« Visages du conflit dans le journal personnel : journaux féminins sous l’Occupation » (V. Montémont)

66-67-e1529506602218-300x154

Référence de l’article :  V. Montémont  « Visages du conflit dans le journal personnel : journaux féminins sous l’Occupation », Francofonia, Studi e ricerche sulle letterature di lingua francese, n°66, printemps 2014, p.111-128.


 

Visages du conflit dans le journal personnel :

journaux de jeunes filles sous l’Occupation.

 

Philippe Lejeune, qui s’intéresse de longue date aux journaux personnels, notamment féminins [1], a entrepris de dresser une liste de journaux de femmes tenus sous l’Occupation, laquelle liste a été présentée pour la première fois en 2009 lors d’un colloque à Besançon. Ce premier inventaire, complété depuis, a permis au chercheur de répertorier quelque quatre-vingt dix textes [2], publiés ou déposés à l’Association pour l’Autobiographie. Ph. Lejeune avait en effet été frappé que l’anthologie publiée par Guillaume Piketty [3] « se décline presque entièrement au masculin » [4] tout comme les objets d’étude du colloque dont il était l’invité.

Les journaux, et particulièrement ceux de guerre, ont un statut tout à fait particulier, entre littérature et écriture ordinaire, œuvre et pratique sociologique. Le choix de ce corpus, forcément restreint compte tenu du format de l’étude, tente de le refléter, puisqu’on y trouve des journaux de futurs écrivains, publiés chez de grands éditeurs, comme ceux de diaristes inconnues accueillies chez des éditeurs spécialisés. Certains textes, comme celui de Denise Domenach ou de Liliane Schroeder, sont des témoignages pris sur le vif, publiés vingt, quarante ou cinquante ans après, sous la pression amicale des amis, de la famille ou de cercles historiques, qui revendiquent une absolue fidélité à l’original. D’autres, comme le Journal à quatre mains, de Benoîte et Flora Groult, ont été publiés sous une forme littérarisée, voire romancée[5], ou encore ont été peu ou prou récrits, voire amendés par un tiers éditeur, tel le journal de Micheline Bood. D’autres enfin n’ont pu voir le jour qu’à titre posthume, comme le remarquable Journal d’Hélène Berr[6].  

Un autre critère de choix a été l’âge. Aucune de ces diaristes n’a plus de vingt ans au moment où la guerre commence, de sorte que la genèse de leur engagement peut-être observée in vivo [7]. En effet, aussi différents soient leur milieu social, leurs goûts, leur tempérament, ces jeunes filles se trouvent toutes confrontées à l’Occupation, ce qui va avoir une influence profonde sur la formation de leur personnalité, et même conduire certaines d’entre elles à l’engagement résistant. Évidemment, il aurait été intéressant d’y adjoindre des journaux de jeunes sympathisantes pétainistes, voire de collaboratrices, mais ces témoignages sont plus que rares ; des textes comme Sensible girouette, de Simonne Collin [8], ou le journal de Jeanne Pouquet [9], collaborationniste convaincue, sont écrits par des femmes plus âgées (respectivement 44 et 66 ans), aux présupposés déjà bien assis. Les textes que nous avons retenus, toutefois, contribuent par leur diversité à mettre en lumière un fait dont l’historiographie s’est emparée tardivement : l’exposé de la vie quotidienne aux côtés de l’occupant, et la difficulté subséquente qu’il peut y avoir, parfois, à mettre en accord ses principes et ses actes. C’est aussi de ces tensions intérieures, souvent tenues secrètes, que le journal se fait le dépositaire.

  1. Une fonction cathartique

Tenir un journal en temps de guerre est un geste qui est tout sauf anodin. Sur les sept textes que comporte notre corpus, quatre au moins, d’après les informations que les entrées ou les paratextes mettent à notre disposition, ont été commencés ou recommencés soit 1939, soit en 1940, dans une situation particulièrement anxiogène: la déclaration de guerre ou l’armistice qui prélude à l’entrée des Allemands sur le sol français. Écrire est d’abord un geste de résistance psychologique: le « cher cahier » forme rempart contre l’angoisse et les incertitudes liées au conflit. « Cette fois c’est décidé ! » décrète Micheline Bood en avril 1940, « j’écris sérieusement mon journal puisque je n’ai personne d’autre à qui me confier » [10]. Même remarque chez Denise Domenach, qui débute le sien le 10 novembre 1940.

Cela me paraît un peu bête quand je pense que je fais comme les petites filles d’autrefois. Mais je suis isolée maintenant à cause de la guerre et je suis obligée de confier mes peines à quelqu’un, eh bien ce quelqu’un ce sera mon cahier. [11]

Liliane Schröder commence pour sa part son journal le 21 juin 1940. Moins encline à la confidence personnelle, parce que soucieuse de « discrétion, de tact, de pudeur » [12] , elle fait toutefois état de moments de découragement, liés à la faim, au froid, à la guerre interminable; elle avoue que « laisser courir [s]a plume et [s]on esprit » [13] est à peu près la seule activité à laquelle elle puisse s’adonner dans ses moments de dépression. Pour Frédérique Moret, une jeune Ardennaise frappée de surdité depuis l’âge de quatorze ans, le journal est précieux à double titre: d’abord elle y fait part de nombre d’opinions pour le moins ambivalentes à l’égard des Allemands, ensuite elle confie les tourments occasionnés par un handicap qui la marginalise: « Semblable aux autres en apparence, je ne suis jamais au milieu des autres » [14]  écrit-elle. Elle tient son journal sans interruption, même lors d’une brève incarcération de trois semaines en 1942, pour avoir passé en zone libre sans autorisation. Isolée au sein du monde, des siens, Frédérique écrit aussi pour supporter son « destin dépareillé », sa vie passée à « tourner autour d’une infirmité indélébile » [15].

Deux journaux vont permettre d’exprimer une souffrance que les diaristes ne peuvent ou ne veulent partager avec les leurs: celui de Geneviève Gennari et celui d’Hélène Berr. La première est une étudiante en lettres parisienne, née en 1920 d’un couple franco-italien. Bien qu’élevée en France, elle est de nationalité italienne, et se trouve en 1943 face à un choix: retourner en Italie fasciste ou rester en France où elle est passible d’internement [16]. Dès le début du conflit, la jeune femme est tiraillée entre sa sympathie naturelle pour les Alliés et la solidarité familiale pour l’Axe, souffrant en silence de « chaque victoire allemande » [17]. Quant à Hélène Berr, jeune agrégative d’anglais née dans une famille juive, elle se voit interdite de concours et subit de plein fouet les lois anti-juives: sa famille, ses amis, elle-même sont méthodiquement persécutés. Son journal devient le dépositaire de cet insoutenable quotidien: « It sufficeth that i have told thee, mon bout de papier; tout va déjà mieux » [18], note-t-elle le 11 avril 1942. Isolée, Hélène l’est d’autant plus qu’elle ne souhaite pas accabler son père et sa mère, déjà très éprouvés, avec ses propres tourments. C’est donc dans son for intérieur – et son journal – qu’elle conserve sa hantise de la déportation et de la mort, ainsi que le chagrin que lui causent les situations horribles dont elle est le témoin quotidien à l’UGIF [19].

Mais dans mon âme, dans mes affections, et du point de vue général, j’ai vécu et je vis dans une peine perpétuelle.
Personne ne le saura, pas même ceux qui m’entourent, car je n’en parle pas, ni à Denise, ni à Nicole, ni à Maman même. [20]

Cette solitude des diaristes s’explique aussi par des relations familiales parfois complexes. En 1940, Micheline Bood a quatorze ans, Denise Domenach et Flora Groult seize, Benoîte dix-neuf, Geneviève Gennari, Hélène Berr et Liliane Schröder vingt. Elles vivent de plein fouet la contradiction entre une jeunesse qu’elles auraient aimée plus insouciante, et la sombre réalité historique qui leur échoit; ainsi Micheline écrit-elle:

J’ai 14 ans aujourd’hui et papa n’est pas là, ni Hubert ni Lélé, ma grand-mère. L’année dernière, nous étions à Paris, tous ensemble et heureux, mais depuis, il y a la guerre… [21].

Flora écrit le 15 mai 1940: « Les Boches avancent au pas de l’oie et je pleure des morts que je ne connais pas. Belle jeunesse, jeunesse insouciante et crâneuse, belle jeunesse, ce n’est pas drôle » [22]. Sa sœur Benoîte, quant à elle, fait ce constat amer le jour de l’anniversaire de ses vingt ans: « Une nouvelle année s’entrouvre devant moi sans horizons, sans point de repère. La guerre est sur nous comme un couvercle qu’on n’a aucun espoir de voir se lever » [23]. Comme le résume Denise Domenach dans une formule touchante, « c’est dommage d’avoir 15 ans et d’avoir la guerre en même temps. » [24] Les tensions familiales, fréquentes à cet âge, sont de plus exacerbées par la guerre: d’un côté, des parents qui s’inquiètent, dans un contexte où les règles édictées par l’occupant viennent bouleverser leur autorité, de l’autre, des jeunes femmes d’autant plus tentées de ruer dans les brancards qu’elles vivent une jeunesse sous l’étouffoir des restrictions et des menaces. Comme le note Benoîte Groult, nantie d’une mère des plus possessives: « J’ai envie de voler de mes propres ailes, fussent-elles des ailes d’oie »[25]. Dans la vie quotidienne, la situation se traduit par de fréquentes disputes, des attrapades comme dit Micheline Bood, dont Denise Domenach fait aussi état: « Je sais qu[e Maman]elle a beaucoup de travail et beaucoup de soucis mais elle ne m’en parle jamais. Elle passe son temps à m’attraper. » [26] Frédérique Moret, elle, se dispute avec ses parents sur le chapitre de la politique, lorsqu’elle va ramasser des tracts malgré la menace d’être fusillée.

De retour à la maison, la série des douches froides commence. Les parents prennent leurs lunettes, disent que c’est en partie vrai, en partie faux, déclarent qu’il faut le détruire au plus vite – et tout est mort et enterré. [27]

Tentant de voler hors du nid, elle passe en zone libre où elle assure seule sa subsistance: elle préfère être fille de ferme ou garder des vaches pour payer son hôtel plutôt que de se faire « envoyer en chèque » [28]. Micheline Bood est sans conteste celle qui remporte la palme des relations conflictuelles avec ses parents. Mais c’est surtout avec sa mère que les relations sont détériorées: disputes constantes, punitions, mensonges, et au centre du conflit, le journal, que sa mère lit, sans doute dans le désir de comprendre cette fille qui lui échappe. Le cahier est un casus belli qui débouchera même sur une tentative de suicide de la jeune fille, en 42, et plus tard, en 44, sur une crise libératrice, après que la mère aura lu les propos terribles que sa fille tient sur elle. Micheline réalise alors à quel point son journal a joué un rôle cathartique.

Cette haine dont elle parle est la seule chose dont je n’arrive pas à me souvenir, car j’écrivais sous l’empire de la colère. Je ne me souvenais de rien aussitôt après. […] Elle [Maman] a voulu se rendre responsable, mais je sais que personne n’est coupable que moi. D’où cela est-il venu? La guerre [29]?

Une guerre qui fait aussi bouger d’autres lignes, propres cette fois à la condition féminine. Le départ des hommes pour le STO ou le maquis, le fait que certaines femmes assument des travaux de force ou entrent à leur tour en résistance engendre un sentiment de révolte accru devant un système patriarcal aussi archaïque qu’inégalitaire. Là encore, c’est le journal qui hérite de la confidence. Denise note le 10 janvier 41 que « chez [elle] les garçons font des tas de choses que les filles n’ont pas le droit de faire; d’abord ils ont de l’argent de poche et nous on n’en a pas » [30]; plusieurs fois, elle dit son exaspération devant l’exemption de tâches ménagères dont bénéficient ses frères. La régression de la condition féminine orchestrée par le gouvernement de Vichy provoque quant à elle la franche colère des diaristes plus âgées. Benoîte Groult est révoltée par l’interdiction faite aux femmes mariées de travailler dans les administrations publiques,: « Nous sommes les Juifs des sexes » [31], écrit-elle abruptement. Frédérique Moret va plus loin, exprimant dans son journal des opinions politiquement très incorrectes, qui le sont encore plus dans une France pétainiste et nataliste. De son point de vue, les dogmes catholiques sont un « grouillement d’envie, de misogynie, de sadisme [32] »; elle plaint les avorteurs et avortées condamnées, les femmes épuisées par des maternités répétées qu’on juge pour maltraitance. C’est une véritable révolte qui traverse le journal de cette féministe avant la lettre quant à l’asservissement programmé par le mariage et la maternité. Un contre-exemple est fourni par le journal de Geneviève Gennari: élevée dans un milieu catholique et bourgeois, cette jeune femme entérine un modèle de soumission qu’elle accepte sans discuter, déclarant qu’une «  jeune fille est faite pour se marier, comme la vallée pour contenir le fleuve » [33].

Le « cher cahier », confident des remous adolescents, devient donc le lieu, au fur et à mesure que les diaristes mûrissent, un espace où soulager l’angoisse intolérable liée à la guerre. Trop tôt confrontées à des événements complexes, les auteures vont en effet  servir de cet espace d’expression intime pour forger leur conscience politique, voire réfléchir à un possible engagement.

 

  1. Sentiments politiques

La politisation précoce, souvent liée au contexte familial, est l’autre corollaire d’une jeunesse en guerre ; là où le conflit altère la communication quotidienne, il conforte, en contrepartie, la transmission des valeurs. Denise Domenach est issue d’une famille farouchement républicaine et dreyfusarde, « élevé[e] à l’école et en famille dans un patriotisme “nationaliste” et sentimental » [34]. Son père, familier des voyages en Allemagne avant la guerre est aux premières loges pour lui démontrer à quel point les nazis sont dangereux: en conséquence, la jeune fille se déclare « anglophile et même gaulliste » [35] dès le 6 décembre 1940. Micheline Bood, quant à elle, elle a un demi-frère pilote dans la RAF, qu’elle admire éperdument; elle se bat avec des camarades de classe qui la traitent de « bochophile » et déclare le 27 avril 42, « Mon amour pour l’Angleterre […] ne faillira jamais » [36].  Comme Denise, elle soutient le général de Gaulle, déclarant lors d’un dîner de famille qu’il est un « chic type » (et poursuit: « Naturellement, tout le monde est tombée sur moi (sauf Maman) » [37]. De la même manière, l’origine de l’anglophilie de Liliane Schroeder est familiale : née d’un père américain soldat de la Grande Guerre, la diariste, née Jameson, se dit «  française par naissance, américaine par la loi, et à moitié anglaise-écossaise de race et de cœur [38] ».

Chez ces jeunes filles, beaucoup de colère, et peu d’atermoiements patriotiques: Micheline Bood (à qui son père apprend à dire « Halts’ Maul » ou « Geh zum Teufel » [39]) décide d’appeler les Allemands « Bochs », sans e, « parce que ça fait plus sauvage [40] ».

Comment peut-on aimer ces Bochs qui nous prennent tout, le cuir, le caoutchouc, le charbon, la matière première, les objets fabriqués, la viande, les bêtes, le beurre, tout… tout, qui saignent la France et la pressurent de toutes parts [41]?

Plus les diaristes sont jeunes, plus leur opposition est spontanée, basée sur une forme de rejet instinctif: les journaux de Micheline Bood et Flora Groult relatent les mauvaises tours joués aux élèves pétainistes à qui l’on écrit « Vive de Gaulle » dans le dos ou que l’on ignore avec application. Certaines notations font montre d’une réelle cruauté: Micheline dit éprouver « une joie vraiment féroce [42] » à la vue d’un officier allemand rossé par la foule et Liliane Schroeder se réjouit que les Russes « se battent farouchement et férocement, massacrant le plus d’ennemis possible [43] ». Les insultes à l’encontre des Allemands pleuvent: « une sale race [44] » dit Denise, des « salauds intégraux [45] » pour Flora, des êtres « diaboliques [46] » selon Liliane, des « cochons » et des « salauds [47] » pour Micheline. On ne trouvera toutefois pas un seul de ces qualificatifs dans le journal d’Hélène Berr, pas plus que le mot « Boche » sous sa plume. Celle qui a eu le plus à souffrir d’une occupation qui lui aura coûté la vie est aussi celle qui a analysé avec le plus de discernement le mécanisme de la fanatisation hitlérienne.

Il ne faut pas essayer de comparer l’état d’esprit d’un Allemand de maintenant avec le nôtre. Ils sont intoxiqués; et ils ne pensent plus; ils n’ont plus d’esprit critique: « Le Führer pense pour nous. » Je craindrais de me trouver devant un Allemand, car je suis sûre qu’il y aurait incapacité totale de nous comprendre [48].

Logiquement, l’indignation politique ou patriotique nourrit chez plusieurs diaristes des velléités de résistance, qui vont se traduire en actes, tout en ne s’alimentant pas toujours à la même source. Micheline Bood est rebelle de nature: elle qui commet toutes les bêtises qu’elle peut, notamment pour contrarier sa mère, ne peut résister à certaines actions assez potaches qu’elle accomplit au nez et à la barbe de l’occupant, comme porter un chapeau écossais ou jeter des noyaux de prunes sur le nez des Allemands[49]. Sa résistance, parfois opportuniste, est aussi une manière de braver les contraintes qui pèsent sur son adolescence intrépide. Ainsi fabrique-t-elle de faux laisser-passer pour sortir pendant le couvre-feu ou emmener son chien dans le métro; une bravade qui lui fera frôler l’arrestation (« J’aime mieux ne pas trop me rappeler les détails de ces moments épouvantables » [50]). À l’occasion, elle met, à la demande d’une amie, ses talents de faussaire au service d’un Juif caché nommé Neuman, puis décide finalement de « partir au front, coûte que coûte » [51], c’est-à-dire de passer en Angleterre, avant de voir le projet déjoué par la vigilance maternelle. Ces actions un peu brouillonnes expliquent qu’elle se juge sans indulgence excessive, à la Libération.

Et je pense que j’ai fait si peu jusqu’ici. [.…] [J]’ai collé des affiches de propagande. Et il y a eu l’histoire des prisonniers politiques de Verneuil, et, en dernier, la fausse carte d’identité! C’est peu comparé à ces gens qui risquent leur vie tous les jours. Cependant, je n’ai pas été tout à fait inutile et c’est tout de même une consolation. [52]

Plus politisée, Denise Domenach commence par manifester aussi souvent qu’elle le peut dans des monômes de lycéens et d’étudiants, devant les consulats, en particulier: sous sa plume, ces scènes ressemblent à un jeu du chat et de la souris, où les jeunes gens fuient par des traboules devant les policiers (« des vieux sur des grands vélos; le temps qu’ils mettent pied à terre nous sommes déjà loin [53] »). Comme on l’a vu, l’origine de son engagement est étroitement lié à sa famille: très vite, la toute jeune fille est, comme elle le dit, « prise en main » par ses frères et leurs camarades, et elle devient agent de liaison. Cette fois, les risques sont d’une autre nature et la peur est là; le journal sert notamment à s’interroger sur ce qui est juste dans de tels moments.

J’espère avoir le courage et l’énergie nécessaire pour affronter les dangers qui se présenteront sur ma route. Je veux essayer d’avoir la loyauté, la probité intellectuelle nécessaire pour juger sainement de mon devoir. Je voudrais tant participer à la résurrection de mon pays [54].

Plus âgée, Liliane Schröder bout elle aussi de l’envie d’en découdre: grâce à son parfait bilinguisme, elle intègre en 1943 le réseau Marco, récupérant et cachant des aviateurs anglais dans Paris. Le journal se fait évidemment discret sur la question, mais note simplement que la jeune femme se sent « poussée et soutenue par une force gigantesque, [qu’elle nomme] Idéal [55] ». Le cas de Frédérique Moret est plus subtil: celle qui est pacifiste, et même germanophile au début de la guerre, analyse comment son statut de vaincue la rapproche, idéologiquement parlant, de l’Angleterre. Sensible à la lecture des tracts antinazis, elle décide « d’entreprendre une action dans la mesure de ses moyens [56] »: en l’occurrence, aller travailler dans des usines anglaises. Le 28 février 1942, elle y renonce, non sans regrets, exposant avec honnêteté les raisons de ce choix :

Je ne suis pas de ces êtres d’aventure et d’énergie qui jamais ne connaissent l’hésitation ni morale ni physique. Je suis lâche — comme les autres. [57]

On voit à travers ces textes comment se construit une forme de patriotisme, la plupart du temps alimenté par Radio-Londres. Mais au-delà des déclarations de haine anti-germanique, des gestes de courage, de l’envie de se battre, le journal se fait l’écho d’une conscience plus amère: celle que la guerre a transformé la personne que l’on était, et pas forcément en bien. Liliane Schroeder remarque que ces années d’épreuve les ont rendus « cyniques, sanguinaires, cruels, amoraux » [58] et Frédérique Moret qu’elle est devenue « positive et dure ». [59] Pire, les exactions ont inoculé dans la vie de ces adolescentes le goût de la vengeance, et Denise Domenach, qui a vu la plupart de ses camarades de réseau fusillés, termine son journal par une déclaration en demi-teinte: « J’espère que je saurai être heureuse, mais je ne serai plus jamais innocente » [60].

  1. Ambiguïtés

Ce serait toutefois détourner ce corpus que d’en faire la défense et illustration univoque d’une jeune France résistante. Au contraire, ces sept journaux donnent un aperçu de la richesse des ambiguïtés de la vie sous l’Occupation; et le donne d’autant mieux que les diaristes sont à un âge où l’envie de vivre, de faire ses propres expériences vient se heurter aux principes que l’on veut défendre… Le rythme de journaux tenus sur plusieurs années permet d’apprécier l’évolution des prises de position: contrairement à une reconstruction binarisée a posteriori (collaborateurs vs résistants) on voit combien l’hésitation, le revirement, le doute sont presque inhérents à ces quatre longues années d’occupation. Liliane Schröder, pourtant résistante fervente, le résume bien en parlant d’une « période où rien n’était simple, ni évident, ni prévisible, ni vraiment gai, ni vraiment dramatique, mais où chaque instant était intensément vécu [61]. »

Le premier motif de trouble naît de la présence quotidienne de l’occupant. Il y a une marge entre détester dans l’absolu un ennemi abstrait et mettre en œuvre cette exécration au jour le jour. Au début de la guerre, l’image allemande n’est pas encore entachée par la barbarie des représailles et des camps. Les soldats qui arrivent en France, et dont certains sont Autrichiens, ont à cœur d’être polis, « disciplinés et corrects [62] »: Frédérique Moret note qu’ils arrivent en souriant, avec « un entrain gavroche [63] », et Liliane Schröder, pourtant anti-germanique de la première heure, trouve ceux qu’elle appelle les « Horsins » – un mot normand pour désigner les étrangers – « touchants, propres et pleins de bonne volonté ». Elle se demande: « Comment pourrait-on être froid et désagréable avec eux ainsi séparément? […] [64] ». Dès lors que la présence allemande impose la coexistence dans le métro, au café, au restaurant, à la piscine, la limite entre le rejet patriotique et la poursuite d’une vie quotidienne acceptable devient difficile à trouver. Flora Groult raconte qu’elle a décidé de ne pas retourner au concert pour toute la durée de la guerre, les Allemands louant les trois quarts des places. Mais après avoir cédé à l’invitation de son cousin, elle note: « J’ai eu un sentiment de culpabilité toute la soirée, comme si j’avais abdiqué moi aussi, et accepté la présence allemande [65]. » Même impression chez Geneviève Gennari, après qu’elle est allée voir Les Noces de Figaro à l’Opéra-Comique:

Quand tout autour de vous, il n’y a que des Allemands, la souffrance de cette solitude devient intolérable… [66]

Le goût des premiers flirts n’est pas sans poser lui aussi quelques problèmes. Micheline Bood a beau vouer Hitler aux gémonies et planter des épingles dans sa photo, elle n’en est pas moins une jeune fille qui rêve des garçons et qui a son premier émoi pour un bel officier autrichien (« j’ai l’impression très nette d’une boule de flammes au milieu de la poitrine ou du ventre »)… chose qui la rend furieuse:

Et je sais que je ne l’aime pas, que c’est uniquement un soldat et un chef, qu’il n’a aucune culture. C’est seulement physique, il n’y a rien à faire contre ça. Je rage [67].

Plus tard, elle se laisse conter fleurette par soldat italien, Guiseppe [68] puis se fait voler, son premier baiser par un Autrichien ivre [69] ; mais avoue le lendemain à son cher journal avoir surtout cédé par « envie de savoir ce que c’était, un baiser…». L’historien Patrick Buisson ne se prive pas de condamner la jeune diariste, qu’il surnomme assez perfidement « la lycéenne aux cent flirts » et dont il juge le cas «  grave et symptomatique [70] »: pourtant, est-il si étonnant que des jeunes gens, que l’Occupation a mis de force en contact les uns avec les autres, finissent par s’attirer?

Sur le plan idéologique, les journaux révèlent aussi de puissants conflits intérieurs, dont on comprend qu’ils n’aient d’autres lieux pour s’exprimer. Sous la plume des diaristes, on mesure l’omniprésence de la propagande et du sentiment de culpabilité collective entretenu par le gouvernement de Vichy: si la France a connu la défaite, répète Pétain, c’est qu’elle l’a méritée. Si sur certaines auteures, l’argument n’a aucune prise, (« Y en a marre »[71] soupire Denise Domenach), il trouve un écho chez d’autres: Frédérique Moret fait partie de ceux qui estiment que le traité de Versailles fut la première cause du désastre, car il a enfermé l’Allemagne « dans un cercle vicieux qui l’a jetée dans un engrenage d’agressions »[72]. Au début du conflit, elle s’insurge devant le négligé de la « drôle d’armée de la drôle de guerre » et doute à un point tel qu’elle ne se sent « plus bien dans [s]a peau française » [73]; en août 40, elle veut encore croire que « le peuple allemand est resté bon » [74]. Même si ses sympathies auront le temps d’évoluer, elle gardera jusqu’au bout un regard à contre-courant, plaignant souvent ceux que la morale patriotique, ou la morale tout court, aura condamnés, jusqu’au Maréchal Pétain, dont le procès est pour elle une « vilenie [75] ». Son journal est un excellent révélateur des incertitudes qui traversent une société française qui a voulu la paix à tout prix en juin 1940, mais finit par se rendre compte que les conséquences en sont intolérables.

Le journal de Geneviève Gennari, lui est, fondamentalement doloriste. Comme on l’a vu, elle est déchirée entre ses ascendances françaises et italiennes et écrit le 12 février 1941: « Il y a tant de patries! J’ai tellement réfléchi sur ce sujet que je suis épuisée […]. Je ne sais pas comment l’on peut tant souffrir de ces choses. » [76] Ce penchant au tourment est encouragé par une nature méditative, encline à la philosophie ; somme toute assez peu politique, ce journal est surtout un espace d’introspection où se disent à la fois des rêves littéraires et le désir ardent du mariage, des enfants,  un  désir que la guerre complique et retarde, surtout quand on appelle de ses vœux en 1942 un « mari gaulliste »[77]… Si le journal d’Hélène Berr vibre lui aussi de souffrance, le degré en est différent. Ce texte occupe une place à part dans le corpus: Hélène, la seule des diaristes à être juive, n’a que dix-huit ans au début de la guerre. Mais les épreuves inouïes qu’elle endure l’ont fait mûrir plus vite que les autres, lui donnant sur la persécution nazie un regard d’une acuité implacable. Son dilemme à elle ne se joue pas entre le soutien à tel ou tel belligérant, entre la résistance et la collaboration, mais dans la recherche de ce qui est juste, alors même que les lois anti-juives s’acharnent à lui retirer tout droit, toute dignité. Doit-elle ou non porter l’étoile? Elle est d’abord déterminée à ne pas le faire, voyant dans ce geste une « infamie et une preuve d’obéissance aux lois allemandes [78] ». Le soir même, elle se ravise, estimant que se désolidariser ainsi des autres Juifs est une « lâcheté [79] ». Autre source de déchirement, son travail à partir de juillet 42 à l’UGIF, l’Union Générale des Israélites de France, un organisme fondé par le régime de Vichy en 1941, qui a charge de fédérer les œuvres juives d’assistance. Hélène y devient assistante sociale bénévole, prolongeant ainsi son engagement auprès de l’Entraide Temporaire, une organisation clandestine qui a sauvé 500 enfants. Évidemment, cette adhésion, de l’extérieur, la place dans une situation ambiguë, puisque les membres de l’UGIF reçoivent une « carte » supposée assurer leur protection – un mensonge de plus [80]. Par voie de conséquence, et puisqu’ils font le relais entre les autorités de Vichy et les familles des déportés, ils sont parfois considérés par ces dernières comme des collaborateurs. Hélène le comprend, mais le réfute de toutes ses forces :

Pourquoi y suis-je rentrée? Pour pouvoir faire quelque chose, pour être tout près du malheur. Et au service des internés, nous faisions ce que nous pouvions. Ceux qui nous connaissaient bien, comprenaient, et nous jugeaient avec justice [81].

D’autres dilemmes, familiaux et amoureux, traversent cette époque de sa vie: doit-elle quitter Paris, donnant raison aux Allemands qui traitent les Juifs comme des nuisibles? Doit-elle succomber à son amour pour Jean Morawiecki, elle qui est plus ou moins engagée avec un autre garçon? Le journal d’Hélène, où l’émotion affleure à chaque ligne, pourrait n’être qu’un texte d’une infinie noirceur, une somme de déchirements; pourtant, celle qui sentait « l’infini [82] » en elle a aussi su faire la place dans ses mots à des éclats de lumière et de grâce, qui confèrent à son journal une paradoxale beauté.

La lecture de journaux de jeunes filles sous l’occupation est riche à plus d’un titre. Elle permet tout d’abord de découvrir des personnalités particulièrement attachantes, comme Denise Domenach ou Micheline Bood. En quelques années, ces adolescentes spontanées, espiègles, parfois naïves, mûrissent, font des choix, s’engagent, tout en revendiquant le droit de vivre leur jeunesse. Chez les jeunes femmes un peu plus âgées, comme Liliane Schröder, Benoîte Groult, Geneviève Gennari ou Frédérique Moret, la réflexion politique, est plus poussée, plus riche en nuances en dépit de la force de la détestation de l’ennemi : le regard décapant de F. Moret sur l’Église, l’armée, la condition féminine, font d’elle une « mauvaise française », qui refuse de souscrire à un patriotisme aveugle. Mais c’est Hélène Berr, diariste exceptionnelle à tous points de vue, qui offre sans doute le regard le plus impressionnant sur cette période. Celle qui sait, à un moment donné, qu’elle est devenue témoin pour la postérité, analyse avec une lucidité impressionnante les mécanismes de la persécution qui va lui coûter la vie.

L’autre richesse de ces textes est qu’ils viennent corriger une vision historique souvent manichéenne (l’héroïque résistant vs le traître collabo), en dévoilant les émotions complexes, parfois antagonistes, qui travaillent les consciences. Soutien psychologique de premier ordre, le journal devient, dans un espace public corrompu par la suspicion et la propagande, le seul lieu, parfois, où leurs jeunes auteures puissent se poser librement la question de leurs choix, et affronter leurs contradictions intimes.


NOTES

[1] P. Lejeune, Le Moi des Demoiselles. Enquête sur le journal de jeune fille, Paris, Seuil, « La couleur de la vie », 1993.

[2] Celle-ci est depuis tenue à jour et régulièrement complétée sur son site Autopacte

[3] Français en Résistance, Paris, Robert Laffont, Bouquins, 2009.

[4] P. Lejeune, « Journaux féminins tenus sous l’Occupation », www.autopacte.org/

biblio3945.pdf

[5] La première édition du Journal à quatre mains (Grasset, 1964), porte la mention « roman »; la lecture de l’autobiographie de Benoîte Groult, Mon évasion (Grasset, 2008) revient sur cette période et permet de mesurer le degré de transposition dont ont fait l’objet plusieurs des événements narrés dans le journal.

[6] La question des éditions mériterait une étude à part entière. On notera simplement que les journaux publiés après 2000 tendent à une véritable exactitude philologique et testimoniale, alors que les œuvres de la vague 1960-1970 n’échappent pas au soupçon de coupes, voire de récritures.

[7] Nous n’avons pas retenu dans ce corpus des journaux comme celui d’Irène-Carole Reweliotty, 20 ans, (Journal d’une jeune fille, Paris, La Jeune Parque, 1945), car il n’évoque la guerre que de façon anecdotique ; pas plus, à l’inverse, celui d’Edith Thomas, 31 ans en 1940, qui est déjà une historienne et militante dotée d’une solide culture politique de gauche.

[8] S. Collin, Sensible girouette, naïvetés et jobardises d’une Française de la zone libre pendant les années 40, extraits de son journal intime, Monte-Carlo, Les Éditions littéraires de Monaco, 1968.

[9] J. Pouquet, Journal sous l’Occupation en Périgord, Monaco, Éditions du Rocher, 2006.

[10] M. Bood, Les Années Doubles, Robert Laffont, 1974, p. 15.

[11] D. Domenach, Demain il fera beau, Lyon, BGA Permezel, 2001. Le journal été réédité aux Éditions des Arènes en 2005, avec une préface de Christine Mital, un cahier photographique, des facs-similés de documents et un essai biographique nourri d’une interview de Denise. Nous nous référerons à la première édition.

[12] L. Schroeder, Journal d’occupation. Chronique au jour le jour d’une époque oubliée, Paris, François-Xavier de Guilbert, 2000, p. 16.

[13] Ibid, p. 77.

[14] F. Moret, Journal d’une mauvaise française, Paris, La Table Ronde, 1973, p. 62.

[15] FM, 1er décembre 1942, p. 190.

[16] « Je ne vivais, [écrit-elle], au fond que dans la terreur de cette guerre qui, en plus de tout ce qu’elle impliquait pour le monde, représentait pour moi une menace personnelle, visant le centre même de ma vie ». (G. Gennari, J’avais vingt ans. Journal 1940-1945, Grasset, préface, 10).

[17] Ibid., 25 juin 1941, p. 111.

[18] H. Berr, Journal, Tallandier, 2008, p. 24.

[19] Union Générale des Israélites de France. Voir infra.

[20] HB, 27 octobre 1943, p. 185.

[21] MB, 12 avril 1940, p. 19.

[22] B. et Fl. Groult, Journal à quatre mains, Denoël, 1962; Flora, 15 mai 40, p. 17.

[23] BG, 31 janvier 1941, p. 138.

[24] DD, 29 novembre 1939, p. 46.

[25] BG, 30 juillet 1941, 173.

[26] DD, 18 mars 1941, p. 63-64.

[27] FM, 10 novembre 1941, p. 116.

[28] FM, 6 mai 1942, p. 144.

[29] MB, 5 août 1944, p. 310.

[30] DD, 14 janvier 1941, p. 71.

[31] BG, 17 octobre 1940, p. 95.

[32] FM, 9 février 1941, p. 87.

[33] GG, p. 250.

[34] DD, préface, p. 17.

[35] DD, p. 67.

[36] MB, 27 avril 1942, p. 136.

[37] MB, 8 juillet 1940, p. 32.

[38] LS, 16 juillet 1940, p. 31.

[39] «  Après réflexion il a dit: “Il vaut mieux ne pas leur dire ça, ils pourraient te prendre au mot.” Je n’ai pas encore compris pourquoi. » (MB, p. 94).

[40] MB, 23 avril 1940, p. 18

[41] MB, 5 décembre 1940, p. 52.

[42] MB, 11 novembre 1940, p. 45.

[43] LS, 9 août 1941, p. 89.

[44] DD, 6 mai 1941, p. 85,

[45] FG, 27 février 1944, 317.

[46] LS, 9 août 1941, p. 90.

[47] MB, 11 novembre 1940, p. 45.

[48] HB, 24 novembre 1943, p. 232-233.

[49] MB, 15 août 1940, p. 38.

[50] MB, 9 juillet 1943, p. 203.

[51] MB, 22 juillet 1944,  p. 302.

[52] MB, 24 août 1944, p. 332.

[53] DD, 4 avril 1941, p. 81-82.

[54] DD, 9 février 1943, p. 112-113.

[55] LS, 7 mai 1943, p. 212.

[56] FM, 30 août 1941, p. 110.

[57] FM, 28 février 1942, 121.

[58] LS, 17 juillet 1942, p. 88.

[59] FM, 15 septembre 1943, p. 196.

[60] DD, 7 septembre 1944, p. 137.

[61] LS, avant-propos, p. 9.

[62] MB, 22 juin 1940, 25.

[63] FM, 22 juin 40, p. 56.

[64] LS, 5 juillet 40, p. 25.

[65] FG, 19 janvier 1944, p. 315.

[66] GG, 30 novembre 1941, 147

[67] MB, 13 décembre 42, p. 17

[68] MB, p. 224.

[69] MB, 13 avril 1944, p. 274.

[70] P. Buisson, 1940-1945 Années érotiques – tome 2: De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, p. 76 et 86.

[71] DD, 6 mai 1941, p. 85.

[72] FM, 10 mai 1940, p. 26.

[73] FM, 15 octobre 1939, p. 14.

[74] FF, 27 août 1940, p. 64.

[75] FM, 2 août 1945, p. 259.

[76] GG, 12 février 1942, p. 85.

[77] GG, 27 juin 1942, p. 213.

[78] HB, 4 juin 1942, p. 54.

[79] Ibid.

[80] En réalité, le personnel du l’UGIF se révéla d’autant plus facile à rafler que l’adresse du lieu était connue. La meilleure amie d’Hélène, Françoise Bernheim, fut arrêtée dans leurs locaux, avec la presque totalité des personnels présents.

[81] 13 novembre 1943, p. 226.

[82] 1er novembre 1943, p. 209.