Christiane Rochefort sur le pied de guerre (V. Montémont)

Rochefort-journalEntre 1986 et 1993, à la fin d’une vie presque entièrement consacrée à l’écriture, Christiane Rochefort, la romancière des Petits Enfants du siècle et de Stances à Sophie, a tenu un journal et confié à son amie Misha Garrigue Burgess le soin de l’éditer après sa mort. La publication de ce texte est en elle-même une aventure génétique. En effet, Christiane Rochefort ne tenait pas son journal sous une forme continue, mais sur « un ensemble de feuilles manuscrites de grand et de petit format », regroupées dans cinq dossiers parallèles. Ses trois éditeurs, Misha Garrigue, Catherine Viollet et Ned Burgess ont donc choisi de reconstruire le texte de sorte à retrouver un ordre chronologique essentiel à sa compréhension. Car quand elle commence son journal, Christiane Rochefort est en pleine écriture de La Porte du fond : les premières notations nous font plonger dans le laboratoire d’un écrivain qui s’attache à décrire le processus complexe de la naissance d’un livre, avec ses « départs in-concertés », suivis de l’exigence de « dégorger une essence » de ce matériau. La Porte du fond, qui traite de l’inceste, pose de multiples problèmes et l’évocation de son élaboration difficultueuse lève le voile sur un autre aspect de la « méthode Rochefort » : le travail collectif, dont ses lecteurs avaient déjà eu un avant-goût dans Ma vie revue et corrigée par l’auteur. Non seulement l’écrivain parle de ses textes à ses amis proches, tenant avec eux ce qu’elle appelle des « conférences littéraires », mais elle leur en fait la lecture à haute voix, avant d’intégrer au fur et à mesure leurs avis et leurs suggestions. Ceux de Misha, « pas indulgente, juste-juste, au petit poil », ceux du peintre Amos Kenan, complice particulièrement cher, avec qui partager les « riches heures Kenan-Rochefort ».

Les amitiés tiennent en effet une place cardinale dans la vie d’une femme qu’on découvre assez solitaire : la diariste ne manque jamais de noter qui lui a rendu visite et tout le plaisir qu’elle en a retiré. L’entourage devient d’autant plus vital que la maladie gagne du terrain : atteinte à partir du début des années 1980 d’une ostéoporose aiguë, qui limite son autonomie physique et la fait considérablement souffrir, Christiane Rochefort se sert aussi de son journal pour décrire le minutage des journées, étape par étape, afin de résister à la fatigue et s’imposer plusieurs heures de travail quotidien, à placer là où elle en a la force. Mais l’écrivain est une femme combative. Si la révolte qu’elle porte chevillée au corps n’a plus que le plan rhétorique où s’exercer, son journal fait malgré tout état d’indignations récurrentes, contre les promoteurs immobiliers (« Tout ce que vous touchez, ça meurt »), les exégètes musicaux qui veulent « faire passer Mozart par [leur] trou d’cul », l’administration. L’actualité mondiale la consterne ; en juin 1990, dans un élan de pessimisme, elle écrit : « Bon dieu mais qu’est-ce qui se passe avec cette malheureuse planète ! »

Mais ni la colère, ni l’âge, ni la maladie n’éteignent le goût de vivre, les désirs (y compris d’amour) et les émerveillements. Derrière un tempérament entier, et des sarcasmes souvent aussi drôles que ravageurs, le journal laisse entrevoir une femme généreuse, qui ne ménage pas ses réserves d’affection pour ce(ux) qu’elle estime. L’écrivain entretient ainsi une relation fusionnelle avec les animaux et la nature. Elle prend le temps de décrire, non sans ferveur, la floraison du camphrier (« comme les bras levés d’une ballerine, entre lesquels les grappes maintenant visibles sont courbées en crosse »), d’admirer les martinets, le ballet des hirondelles, d’écouter le cri des merles. En 1992, elle consacre des pages bouleversantes à la mort de son chat très aimé, Machat, dont le « petit fantôme » la hante des jours après sa disparition. L’expression d’un amour absolu, inconditionnel : « Ô Machat, rien de mauvais n’est jamais venu de toi. De quelles relations entre humains peut-on dire ça ? »

Le Journal pré-posthume possible, témoignage de la condition d’un écrivain en cours de création (« Les jours où je n’écris pas, où je n’essaye pas, je me sens inutile sur la terre ») est aussi un texte d’une variété littéraire remarquable, où se côtoient courts poèmes, notations en prose, listes et aphorismes — un humour lapidaire qui n’est pas sans rappeler par endroits celui d’Erik Satie. Les éditeurs ont pris le soin d’enrichir ces pages transcrites avec des dessins, photographies et croquis, ceux de Rochefort de ses amis ; ils y ont ajouté des extraits manuscrits et ont complété le volume avec un cahier photographique tiré de l’album personnel de la diariste. Cet élégant travail de mise en page, tout d’intelligence et de sensibilité, contribue à placer le lecteur au plus proche de la matérialité de l’écriture, et à lui donner un aperçu des talents pluriels de l’écrivain. Mais il fait aussi du journal une fenêtre ouverte sur une personnalité atypique et attachante, celle d’une femme qui écrivait en 1986 : « Mon courage est aussi violent que ma peur ».

Christiane Rochefort, Journal pré-posthume possible, édition établie par Ned Burgess et Catherie Viollet, Éditions iXe, 2015.

Queneau gastronome (V. Montémont)

product_9782072847769_195x320Raymond Queneau, on le sait, a toujours été un fin gourmet, toute son œuvre romanesque en témoigne. À cette omniprésence de la nourriture et à l’avidité des personnages — tel le duc d’Auge, dont la devise semble être « j’ai faim, oh là là j’ai faim » — correspond une gourmandise sans nulle doute autobiographique, sur laquelle renseigne le Journal de l’auteur, tenu de 1914 à 1965. Queneau y évoque régulièrement les repas et les libations qui ont été les siens. La première mention date de 1919 (il a alors seize ans) : reçu au bac, il « dîne au restaurant des Gourmets », avec son père. Certains repas le marquent au point qu’il en consigne le menu, tel celui qu’il prend avec Armand Salacrou en 1922 : « asperges, confitures, sel, jambon, cherry, fromage, Saint-Emilion, pain, sauce blanche, moutarde, café, calvados ». Queneau est ce que l’on appelle une fine gueule : il aime les huîtres, les pâtisseries, les bons vins, et lors d’une permission en 1939, il note qu’il a invité son épouse Janine à savourer « pigeons, petits pois, foie gras, soufflé au chocolat ». Le gourmet est aussi un ogre : « Je m’empiffre », note-il en 1923 ; « je suis glouton » précise-t-il en 40. Il aime d’autant plus la bonne chère qu’il a traversé des périodes de difficultés financières : le 24 novembre 1927, il inscrit un simple mot : « famine ». Et lorsqu’il apprend sa mobilisation le 27 août 1939, il se contente de consigner : « Peu d’appétit au déjeuner »… Bien que la vie de caserne soit fort loin du confort domestique, que la promiscuité et la bêtise lui pèsent, la campagne militaire n’est pas pour lui synonyme de privations trop sévères. Il peut arriver que la nourriture soit frugale ou mauvaise (il dit avoir « grignoté du maïs » dans un champ), mais le soldat Queneau trouve toujours quelque table hospitalière, de restaurant ou de particulier, pour lui faire partager des plats rustiques qu’il ne dédaigne pas : frites, boudin, poulet, omelette, cochonnailles. Ce n’est qu’en septembre 1940, lors de la démobilisation, qu’il commence à évoquer des difficultés d’approvisionnement et mentionner les « cartes d’alimentation ».

Les années 40 à mi-44 ont été perdues ou détruites : on ne sait donc malheureusement rien de la manière dont Queneau a supporté les restrictions imposées par l’Occupation. Lorsqu’il reprend ses cahiers, les mentions de nourriture sont plus rares : l’écrivain évoque peu les mets, mais davantage les « déjeuners » et « coquetèles » auxquels le son rôle de plus important chez Gallimard (il en deviendra le secrétaire général à partir de 1941) et son élection à l’Académie Goncourt l’astreignent. Les descriptions détaillées de plats ne réapparaissent qu’à l’occasion de ses voyages : il évoque par exemple en 1955 de manière circonstanciée — et pas forcément appétissante — la nourriture mexicaine : « mangé des couilles de taureau (pour finir), pour commencer du pozole (potage au maïs) et du mole verdâtre ». Et d’ajouter « La bouffe, c’est important dans un pays pareil ». En 1958, on trouve la mention de « saturnales calorifiques », mais sans plus de détail : peut-être s’agit-il de l’un des banquets du Collège de ‘Pataphysique, où Queneau avait été élu Satrape en 1950. Les repas dont il parle sont à cette époque essentiellement, les expressions d’une sociabilité, à la fois professionnelle, mondaine et amicale ; leurs mentions répétées laissent à voir à quel point l’homme était sollicité et par le milieu littéraire et impliqué dans sa vie, sans parler d’autres cercles, comme l’Oulipo, dont il a été l’un des membres fondateurs. Les dernières années de la vie de Queneau relatées dans le Journal précèdent de dix ans sa mort. Elles sont assombries par la dégradation de son état de santé, sur lequel nous renseignent quelques entrées désabusées : il mentionne en 1961 n’avoir bu « que de l’eau et du tonic » avec Frénaud et note en 1964 avoir refusé les huîtres lors de déjeuner Goncourt (« je ne mange plus d’huîtres ».)

La question de la boisson est plus problématique, car elle prend d’emblée le tour d’une dipsomanie : la bière et le vin blanc sont régulièrement mentionnés dans les années de jeunesse et d’adolescence, par litres parfois. En 1920, Queneau note qu’il est rentré « assez ivre », en 1922 qu’il prend une « cuite formidable », et la campagne militaire de 39-40, dans son ennui, est souvent l’occasion d’interminables beuveries : il met de l’eau-de-vie dans la soupe du matin, mentionne des sergents saouls, des soirées d’ivresse, avec ou sans « dégueulis ». Il dit une fois avoir bu tellement de vin blanc qu’il « ne se souvien[t] plus très bien comment il est rentré » (19 septembre 40). En Angleterre, Janine lui dit qu’il n’a « pas dessaoûlé ». Le journal reste fort pudique sur cette dépendance à l’alcool, mais des notes sur le taux d’alcoolisme au Havre, prises en 1949, ou la mention en 1951 d’un « quart Vichy » consommé dans un bistrot (où le serveur comprend d’ailleurs « Ricard-Vichy ») et d’un « Viandox » commandé dans un café en 54 laissent à penser que Queneau a dû combattre son penchant pour la boisson à certaines époques de sa vie.

La place prise par le boire et le manger, dans la vie de Queneau, telle que nous la révèle son Journal, est un précieux outil d’enquête biographique. L’écrivain a la gourmandise de son époque, qui aime la cuisine substantielle, les repas plantureux, et considère l’appétit comme une vertu (les temps ont bien changé…). Mais parler de manger, et de la manière dont on le fait, revient aussi parler des autres : on voit Queneau soldat méditer sur la mesquinerie humaine, lorsqu’il s’agit de partager la « boustifaille » lors de la débâcle, puis Queneau personnage de la scène littéraire parisienne, accumulant des mondanités qui l’ennuient souvent, et qu’il meuble à grand renfort de « ouisqui » et de « sandwiches ». Son rapport difficile à l’alcool va de pair avec la mélancolie profonde qui traverse sa vie et son œuvre, oeuvre, dont on ne retient trop souvent que le caractère ludique : un certain mal-être familial, une longue psychanalyse, des amours clandestines et douloureuses, un désarroi existentiel qui ne l’a pas quitté à partir l’adolescence ont peut-être poussé l’auteur de Pierrot mon ami à chercher dans les nourritures terrestres l’apaisement d’un inextinguible questionnement spirituel.

Raymond Queneau, Journaux 1914-1965, Paris, Gallimard, 1248 première parution en 1996, dans une édition d’Anne-Isabelle Queneau ; nouvelle édition en 2019.

Véronique Montémont

Sur Queneau, voir aussi Corpus quercuscanis Frantexto et Quenacouatique

 

 

Journal buissonnier : Michel Longuet, Adresses fantômes (Françoise Simonet-Tenant)

 

Les lecteurs de La Faute à Rousseau connaissent bien Michel Longuet, pionnier en matière de chronique personnelle sur Internet. Depuis 2000, il met en ligne certaines feuilles d’un journal illustré commencé en 1993, et les internautes peuvent aller se promener sur son site touffu (« Les carnets illustrés de Michel Longuet », http://michel.longuet.free.fr). En 2008 est publié chez Actes Sud L’Abécédaire de l’Odéon illustré par des dessins de Michel Longuet qui s’est plu à s’aventurer dans les coulisses de l’Odéon (voir chronique dans FAR, n° 49, p. 63-64). Du monde du théâtre, Michel Longuet est passé au monde des rues, qui est une autre forme de théâtre, et il a publié en avril 2013 chez Grasset ces Adresses fantômes, tout à fois carnet de croquis et journal de promenades urbaines dont les dessins sont extraits des « carnets illustrés » (2003-2012).

            Michel Longuet s’est arrêté sur les inscriptions commémoratives que nos yeux de citadins pressés ne voient plus : « bien des fois au cours de mes promenades dans Paris, en m’arrêtant devant une plaque Dans cette maison vécut…, j’ai ressenti un frisson. » (p. 11). Tout à la fois diariste- dessinateur et journaliste-enquêteur, Michel Longuet prend au mot plusieurs de ces plaques et a exploré, bien au-delà des façades, les adresses d’écrivains et artistes disparus (Georges Méliès, Toulouse-Lautrec, Albert Marquet, Paul Gauguin, Eugène Atget, Calder, Beckett, Michaux, Follain), ranimant les fantômes des disparus. C’est tour à tour  émouvant, sensible, érudit, nostalgique, drôle et poétique. De chapitre en chapitre (10 au total), on suit le personnage du dessinateur en quête de traces, d’adresse en adresse, de déconvenue en découverte, d’hésitation en certitude. C’est presque de petits récits d’aventure que nous livre Michel Longuet, où flotte parfois l’ombre du fantastique : « Comment croire que la chaise du bureau d’Atget ne soit qu’une simple chaise ? […] Que la lueur rouge dans l’œil de cette dame chez qui j’ai dessiné la cheminée où Lautrec faisait des feux d’enfer ne soit due qu’au hasard ? » (p. 11)

            Le livre est un miracle d’équilibre entre textes et images. Les grands dessins en pleine page, le plus souvent datés et légendés, sont accompagnés d’une myriade de petits dessins éparpillés dans les marges qui mettent en valeur un détail ou croquent d’amusants petits personnages. Les illustrations elles-mêmes sont pleines de lettres, celles qui peuplent nos rues, celles des enseignes, des panneaux indicateurs, des affiches, des tags. Le lecteur ne sait plus où donner du regard… Entre les dessins court le texte du journal tenu par le diariste-enquêteur dans ses flâneries-enquêtes :

mardi 10.IV.07

Ah ! mon pauvre monsieur, me dit la gardienne du 17 bis rue Campagne-Première où s’installa Atget de 1899 jusqu’à sa mort, il ne reste plus rien. Du temps de Monsieur Blanchet (journaliste), l’appartement était en l’état parce qu’il avait connu Monsieur Atget. Mais avec les nouveaux arrivants… Ils ont ôté le plancher (pause) et ils ont abattu une cloison pour faire une grande pièce avec cuisine américaine… Madame la gardienne lève les yeux au ciel. (p. 65)

Ce livre est fait de minutie et de détails : consignation des progrès minuscules sur les traces des grands hommes disparus, petits croquis de détails architecturaux, de portes et d’objets, précisions historiques ou topographiques. Si maintes investigations sont parisiennes, Michel Longuet s’échappe parfois de la capitale et part à Albi (p. 43) sur les traces de Toulouse-Lautrec, à Canisy et à Saint-Lô sur les traces de Follain (p. 100 et p. 102), à Reims (p. 96)…

            Le dessinateur est discret mais présent, se tenant le plus souvent dans les coulisses – de même que son autoportrait dessiné s’inscrit sur le contreplat de couverture. De temps à autre, des bribes de sa propre histoire intime apparaissent de façon elliptique au détour d’une page dans les interstices de la chasse aux fantômes : l’évocation de Méliès suscite le souvenir de la brouille avec son père, sourd aux ambitions cinématographiques de son fils Michel (p. 27)… et Michel Longuet de dessiner dans la marge la bobine du film, Fantôme de l’infirmière – encore un fantôme! , premier court-métrage qu’il a réalisé ! Quelques pages plus loin (p. 97), dans le chapitre consacré à Michaux, une escapade à Reims et le dessin de la porte des toilettes publiques à côté du Palais de justice conduisent le dessinateur à faire allusion à l’homosexualité telle qu’adolescent au début des années 1960, il l’a vécue, sur le mode clandestin, dans le cadre bien-pensant de la capitale champenoise. Le très beau quatrième chapitre, consacré aux « cinquièmes étages de Albert Marquet », semble nous livrer la clé de la dédicace imprimée : « Pour Adrien ». Alors que Michel Longuet a obtenu la permission de dessiner dans le salon même de l’appartement qu’occupa Albert Marquet, rue Dauphine, il remarque une toile de Marquet accrochée au mur, Le port de Boulogne ; la toile appelle immédiatement le souvenir d’Adrien dont on saura qu’il fut un ami cher et proche, « petit monsieur avec une perle piquée dans sa cravate » (p. 54), qu’il possédait une toile de Marquet qu’il a promis de léguer à Michel Longuet, peut-être comme un passage de témoin ? Ce sont également les fantômes de son passé que Longuet ressuscite dans ce livre, élégant et subtil.

Françoise Simonet-Tenant

Michel Longuet, Adresses fantômes, Grasset, 2013, 112 p., 18, 50 €.

 

 

Blog : Paris Diaries of the 1990s

 

Un membre de longue date de l’APA, nous annonce la publication en ligne, en anglais et en français, de ses “Paris Diaries” des années 1990.

Montmartre steps annoté 1

Une invitation à faire un retour en arrière vers les années 1990, une décennie qui aujourd’hui se démarque des deux suivantes car nous ne vivions alors ni à la lueur d’un smartphone ni dans l’ombre du 11 septembre.

J’adopte le genre du blog afin de présenter sous forme de feuilleton des pages choisies de mon journal personnel de l’époque. Les entrées sont écrites sur le vif à Paris, souvent à Londres, parfois ailleurs. De temps à autre je commente le journal de Samuel Pepys, diariste londonien du 17ème siècle que je lisais quotidiennement tout au long de cette décennie.

Les entrées du journal des années 90 sont mises en ligne trente ans plus tard, en anglais et en version française, au 15 de chaque mois.

Lien : https://parisdiaries1990s.com/version-francaise/

Parution : Blossom Margareth Douthat, Un amour de la route (février 2020)

Envoûtantes, tourmentées, les lettres de Blossom Margaret Douthat à Simone de Beauvoir racontent, sous la forme d’un journal intime, un voyage en autostop de Paris à Milan pendant l’été 1958. D’une liberté absolue, la jeune Blossom a décidé de coucher avec qui lui plaira, « sans me retenir mais sans m’attacher », et pourvu que l’amant soit de gauche…

C’est grâce à Sylvie Le Bon de Beauvoir, fille adoptive de l’écrivaine, qui a déposé à l’Association pour l’autobiographie et le Patrimoine Autobiographique l’ensemble des archives de Blossom Douthat, que ces lettres peuvent être publiées aujourd’hui. Simone de Beauvoir, qui rencontra à plusieurs reprises la jeune étudiante américaine, note à son propos dans La Force des choses : « Je lui ai conseillé d’écrire, il me semble qu’elle le pourrait parce que dans cet extravagant journal quelque chose “passe” et même quelque chose de fort. »

En dehors de son intérêt historique, et de l’histoire romanesque qui entoure la découverte de ce manuscrit exceptionnel, Un amour de la route est une tentative d’œuvre littéraire à part entière qui relève à la fois de la correspondance, du journal et du roman. La jeune femme caresse le rêve fou d’une écriture qui aurait plus de réalité que la vie.

Tous nos livres sont en vente en librairie. Nous vous conseillons de les acquérir chez votre libraire. En cas de difficulté, vous pouvez  nous commander celui-ci dès sa parution en envoyant aux Editions du Mauconduit un chèque de 24 € ttc (23€ + frais de port 1€). Le livre vous sera expédié dans les trois jours.

(source : Éditions du Mauconduit)

Ne manquez pas la rencontre qui aura lieu à la libraire Gallimard, 15 boulevard Raspail, 75007 Paris,  le jeudi 12 mars à 18h30. Présentation et débat par Philippe Lejeune, chercheur spécialiste de l’autobiographie, Claudine Krishnan, spécialiste des archives de Blossom Douthat, Marine Rouch, doctorante en histoire contemporaine, spécialisée dans la correspondance reçue par Simone de Beauvoir.

Vous pouvez par ailleurs retrouver sur Autobiosphère les actes de la matinée consacrée aux lettres de Blossom.

Douze ans de journal posthume : « Le Passé défini » de Jean Cocteau (dir. Pierre Caizergues et Pierre-Marie Héron)

Sous le titre Le Passé défini, Cocteau a tenu de 1951 à sa mort en 1963 un journal personnel d’emblée placé dans la perspective du posthume. Commencée en 1983, l’édition en huit volumes de cet énorme opus de quatre mille cinq cents pages imprimées s’est terminée en novembre 2013, pour le cinquantenaire de la mort du poète. En se lançant après 1950 dans l’écriture d’un journal au long cours, Cocteau n’est pas étranger à l’esprit de l’époque : après l’acte médiatique majeur de Gide publiant de son vivant en 1939 une version arrangée de son Journal dans la Pléiade, un Jouhandeau, un Green, un Claude Mauriac, d’autres encore traitent leur journal comme une œuvre ou le matériau privilégié d’une œuvre littéraire, portés par une évolution plus générale de la littérature au XXe siècle vers les écritures du moi. Cependant Le Passé défini veut aussi contredire la « mode lancée par Gide » « qui consiste à publier son “journal” de son vivant » (22 février 1953). Écrire pour la postérité, voilà qui donne au poète la liberté d’être lui- même et le courage de tout dire, dans des années où, fatigué de lutter contre l’époque pour s’imposer, il semble résigné à tenter de « gagner en appel » (27 avril 1962).

Pierre-Marie Héron

Introduction

Du manuscrit à l’édition

Pierre Caizergues Éditer Le Passé défini

Christian Rolot & Francis Ramirez
 Les coulisses du Passé dé ni ou Douze années de journal posthume

Jerzy Lis (†) Perspectives sur le journal d’écrivain en France dans la première moitié du xxe siècle

Le projet du journal

Françoise Simonet-Tenant Pourquoi et comment écrire un journal posthume : réussite ou échec du diariste Cocteau ?

Serge Linarès
 D’un journal à l’autre : Le Passé défini, Journal d’un inconnu et Démarche d’un poète

Cécile Meynard
 Le « présent du passé » : temps et mémoire dans Le Passé défini

Jean Touzot Une critique en peau de chagrin

Michel Braud Des « cahiers phénixologiques »

Persécutions et occupations

Audrey Garcia
« Plaider coupable » (Le Passé défini I à III, 1951-1954)

François Amy de la Bretèque 
Jean Cocteau persécuté : Jeanne d’Arc à l’horizon (Le Passé défini V à VI, 1956-1958)

Guillaume Boulangé Que fait donc Jean Cocteau lorsqu’il ne travaille pas ? Bibliographie

Achat en ligne possible sur le site http://www.PULM.fr

Mateusz Chmurski, Journal, fiction, identité(s) (éditions Eur’Orbem)

ChrmurskiNous avons le plaisir d’annoncer la parution de l’ouvrage de notre collègue Mateusz Chmurski, Journal, fictions, identité(s). Modernités littéraires d’Europe centrale (1890-1920) à travers les œuvres de Géza Csáth, Karol Irzykowski, Ladislav Klíma, aux Editions Eur’Orbem.

Quel rôle la pratique du journal personnel peut-elle jouer dans l’existence de son auteur et comment saisir la circulation de l’autobiographique et du fictionnel dans une œuvre, dans une vie ? La mise en parallèle de l’écriture de soi dans l’œuvre de trois écrivains centre-européens, trois citoyens de l’Autriche-Hongrie du début du 20e siècle, permet d’explorer le labyrinthe de leurs constructions identitaires, une modernité autre : multilingue, entrouverte, étendue entre théorie et pratique du texte. Une analyse convergente du corps du texte et du texte du corps dans les écrits du Polonais Karol Irzykowski (1873-1944), du Tchèque Ladislav Klíma (1878-1928) et du Hongrois Géza Csáth (1887-1919) dévoile la généalogie de leurs premiers gestes d’écriture, intimes, bien souvent survenus en crise, mais poursuivis pendant un moment, ou toute une vie. Les traces du vécu derrière les lignes de l’œuvre.

Mateusz Chmurski (né en 1985) est maître de conférences à la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université, rattaché à l’unité eur’orbem (UMR 8224 CNRS–Sorbonne Université). Comparatiste, spécialiste de domaines polonais, tchèque et hongrois, il a dirigé les volumes Dominik Tatarka, Le Démon du consentement et autres textes (2019) ; Karol Irzykowski. La Chabraque. Les Rêves de Maria Dunin (avec Kinga Siatkowska-Callebat, 2013) ; Modernizm(y) Europy Środkowej i Wschodniej (avec Ewa Paczoska, 2013) ; Problemy literatury i kultury modernizmu Europy Środkowej i Wschodniej, 3 vol. (avec Ewa Paczoska et Izabela Poniatowska, 2017).

ISBN 979-10-96982-05-9, index des noms, index des mots clés, 402 p. + cahier d’illustrations en couleur

L’ouvrage peut être commandé en ligne à cette adresse.