiste à la croisée des mondes. Comment survivre aux contradictions qui furent celles de Rabearivelo en pleine période coloniale ? Sommé de choisir entre son amour passionné pour la littérature étrangère et sa fidélité radicale « à la terre et aux morts » de Madagascar, il refuse d’obtempérer. De ce refus naît une œuvre immense.

Pour acheter l’ouvrage : https://www.cnrseditions.fr/catalogue/arts-et-essais-litteraires/jean-joseph-rabearivelo/

Séminaire Autobiographie et Correspondances, saison 2021-2022 : « Ecrire la biographie »

Vous l’attendiez avec une impatience non dissimulée, le voici : le programme de la nouvelle saison du séminaire Autobiographie et correspondances, qui sera cette année consacrée à l’écriture de la biographie, avec comme d’habitude quelques incursions du côté du journal et de la correspondance.

Samedi 20 novembre 2021 – 10h-13h – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Françoise Simonet-Tenant : Le Site Ecrisoi
Véronique Montémont : Biographie et contexte : éditer les mémoires politique d’Albert Beugras

Samedi 11 décembre 2021- 10h-13h – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Janine Altounian, entretien autour de L’Effacement des lieux (PUF, 2019)
Hélène Gestern : La biographie subjective (autour d’Armen, Arléa, 2019)  

Samedi 15 janvier 2022 – 10h-13h00 – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Laurence Santantonios : la collection « Le Dire et l’Ecrire », autour des fonds APA (avec plusieurs auteurs de la collection)

Mardi 15 février 2022, 17h-19h, Amphi Jaurès, séance commune avec le séminaire général
Jean-Marc Hovasse invite Bertrand Marchal : « Mallarmé, correspondance et genèse »

Jeudi 17 mars 2022 – 17h-19h – Salle Paul Langevin, Bâtiment Jaurès, 29 rue d’Ulm
Entretien avec Evelyne Bloch-Dano, biographe
Nicolas Malais et Sophie Pujas, présentation de Journaux intimes, raconter la vie (Gallimard/Hoëbeke, 2021)

Samedi 14 mai 2022 – 10h-13h – Salle Celan, 45 rue d’Ulm
Guy Ducrey, présentation de la correspondance de Jean Cocteau et Georges Gréciano
Bernard-Marie Garreau, Les Dimanches de Carnetin

Michèle Audin, Le visage du disparu (H. Gestern)

audinMaurice Audin avait vingt-cinq ans quand il a été emmené en 1957, sous les yeux de sa femme et de sa fille aînée, par les militaires français. Ce jeune mathématicien, père de trois enfants, membre du parti communiste algérien et partisan de l’indépendance, a été arrêté, torturé et assassiné durant sa détention. Depuis, et sous la pression des « comités Audin », son nom est devenu le symbole des exactions françaises en Algérie, tandis que l’État français refuse encore à ce jour d’ouvrir les archives touchant aux circonstances de sa disparition.

Derrière cette « vie brève » et tragique, ce destin fracassé, il y avait aussi un homme, un étudiant, un chercheur, un mari et un père. Les traces de sa vie sont ténues, mais elles existent. C’est donc sur leur piste que décide de se lancer sa fille, la mathématicienne Michèle Audin, pour offrir un autre portrait du disparu. Elle commence par mener une enquête minutieuse, qui la conduit à retracer toute la généalogie familiale (italo-savoyarde d’un côté, lyonnaise de l’autre) puis l’implantation algérienne des deux familles. Elle analyse ensuite les actes de naissance, les lettres familiales échangées, les témoignages oraux de ses oncles et tantes, et surtout les photographies, celles de l’enfant et du jeune homme, qui deviennent pour elle une fascinante surface d’hypothèses, de reconstitutions, de déductions. Avant de devenir un nom dans les registres de la grande Histoire, Maurice a été un enfant à l’oeil espiègle, un enfant de troupe, un étudiant qui portait des chemisettes et des tennis mais ne faisait pas de sport ; un garçon qui lisait L’Humanité en laissant bien visible devant l’objectif le titre du jour : « Paix en Algérie ».

Il y a quelque chose de Perec et de Modiano  — Michèle Audin le revendique – dans cette manière à la fois minutieuse et passionnée de faire parler les fragments de l’infra-ordinaire. Même si ces recherches butent régulièrement sur un constat d’ignorance (« quand il a marché, quand il a parlé, je n’en sais rien non plus », « J’ignore même s’il savait nager »), elles prennent un tour presque policier, notamment lorsque l’auteur analyse deux carnets de compte tenus par ses parents, et reconstitue à travers la liste de leurs achats leur vie quotidienne. Beaucoup de café, et peu de lait : c’est donc que son père aimait le café noir. Deux beignets frais achetés au marché : ce matin-là, Maurice et Josette auront fait les courses ensemble.

Le fait que Michèle Audin soit par ailleurs (mais est-ce vraiment par ailleurs) mathématicienne et biographe de plusieurs mathématiciens, donne une dimension supplémentaire à son récit. La biographie de Maurice Audin se double d’un tableau épistémologique, où sa fille met en parallèle l’évolution des mathématiques françaises (décapitées par la guerre de 1914, renaissantes sous l’impulsion de Bourbaki) et les travaux de son père. On imagine le rôle majeur qu’aurait pu jouer ce jeune mathématicien doué et travailleur, estimé de ses maîtres, pour lequel Laurent Schwartz tint à organiser, chose rarissime, une soutenance de thèse posthume.

Il est, par contre, un aspect que Michèle Audin refuse et refusera jusqu’au bout d’aborder : les conséquences de la disparition de son père sur elle, la souffrance et le manque, les souvenirs. Elle préfère raccrocher «[s]on deuil singulier à une histoire collective », celle des disparus d’autres guerres, d’autres tortures. Pour elle, l’affaire Audin reste « une affaire privée » ; si elle a des souvenirs familiaux, elle choisit de ne pas les partager, justement parce qu’elle « y tient ». D’où le choix de composition du récit comme un livre de chercheuse, d’historienne : une approche méthodique et documentée, un style concis qui ne laisse guère d’espace au pathos, bien que la sensibilité y vibre entre les lignes.

Le texte refuse tout autant de revenir sur le martyre, l’assassinat ou le silence officiel autour de la disparition de Maurice Audin. Si colère, souffrance ou sentiment d’injustice il y a, ils sont tenus à la lisière de ce récit, qui opère comme le bain de révélateur dans lequel on plonge les tirages photographiques. En émerge le portrait chaleureux d’un jeune homme brillant et plein de vie, doux, aimant, courageux aussi, auquel sa fille n’a malheureusement pas eu le temps de « connaître des défauts ».

Michèle Audin, Une vie brève, Gallimard, 2013, 182 p.

(c) Hélène Gestern / La Faute à Rousseau, 2012.

Ajar / Gary : Vertiges (H. Gestern)

Ajar: Gary pseudoEn 1976 paraît au Mercure de France Pseudo, d’Emile Ajar. Il s’agit du quatrième roman de l’auteur, couronné l’année précédente par le prix Goncourt pour La Vie devant soi. Ajar, dont le premier manuscrit a été envoyé du Brésil, est longtemps resté une figure mystérieuse aux yeux de ses propres éditeurs, avant de finir par dévoiler son identité : Paul Pavlowitch, petit-cousin de Romain Gary, une information qui restera longtemps inconnue du grand public. Il devient alors un personnage médiatique, qui rencontre les éditeurs, les journalistes fréquente les radios et les plateaux de télévision. En réalité, Pavlowitch est à la fois le complice et l’homme de paille de Gary, qui l’a entraîné dans une entreprise de supercherie littéraire de grande ampleur, ce qui le conduit incarner un auteur créé de toutes pièces.

L’auteur des Racines du ciel (prix Goncourt 1956) est en effet donné dans les années soixante-dix par les journalistes pour un auteur fini. Le premier roman d’« Ajar », Gros-câlin, histoire délirante et poétique d’un homme amoureux de son python domestique, est d’abord une tentative pour les faire mentir. Mais le succès est au rendez-vous, un deuxième livre suit puis un troisième, La Vie devant soi, qui obtient le Goncourt… un prix dont Gary avait déjà été le récipiendaire en 1956 et qu’« Ajar », évidemment, tente de refuser. L’écrivain est alors dans la nasse, et Pavlowitch, qui a accepté de jouer le rôle de l’auteur aussi, puisqu’à la supercherie littéraire s’ajoute un possible scandale médiatique et financier. Pire, l’intérêt suscité par Ajar attire sur ses livres l’attention de lecteurs sagaces, qui commencent à émettre des doutes sur l’authenticité de ses œuvres, relevant en particulier certaines ressemblances stylistiques avec celles de son illustre cousin. Gary, acculé, est contraint d’allumer de toute urgence un pare-feu : ce sera Pseudo.

Écrit à la première personne, ce fascinant roman se déboîte comme un jeu de poupées russes : il est censément écrit par Paul Pavlowitch qui feint de s’y dévoiler sous sa « véritable » identité, ou plus précisément de mettre en scène un patient écrivain (lui) interné à Copenhague pour soigner une forme de schizophrénie, liée à une perception paranoïde du monde, avec sa violence, ses guerres, ses tortures. Et comme la meilleure défense reste l’attaque, le narrateur y fait apparaître, sous le personnage transparent de « Tonton Macoute », Romain Gary : un petit-cousin envahissant avec lequel Pavlowitch-Ajar entretient des rapports d’amour et de haine. À partir de là, le livre devient un vertigineux brouillage de pistes qui ne cessent de s’annuler les unes les autres. Pavlowitch, le prétendu narrateur, déplore qu’on veuille lui retirer la paternité de son œuvre littéraire. « Tonton Macoute est un salaud, mais cela ne veut pas dire nécessairement qu’il est mon père. […] Ce sont les critiques qui ont insinué, après la publication de La Vie devant soi, qu’il était mon véritable auteur. » Pour survivre dans un monde déréglé, il dit n’avoir trouvé d’autre solution que de faire « pseudo pseudo » : endosser mille et une identités, changer de prénom toutes les cinq minutes, et surtout écrire. Les prétendus aveux qu’il amorce (« Finissons-en avec cette question du “canular” : oui, j’en suis un ») ouvrent à chaque fois sur un nouveau miroir truqué. Et quand il raconte ses démêlés avec « Ajar », sa créature, on ne sait plus lequel des deux parle, le créateur ou le pseudo-Pavlowitch.  « Il était là. Quelqu’un, une identité, un piège à vie, une présence d’absence, une infirmité, une difformité, une mutilation, qui prenait possession, qui devenait moi. Émile Ajar. »

Pseudo peut se lire à plusieurs niveaux, où se téléscopent sans cesse la réalité et la fiction. C’est d’abord la fausse confession d’« Ajar », qui remet en scène divers épisodes réels (les soupçons des journalistes, la rencontre avec son éditrice, un titre, La Tendresse des pierres, qui faillit le trahir) dans une affabulation moqueuse et survoltée ; mais on y entend aussi, traduite perversement par Gary, la vraie souffrance de Pavlowitch, que cette situation a quasiment rendu fou, comme il l’a raconté ultérieurement dans L’Homme qu’on croyait, un livre cette fois authentiquement autobiographique. Ensuite, c’est une tentative désespérée de Gary pour couvrir ses traces, en flirtant avec l’aveu aussi près qu’il est possible et en le retournant sans cesse par des jeux de langage pyrotechniques : baroud d’honneur d’un écrivain virtuose qui continue à provoquer jusqu’au bout ceux qu’il a défiés. Mais le livre est aussi l’aveu de l’impossible fixation identitaire de Roman Kacew, juif lituanien, qui eut pas moins de trois pseudonymes littéraires et qui emprunte la voix de son petit-cousin pour régler ses comptes avec lui-même dans un portrait virulent :  celui d’un écrivain prédateur qui a tiré du malheur des siens de quoi faire de la littérature. Celui, aussi, d’un manipulateur sans scrupule qui tint Pavlowitch sous sa coupe financière.

Vie et mort d'Emile AjarGary/Ajar avoue enfin, à travers ces feuilletages identitaires, des obsessions qui, elles, sont on ne peut plus autobiographiques : la judéité, la tentation du suicide, mais surtout son « besoin effrayant de fraternité », si souvent déçu. Sous son burlesque apparent, Pseudo révèle la véritable histoire d’un combat à la vie à la mort entre l’auteur et ses doubles, une tentative pour juguler la folie par l’écriture, au cours de laquelle le narrateur se « scinde en deux, schizo, à la fois exterminé et exterminateur ».  Dans son aveu posthume, Vie et mort d’Émile Ajar, Gary dit avoir été atteint par « la plus vieille tentation protéenne de l’homme, celle de la multiplicité. » Y succomber fut pour lui un vertige, une jubilation, une ivresse, mais aussi une angoisse et une douleur. Il mit fin à sa vie, ses vies, à soixante-six ans, une sortie flamboyante et tragique, à son image. Les derniers mots de son testament littéraire sont : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci ».

Émile Ajar, Pseudo, Mercure de France, 1976, 213 p.
Romain Gary, Vie et mort d’Émile Ajar, Gallimard, 1981, 48 p.

© Hélène Gestern / La Faute à Rousseau (2019)

 

 

24 avril

Ce 24 avril, la 105e commémoration du génocide arménien ne pourra avoir lieu comme elle l’aurait dû pour cause d’épidémie. Parce qu’autobiographies, journaux et correspondances consignent aussi l’Histoire, et que celle de la mémoire arménienne en fait partie, il a souvent été question de celle-ci au cours des travaux du séminaire. Nous vous recommandons la lecture de :

• L’essai de Janine Altounian, L’Effacement des lieux. Autobiographie d’une analysante, héritière de survivants et traductrice de Freud, présenté ici, et la note de lecture relative à cet ouvrage. Janine Altounian devait intervenir cette année au séminaire à propos de ce livre ; elle sera notre invitée à l’automne.

L’interview de Greg Kerr, enseignant-chercheur à l’université de Glasgow, qui est intervenu au séminaire à propos de l’écrivain Chahan Chahnour, qui devint en France Armen Lubin.

• L’article de Krikor Beledian, « L’Écriture comme réécriture chez Chahan Chahnour/Armen Lubin », sur les mécanismes de récriture à l’oeuvre chez Chahnour-Lubin et son double rapport à l’arménien et au français.

• La présentation de la séance de séminaire de juin 2019, assurée par Élodie Bouygues et Hélène Gestern, qui portait sur la correspondance de Madeleine et de Jean Follain, et celle de Madeleine Follain et d’Armen Lubin

Les mémoires de Zaven Bibérian, Car vivre, c’était se battre et faire l’amour, paru aux édition Aras (Istanbul) en 2019.

• Les éditions Parenthèses et l’ensemble de sa collection Diasporales, qui proposent régulièrement des récits mémoriels liés à l’Arménie.

Armen, l’exil et l’écriture, d’Hélène Gestern. Ce lire devait paraître le 19 mars et sera de nouveau proposé à la vente lors du déconfinement. Vous pouvez en lire le premier chapitre ici.

Les épreuves passent, la mémoire demeure.

Antonio Munoz Molina, Comme l’ombre qui s’en va (Hélène Gestern)

Suite portugaise

124267_couverture_Hres_0Avec Comme l’ombre qui s’en va, le romancier espagnol Antonio Muñoz Molina sort des sentiers du roman qui sont les siens d’ordinaire pour livrer son autobiographie. Mais il le fait à sa manière, entremêlant récit rétrospectif et documentaire selon le mode touffu, entrelacé et choral qui lui est propre. D’un côté, le livre raconte la cavale d’un homme, qui fuit les États-Unis et trouve refuge pendant dix jours au Portugal, du 8 au 17 mai 1968. On comprendra peu à peu qu’il s’agit de James Earl Ray, l’assassin de Martin Luther King. De l’autre côté, au fil de chapitres alternés, le romancier raconte sa première visite à Lisbonne en 1987 : il est alors fonctionnaire et père de famille, en train d’écrire un roman qui a la capitale portugaise pour cadre (ce sera Un hiver à Lisbonne). Et parce qu’il a un besoin impératif de visiter la ville pour pouvoir l’évoquer, il décide d’y séjourner trois jours, alors que sa femme vient d’accoucher de leur deuxième enfant et que rien dans sa vie de jeune père rangé et désargenté n’autorise cette escapade.

La capitale portugaise, point central du livre, est le point de départ d’une formidable reconstitution de la cavale de James Earl Ray. Le romancier, se fondant sur une documentation minutieuse, a tenté de retracer l’angoisse, la peur, le refuge dans les bas-fonds, revenant sur l’itinéraire social, intellectuel et personnel de l’assassin, dans le contexte d’une Amérique déchirée par les conflits interraciaux. Il voudrait raconter « ce qui se passe dans la conscience d’un autre », voir la ville par ses yeux. Mais sa propre escapade lisboète, sur laquelle il revient de manière rétrospective, est aussi l’emblème de la contradiction qui déchire alors la vie de l’écrivain, ce « tracas permanent de désirs inassouvis, de morceaux éparpillés qui ne s’ajustaient pas ». D’un côté le besoin d’écriture, de liberté, de musique et de romanesque ; de l’autre, l’emploi salarié, les obligations familiales, les enfants, une routine qui lui pèse et qu’il ne sait comment combattre. Avec une lucidité qui ne l’épargne pas, l’auteur raconte comment l’écriture d’un roman peut envahir une vie, le succès et la griserie de l’alcool, dont la face obscure est le travail forcené et l’aliénation personnelle. Il évoque la magie de la fiction, son pouvoir, son emprise ; mais montre également comment elle dévore son existence privée, faisant du couple et de la paternité – auxquels l’auteur est pourtant attaché – un insupportable fardeau.

Petit à petit, chaque récit devient la caisse de résonance de l’autre : au Lisbonne ancien de 1968, celui de Earl Ray, répond celui de 1987 ; au Lisbonne réel de la fuite celui, fantasmagorique, des personnages du roman que l’écrivain conçoit alors, avec leur passion pour le jazz, l’alcool et les énigmes. Le lieu est ressaisi dans son unité lors d’une ultime visite en 2012, vingt-six ans après la première, durant laquelle le romancier parle à son fils, désormais adulte et installé au Portugal, de l’écriture de Comme l’ombre qui s’en va. Mais malgré la complexité borgésienne de sa construction et des échos qui le traversent, ce récit alterné se déroule avec limpidité. Il est marqué par le désir sincère de rendre compte, le plus honnêtement possible, de ce que l’écriture donne et de ce qu’elle prend, d’en décrire la genèse au plus près sans sombrer dans le mysticisme de la création. « Le roman » écrit , « fait entrer la vie dans ses propres limites mais l’ouvre en même temps à toute une abondance de trésors cachés ». Document de choix, et sur la vie d’Earl Ray, et sur le processus qui voit naître et s’achever une œuvre, Comme l’ombre qui s’en va trace un émouvant portrait d’écrivain, de mari, d’amant et de père, dans sa richesse et ses contradictions. Il est soutenu par une enquête haletante dont les fils narratifs ne cessent de se croiser et de se toucher, au détour des rues de la plus poétique des capitales d’Europe.

Antonio Muñoz Molina, Comme l’ombre qui s’en va, traduit de l’espagnol par Philippe Bataillon, Paris, Seuil, 2016, 448 p.

© Hélène Gestern / La Faute à Rousseau, 2017.

 

 

Proust en questions (Evelyne Bloch-Dano, Une jeunesse de Marcel Proust, 2017)

Une-jeunee-de-Marcel-ProustTout le monde connaît le questionnaire de Proust ; beaucoup pensent qu’il l’a même inventé. Mais non seulement le futur auteur de la Recherche n’a fait qu’y répondre, mais en plus, il ne fut pas le seul à se livrer à l’exercice. Dans un passionnant essai, intitulé Une jeunesse de Marcel Proust, Évelyne Bloch-Dano livre le récit de la redécouverte de ce texte, qui en réalité connut deux versions :  Proust répondit pour la première fois en 1887, alors qu’il était âgé de treize ans, et une seconde fois trois ans plus tard. Dans le premier cas, il a écrit dans un album intitulé Confessions. An Album to Record Thoughts, Feelings & c. : ce type de petit livre imprimé, très en vogue, était vendu à Paris dans sa version anglaise (so chic !) dans les années 1890 ; il comportait des pages préimprimées avec une série de questions, plus ou moins personnelles. Il était d’usage de faire circuler ces albums auprès de ses ami(e)s, durant ses goûters ; de soumettre, aussi, les adultes de son entourage au jeu, par politesse. La seconde série de réponses de Proust, cette fois bel et bien intitulée « Questionnaire », a été donnée trois ans plus tard et figure dans un autre album, Confidences de salon.

Le coup de génie de la biographe a ici consisté à s’intéresser au reste du cahier dans lequel figuraient les réponses de Proust ; celui-ci a appartenu à Antoinette Faure, la fille du futur président de la République, alors âgée de 13 ans. Car, sept ans après l’avoir vu dans une exposition, Évelyne Bloch-Dano réussit à voir, et même à photographier les autres pages de l’album d’Antoinette, qui, éclipsées par la notoriété de Proust, avaient été négligées : et ce qu’elle découvre, à travers les 42 séries de réponses conservées, c’est le portrait d’une génération adolescente, celle des enfants d’une bourgeoisie française aisée, qui prend ses quartiers d’hiver à Paris et ceux d’été sur la côte de Nacre, « un groupe social, des intérêts communs, des liens d’une famille à l’autre ». L’auteur a ainsi enquêté sur les profils familiaux des répondants et des répondantes qu’elle a identifiés, parvenant parfois à retracer une partie de leur curriculum vitae, tel celui du médecin de la famille, Victorine Benoît, ou celui de la professeur de piano, Wanda Wawroswska. Mais, plus précieux encore, elle reconstitue le milieu dans lequel fut élevé Marcel Proust, qu’un effet d’optique rétrospectif nous conduit à voir comme un génie singulier, météoritique et solitaire. Or, enfant, lui aussi a baigné dans cette atmosphère de nurses anglaises, de jeux au Parc Monceau, de leçons de piano, de lectures choisies et de réceptions entre familles du même cercle, une sociabilité dans laquelle il a puisé les nombreux détails qui nourrissent À l’ombre de jeunes filles en fleur.

En croisant les réponses, Évelyne Bloch-Dano a ensuite entrepris de dresser le « portrait type de l’adolescent de cette époque », avec ses idéaux, ses goûts, ses modèles, imprégnés de culture antique, d’aspirations matrimoniales, de patriotisme et de fantaisie mêlés : le tableau révèle la ligne de fracture qui sépare les filles de garçons, la façon dont les uns voient les autres. Les filles, et l’essai le souligne avec pertinence, sont encore éduquées dans la droite ligne de la domination masculine ; la jeune fille est considérée comme un être « inachevé, inaccompli, ignorant, soumis à l’autorité de ses parents en attendant celle de l’époux ».  Les réponses trahissent que certaines, pourtant, aimeraient regimber : elles admirent Jeanne d’Arc, Charlotte Corday, et plusieurs avouent qu’elles aimeraient être…des garçons, parce qu’à cette époque, pour « ouvrir l’horizon et s’approprier le monde, il faut être un homme » note l’analyste. Autre passionnant constat : l’émergence, par comparaison, de la singularité précoce de Marcel Proust. Alors que certains adolescents, surtout les garçons, concèdent des réponses farfelues, lui se livre avec la plus grande sincérité, sans craindre le ridicule ou le décalage. Son idea of misery ? « Être séparé de maman ». Qui aimerait-il être ? « Pline le Jeune ». Mais certaines de ses réponses montrent aussi l’exceptionnelle subtilité de son intelligence : il préfère les héros « qui sont un idéal plutôt qu’un modèle » ; quant aux qualités qu’il apprécie le plus, ce sont « toutes celles qui ne sont pas particulières à une secte, les universelles ». Rare maturité, pour un garçon si jeune, qui laisse aussi apparaître « son goût des nuances, son besoin de tendresse, son affectivité » selon les mots de la biographe.

Cette enquête aux rebondissements multiples, qui a mené l’auteur dans les archives départementales et celles de l’AP-HAP, au cadastre, à la BNF, l’a lancée sur les traces des journaux personnels des camarades de Proust aussi bien qu’à la poursuite d’émissions de télévision utilisant le questionnaire, nous fait aussi partager l’exaltation de la quête, les émotions et les déceptions de tout chercheur ; grâce à la précision de la documentation, deux pages singulières, ce questionnairedeproust en un seul mot, reprennent peu à peu, sous la plume ferme et vivante de l’auteur, leur épaisseur historique, au milieu de ce qui est aussi une fascinante  radiographie de l’adolescence de la fin du XIXe siècle. « Les biographes passent leur temps à faire revivre les disparus » écrit Évelyne Bloch-Dano : à partir de quelques lignes sur un cahier, elle a réussi le tour de force de ressusciter une époque.

Evelyne Bloch-Dano, Une jeunesse de Marcel Proust, Stock, 2017, 281 p.

© Hélène Gestern / La Faute à Rousseau (2017)

Parution : La Vérité d’une vie. Études sur la véridiction en biographie (2019)

La vérité d’une vie La Vérité d’une vie Études sur la véridiction en biographie

Textes réunis par Joanny Moulin, Nguyen Phuong Ngoc & Yannick Gouchan Éditions Honoré Champion Bibliothèque de littérature générale & comparée n° 162 392 p., broché, 15,5 × 23,5 cm. ISBN 978-2-7453-5204-0. 40 €

Qui manquerait une porte ? Ainsi parlait Aristote de la vérité pour dire qu’elle est immanquable, alors que paradoxalement il est impossible de l’atteindre absolument. Ces études ont en commun de partir pragmatiquement du constat que le principal obstacle à une théorie de la biographie comme genre littéraire distinct est le préjugé moderne que tout est fiction, ou à tout le moins que toute écriture en relève nécessairement. Sitôt cette vérité énoncée, on voit bien que c’est une évidence et que pourtant elle est fausse. Ce paradoxe, qui est aussi celui du menteur, ouvre une brèche où s’engouffre comme un courant d’air la possibilité d’un regain de l’expérience esthétique littéraire. En effet, la biographie nous interpelle autrement que la fiction parce qu’elle est véridiction, parce qu’elle est volonté de dire vrai. En cela, elle est comme la vie une bataille toujours perdue d’avance, mais où se livrent parfois de beaux combats.