Fonds Yves Navarre de Montpellier : plus de 2300 documents dont une riche correspondance (S. Lannegrand)

Trois donations majeures permettent aux chercheurs qui s’intéressent à Yves Navarre et à son œuvre de consulter, à la médiathèque centrale de Montpellier, un des trois plus importants fonds au monde consacrés au Goncourt 1980. Le fonds Yves Navarre de Montpellier compte en effet à ce jour 2347 documents, correspondance en tête.

La donation de la famille Perrenoud, responsable morale de l’œuvre d’Yves Navarre, est à l’origine de la création du fonds d’archives de Montpellier en septembre 2017, sous l’impulsion de l’association Les Amis d’Yves Navarre et des éditions H&O. La médiathèque centrale avait alors reçu 1390 documents (tapuscrits et épreuves, photos, correspondance, agendas, revue de presse, etc.). En septembre 2019, ce fonds s’est enrichi des legs d’Anne de Tienda, amie et ayant droit d’Yves Navarre, et de Claude Gubler, également ami de longue date de l’auteur.

Anne-de-Tienda-et-Gilles-Gudin-de-Vallerin---lettre-à-Claude-Gubler-©-Ph-Ferrer

À gauche : Anne de Tienda et Gilles Gudin de Vallerin. À droite : une lettre d’Yves Navarre à Claude Gubler.

Tapuscrits, photos, objets et surtout une abondante correspondance, soit 735 documents supplémentaires, sont venus compléter la donation Perrenoud. Ainsi, Anne de Tienda a remis environ 120 lettres qu’Yves Navarre lui avait adressées de mai 1985 à janvier 1994 peu avant sa mort. Elle a aussi transmis 16 albums dans lesquels l’auteur avait rassemblé des cartes postales et des lettres reçues entre septembre 1988 et juin 1989 de la part des Perrenoud et de diverses personnalités (François Mitterrand, Danielle Mitterrand, Michel Tournier, Pierre-Jean Remy, Emanuel Ungaro, Alekos Fassianos…). De son côté, Claude Gubler a confié plus d’une centaine de lettres et de cartes reçues de février 1987 à janvier 1994. Il a ajouté à sa donation un coffret en bois dans lequel Yves Navarre rangeait ses manuscrits, tandis qu’Anne de Tienda a légué une des machines à écrire de l’auteur, une Valentine rouge. Gilles Gudin de Vallerin, directeur des médiathèques et du livre, insiste sur « l’immense valeur que présente ce fonds » constitué à ce jour de 2347 documents issus de huit donations et d’achats du réseau des médiathèques, et dominé par la correspondance (62% des documents).

 

Graphique FOnds Navarre

 

Tous ces documents sont recensés dans les notices du catalogue en ligne sur le site du réseau des médiathèques de la métropole de Montpellier, accessibles depuis la page consacrée à Yves Navarre https://mediatheques.montpellier3m.fr/DEFAULT/patrimoine-fonds-ecrivains-navarre.aspx.

 

24 avril

Ce 24 avril, la 105e commémoration du génocide arménien ne pourra avoir lieu comme elle l’aurait dû pour cause d’épidémie. Parce qu’autobiographies, journaux et correspondances consignent aussi l’Histoire, et que celle de la mémoire arménienne en fait partie, il a souvent été question de celle-ci au cours des travaux du séminaire. Nous vous recommandons la lecture de :

• L’essai de Janine Altounian, L’Effacement des lieux. Autobiographie d’une analysante, héritière de survivants et traductrice de Freud, présenté ici, et la note de lecture relative à cet ouvrage. Janine Altounian devait intervenir cette année au séminaire à propos de ce livre ; elle sera notre invitée à l’automne.

L’interview de Greg Kerr, enseignant-chercheur à l’université de Glasgow, qui est intervenu au séminaire à propos de l’écrivain Chahan Chahnour, qui devint en France Armen Lubin.

• L’article de Krikor Beledian, « L’Écriture comme réécriture chez Chahan Chahnour/Armen Lubin », sur les mécanismes de récriture à l’oeuvre chez Chahnour-Lubin et son double rapport à l’arménien et au français.

• La présentation de la séance de séminaire de juin 2019, assurée par Élodie Bouygues et Hélène Gestern, qui portait sur la correspondance de Madeleine et de Jean Follain, et celle de Madeleine Follain et d’Armen Lubin

Les mémoires de Zaven Bibérian, Car vivre, c’était se battre et faire l’amour, paru aux édition Aras (Istanbul) en 2019.

• Les éditions Parenthèses et l’ensemble de sa collection Diasporales, qui proposent régulièrement des récits mémoriels liés à l’Arménie.

Armen, l’exil et l’écriture, d’Hélène Gestern. Ce lire devait paraître le 19 mars et sera de nouveau proposé à la vente lors du déconfinement. Vous pouvez en lire le premier chapitre ici.

Les épreuves passent, la mémoire demeure.

De l’art de prendre soin de soi : Sophie Calle (V. Montémont)

sophie_calleSon correspondant lui avait dit de prendre soin d’elle. Sophie Calle l’a fait, à sa manière. Elle a utilisé comme point d’appui la lettre de rupture que lui a adressée G. , son amant – dont l’identité a depuis été dévoilée ; il s’agit de Grégoire Bouiller), et l’a offerte comme objet de commentaire, d’interprétation, de méditation à cent sept femmes, qui ont accepté de livrer leur point de vue sur le texte. Le résultat, exposé pour la première fois à la Biennale de Venise en 2007, puis à l’ancienne Bibliothèque Nationale de la rue de Richelieu au printemps 2008, est spectaculaire de maîtrise. Il a donné lieu à un superbe (et volumineux)catalogue, édité par Actes Sud, qui comprend, CD-Roms à l’appui, les textes, les vidéos, les chansons, les performances, mais aussi un portrait photographique de chacune des auteures. Le choix des personnalités sollicitées par Sophie Calle, tout d’abord, étonne par sa diversité : les intervenantes vont du professeur au Collège de France (Françoise Héritier), de l’avocate (Caroline Mécary), de l’historienne (Arlette Farge), de la diplomate (Leila Shahid) aux artistes de scène : des chanteuses (Guesh Patti, Diam’s, Camille, Sapho), une danseuse étoile (Marie-Agnès Gillot), des comédiennes (Yolande Moreau, Michèle Laroque, Elsa Zylberstein, Emmanuelle Laborit), deux cantatrices (Caroline Casadessus, Nathalie Dessay), une cinéaste (Laetitia Masson), etc. On peut même entendre une conversation téléphonique avec Macha Béranger…

L’exposition ne serait-elle, comme on pourrait le redouter, qu’une collection de vignettes people ? Loin, très loin de là. Tout d’abord, Sophie Calle a convoqué de nombreuses voix anonymes, ou autrement moins médiatisées : une adolescente, une latiniste distinguée, une dessinatrice, une stylisticienne, une graphiste, une publicitaire, une juge, une voyante, pour ne citer qu’elles. Ce qui semble prédominer est le souci de consulter tous les âges, toutes les professions, tous les modes de dire, pour relire une douleur qui est a priori on ne peut plus individuelle.

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Voici donc la lettre, ou plus exactement le mail de G., projeté de l’intime vers l’extime. La manœuvre se fait sans douceur, mais non sans stratégie : les médiatisations multiples dont le texte fait l’objet lui retirent, écorce par écorce, son aspect personnel, douloureux, pathique, en lui appliquant la lumière corrosive de la dérision. Beaucoup des intervenantes ont été frappées par l’égocentrisme du courrier, qu’elles ne manquent pas de souligner : la spécialiste de lexicométrie relève, tableaux à l’appui, la prédominance du pronom jeet commente ses contextes d’emploi. La rappeuse met bout à bout toutes les phrases commençant par ledit pronom, et s’étonne que celui-ci n’ait pas été choisi en guise de signature. Ces lectures, souvent cruelles, rendent évidente le fait que la lettre de rupture a été le lieu, pour son auteur, de la construction d’une image de soi flatteuse, d’un mur de justifications, construction effectuée au prix d’une certaine « gesticulation syllogistique », selon les mots de la philosophe.

Le caractère rhétorique de cette lettre très écrite, car elle émane justement d’un écrivain, et partant, sa sincérité, sont eux aussi mis en cause : la dessinatrice, Soledad Bravi, représente un scripteur satisfait, au milieu d’une marée de dictionnaires et de grammaires, en train d’appuyer sur la touche « envoyer ». Yolande Moreau donne du texte une lecture hésitante qui achoppe sur les phrases longues, dont elle souligne le peu de naturel ; la latiniste, Anne-Marie Ozanam, a préféré relever au fil de sa traduction les fautes de grammaire, et la correctrice, Valérie Lermite, les redites et les maladresses typographiques. Un autre angle d’attaque consiste à banaliser le comportement de G. : la commissaire de police recadre, à l’aide de statistiques, la fuite de l’amant dans le marché impitoyable de l’offre et de la demande amoureuse (« Arrivée à quarante ans, une femme qui veut se marier a autant de chances de trouver un époux que d’avoir un accident de la route »), tandis que l’anthropologue voit dans la lettre l’épiphénomène d’une « remontée à la surface du modèle archaïque qui règle les rapports des hommes et des femmes ». La lettre, qui opérait comme un quitus donné à soi-même, voit son armature logique et sa puissance rhétorique se dissoudre dans un maillage de discours déconstructeurs, qui finissent par anéantir son pouvoir toxique.

Mais l’arme la plus redoutable dont a usé le dispositif mis en place par Sophie Calle reste la forme d’ironie que consiste l’appropriation : beaucoup d’intervenantes ont rétrogradé le texte au rang de matériau d’études ou d’expérimentation ou l’ont traité comme un objet plastique. Ainsi, l’avocate qualifie le contenu de la lettre sur le plan délictuel (« tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise »), les auteures de romans sentimentaux l’intègrent à un chapitre relevant d’un autre univers narratif, une écrivain en fait un conte pour enfants, l’institutrice le simplifie ad usum delphini et l’assortit de questions de compréhension. La lettre n’est plus qu’un objet que l’on plie (une cocotte en papier, une lamelle de texte), qui explose et se réfracte dans un poème (Anne Portugal), dans une chanson qui la reprend à l’envers (Camille), dans un sketch qui tantôt l’étire puis la tronque (extraordinaire lecture de la clown Meriem Menant). Elle est un réceptacle vidé de son pouvoir, tout juste bon à faire résonner son propre écho : la dernière interprète en sera Brenda, un perroquet qui déchiquette la feuille de papier…

A ce stade, le spectateur, puis lecteur, est à la fois fasciné et quelque peu effrayé. Fasciné parce que la lettre a donné lieu à un tel déploiement de talent, de finesse analytique, d’érudition, d’intelligence, qu’il est difficile de ne pas être séduit par la richesse et la subtilité du résultat. Effrayé parce que devant une telle somme de critiques et de manipulations, on en arrive à se demander si l’on n’assiste pas en direct à une exécution : celle de G., amant décevant, et à travers lui, celle du mâle, impossible partenaire. C’est Christine Angot, à la faveur d’une étonnante palinodie, qui l’exprime le mieux : « Tout un escadron de femmes là que nous sommes, avec nos textes minables, ou nos interprétations, nos performances, en train de nous mesurer à l’homme, pour mieux le chasser et le disqualifier. […] Le chœur que tu as formé autour de cette lettre, c’est le chœur de la mort. »

Alors, Prenez soin de vous, simple expédition punitive ? Le jugement serait réducteur, et injuste. D’une part parce que G. a consenti à l’existence et de l’exposition et de l’ouvrage, demandant même que l’on restitue son initiale et celle de son livre : de toute évidence, il ne répugnait pas, au contraire, à ce qu’on l’identifiât… D’autre part, qui connaît tant soi peu l’œuvre de Sophie Calle sait qu’elle ne convoque l’expérience biographique que pour l’élever très vite au rang de moteur d’un système qui, en se mettant en marche, va occulter fort efficacement la dimension personnelle. Tel est sans doute le paradoxe le plus subtil du travail de l’artiste. En effet, comme le souligne la philologue, Barbara Cassin, l’entreprise relève d’un « jeu herméneutique » , et laisse la place au doute, – exprimé au demeurant par plusieurs intervenantes –, sur la véracité de la lettre et de la situation.

En définitive, on ne sait rien de l’impact qu’a eu la lettre de G. sur Sophie (pas plus que sur liaison elle-même ou sur les sentiments éprouvés après cette rupture par l’un ou l’autre des amants). En revanche, on en apprend beaucoup, en lisant Prenez soin de vous, sur les attentes des femmes au début du vingt-et-unième siècle et sur l’équilibre du rapport — plus que jamais de force — qu’elles engagent avec les hommes. La véritable dimension autobiographique du dispositif est à chercher dans le discours des intervenantes : la manière dont elles ont choisi d’être photographiées (posture, cadre, vêtements, décor), leur espace, public ou privé, nous parlent de ce qu’elles font, ce qu’elles aiment, de ce à quoi elles attachent du prix. Leur commentaire, enfin, qu’il soit sympathique, virulent, distancié ou humoristique, raconte indirectement quel a été, ou pourrait être, leur mode de réaction à une rupture amoureuse ; la lecture semble même, parfois, rouvrir d’anciennes plaies… Bref, chacune des personnalités, et chacun des lecteurs, est invité à habiter cette lettre de rupture. En ce sens, Sophie Calle a, comme à chaque fois, transcendé le cadre autobiographique et construit un mixte d’authentique et de fantasmé, d’individuel et de collectif, de texte, d’image, de musiqueet de voix. Une construction polyphonique qui ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même, menée avec une maestria et une rigueur toutes perecquiennes, capable d’atomiser son objet premier (son prétexte ?) et d’interroger sans fin ce que Duras appelait la « vieille algèbre des peines de cœur ».

Sophie Calle, Prenez soin de vous, Actes Sud, 2007.

Une décennie (2002-2012), onze événements autobiographiques (F. Simonet-Tenant & V. Montémont

 

Dans le n° 31 de La Faute à Rousseau (p. 48-49) d’octobre 2002, j’avais tenté de dresser la liste des dix événements autobiographiques à retenir pour la décennie (1992-2001). Choix éminemment subjectif qui n’avait point suscité de réaction courroucée. Dix ans plus tard – bigre… on ne voit pas le temps passer –, je me lance dans le même exercice : à moi de nouveau la jubilation un peu enfantine de dresser un palmarès !  Il me semble – illusion rétrospective ? – que l’actualité autobiographique est de plus en plus foisonnante et éparpillée. Mon choix risquait d’être plus subjectif que jamais : iI semblait du coup plus raisonnable de tenter cette gageure en duo, deux paires d’yeux valant mieux qu’une pour scruter l’actualité intense des années écoulées. (FST)

 

2002 – Grégoire Bouillier, Rapport sur moi

« Ce sont des choses qui arrivent », dit la quatrième de couverture de ce petit livre halluciné et hallucinant, récit d’une enfance tragico-carnavalesque dans une famille où la folie (chacun la sienne) explose comme un geyser au milieu du salon. Est-ce encore une autobiographie où déjà un roman ? Ni l’un ni l’autre, dit Grégoire Bouillier : le compte rendu corrosif qu’il fait de la vie, la sienne et celle des autres, est surtout l’arène d’une impressionnante tauromachie langagière, où l’ironie se dresse contre le désespoir. Ne reste au lecteur fasciné qu’à compter les banderilles.

2003 – Création des éditions « La Cause des Livres »

Militante de la transmission de la mémoire, Martine Lévy entame une belle aventure éditoriale où autobiographies et journaux personnels occupent une place de choix.  Avec passion, elle édite des textes auxquels elle croit et qui ne laissent pas indemne le lecteur : entre autres, La Rivière au bord de l’eau d’Opal Whiteley, le Journal 1902-1924 d’Aline R. de Lens, Mes souvenirs : histoire d’Alexina / Abel B d’Herculine Barbin, La Traversée imprévue (adénocarcinome) d’Estelle Lagarde…

2004 – « Moi ! Autoportraits du XXe siècle », exposition au Musée du Luxembourg

153 autoportraits sont présentés au musée du Luxembourg. Certes les lieux sont un peu exigus et les autoportraits parfois s’entrechoquent. Mais quel foisonnement de techniques et quels miraculeux face-à-face, à en avoir le vertige ! L’autoportrait, ça semble simple et c’est terriblement compliqué, et ça ne se simplifie pas au XXe siècle où l’art s’est affranchi du devoir de ressemblance.    

2005 – « Genèse et autofiction », journée d’études à l’École Normale Supérieure

Pour la première fois, l’autofiction entre par la grande porte dans le champ universitaire. Sous l’égide de Catherine Viollet et Jean-Louis Jeannelle, des théoriciens, des écrivains et des cinéastes viennent exposer leur vision et leur pratique de l’autofiction, concept aussi mouvant que miné. Trois ans plus tard, c’est l’auguste enceinte de Cerisy-la-Salle qui accueillera la décade Autofiction(s) suivant la même formule : un dialogue entre créateurs et théoriciens, aux prises avec un mot décidément pluriel. En 2011, nouvelle décade : Cultures et autofiction, avec cette fois un œil sur la littérature d’Afrique.

2006 – Soutenance de thèse, « Pour une histoire de l’intime, sexualités et sentiments amoureux en France de 1920 à 1975 » par Anne-Claire Rebreyend.

Anne-Claire Rebreyend soutient à l’université Paris-VII une thèse qui considère l’intime sous l’angle de l’addition de l’amour et des sexualités. Elle a eu recours pour ses recherches sur les représentations de la sexualité à des archives autobiographiques d’individus dits « ordinaires » et, entre autres, aux archives de l’APA (247 textes consultés). Cette enquête patiente débouche sur un texte riche et nuancé, qui retrace avec précision et finesse la longue et chaotique progression vers la libération des discours sur la sexualité. La thèse a donné lieu à un ouvrage érudit (Intimités amoureuses – France 1920-1975) puis à un bel album intelligent (Dire et faire l’amour, 2011).

2007 – Sophie Calle « Prenez soin de vous », exposition à la Biennale de Venise.

En 2007, Sophie Calle est l’artiste choisie pour représenter le pavillon français à la Biennale de Venise. Quatre ans après M’as-tu vue, sa grande rétrospective à Beaubourg, la plasticienne fait un retour remarqué, en offrant en pâture à cent sept femmes la lettre de rupture de son amant. Le résultat est cruel, drôle, intelligent, dérangeant, profond, émouvant. On n’en saura guère plus sur les motivations de l’amant, anéanties par le feu roulant de ces interprétations ; mais on en apprend, par ricochet, beaucoup sur les femmes et leur manière de penser l’amour au début du XXIe siècle.

2008 – Hélène Berr, « Journal »

Après avoir été conservé par sa famille, qui l’a déposé au mémorial de la Shoah, le journal d’Hélène Berr (1942-44) est publié chez Tallandier avec une préface de Patrick Modiano. Avant de mourir à Bergen-Belsen en 1945, cette jeune agrégative d’anglais aura eu le temps d’écrire, de faire de la musique, et de vivre les joies d’un premier amour. Mais surtout de porter l’étoile, de voir sa famille persécutée, et sa vie tout entière se refermer autour de la terreur, des humiliations et du spectre de la mort. Elle note : « j’ai un devoir à accomplir en écrivant, car il faut que les autres sachent. » Dans la nuit qui l’enserre, dans sa poignante lucidité, son écriture est la beauté même.

2009 – Alain Cavalier, Irène

Chaque film du Filmeur est pour les Apaïstes un événement attendu. Celui-ci ne fait pas exception. Cavalier, c’est la vérité une caméra à la main, l’art de toucher au plus vif, au plus dépouillé des émotions humaines, dans un calme, une lenteur, un art méditatif du regard. Ici, un homme recherche le souvenir d’une jeune morte, avant sa tragique disparition. Il accroche les souvenirs, fragmentaires, à une maison, aux pages du carnet d’Irène, l’accompagne de ses silences, du fantôme d’un amour brisé. On entre dans leur histoire. On est dans leur histoire. Qui peut dire, devant un tel partage, que l’autobiographie est un art solipsiste ?

2010 – Mathieu Simonet, Les Carnets blancs, Seuil ;  blog

Ou comment un avocat parisien, diariste depuis l’enfance, décide de sacrifier ses carnets, à cause de l’exiguïté de l’appartement de son ami. Les carnets blancs racontent l’organisation (très inventive) de leur disparition, tout en revenant sur leur contenu, dans l’exigence – souvent troublante – d’un dévoilement total. Ce suicide du journal ayant de quoi intriguer et déranger, un blog (http://mathieusimonet.com) détaille le sort des cent premiers carnets : leur transformation en saucisson, en robe ou en parfum, leur noyade, leur conservation à l’Elysée ou dans une station de métro. Aux dernières nouvelles, le jeu continue…

2011 –  Annie Ernaux, Écrire la vie, Gallimard, Quarto

Quel bonheur de pouvoir posséder en un seul volume les principales œuvres d’Annie Ernaux, regroupée en un Quarto aisément portatif ! « Écrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle. » (juillet 2011) L’ordre des textes choisis – du roman autobiographique Les Armoires vides à l’autobiographie impersonnelle, Les Années – n’est pas celui de leur parution mais celui « du temps de la vie, entre l’enfance et la maturité ». Au début du volume, une tentative originale pour biographer sa vie autrement : un photojournal constitué par l’articulation de photos familiales et d’extraits du journal intime inédit, une « façon d’ouvrir un espace autobiographique différent. »

2012 – L’intégrale des Confessions par William della Rocca

Depuis février 2007, William della Rocca s’est lancé dans le pari incroyable de mettre en voix les douze livres des Confessions de Rousseau. Avec pour seuls accessoires un lutrin, un cahier, une chaise et une tasse à thé, le comédien fait revivre le texte de Rousseau, confesse en «  une entreprise qui n’eut jamais d’exemple » les étapes d’une vie tourmentée. Habité par le texte, il le fait redécouvrir au lecteur devenu auditeur. Performance inouïe, au sens premier du terme, qui est arrivée à son terme en juin 2012 puisque William della Rocca a dit – non pas récité ni joué ni même interprété – l’intégralité des Confessions. Que souhaiter de plus pour le tricentenaire de la naissance du philosophe et pour le vingtième anniversaire de la création de l’APA ?

Véronique Montémont et Françoise Simonet-Tenant

 

Soutenance de thèse d’Alexandre Antolin sur Violette Leduc (Lille, 19 novembre 2019, 14h)

« « La société se dresse avant que mon livre ne paraisse » Étude d’un cas de censure éditoriale dans les années 1950 : Ravages de Violette Leduc » : Alexandre Antolin présente une thèse sous la direction de Mme Florence de Chalonge, dans l’unité de recherche « Analyses Littéraires et Histoire de la Langue » au sein de l’École Doctorale Sciences de l’Homme et de la Société.

La soutenance aura lieu le 19 novembre à 14h00 à l’adresse suivante :

F0.44 – Université de Lille – Campus Pont-de-bois, rue du Barreau, Villeneuve d’Ascq.

Prix Clarens du Journal Intime : Sélection finale

Prix Clarens du Journal Intime

Sélection finale 

Le 10 octobre, pour la sélection finale du Prix Clarens du journal intime, le jury a retenu les quatre titres suivants :

Julien Green
Journal intégral, tome 1, 1919-1940
Texte établi par Guillaume Fau, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond. 
Collection Bouquins 

Sándor Márai 

Journal, Les années hongroises, 1943-1948, Tome 1
Traduit du hongrois par Catherine Fay, postfacé par András Kányádi et annoté par Catherine Fay
   et 
András Kányádi. 
Albin Michel

Goliarda Sapienza
Carnets
Traduit de l’italien par Nathalie Castagné.
Le Tripode 

John Steinbeck
Jours de travail, Les journaux des Raisins de la colère 
Traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina.
Seghers

Le jury est composé de Daniel Arsand, Monique Borde, Michel Braud, Béatrice Commengé, Colette Fellous, Jocelyne François, Gilbert Moreau (président du jury) et Robert Thiery. Il se réunira le 21 novembre pour désigner le lauréat.


Plus d’informations sur les sites du Prix Clarens du Journal intime et de Les Moments littéraires

Exposition : Valérie Mréjen, Soustraction (18 oct. 2019-16 fév. 2020)

Soustraction, Valérie Mréjen

Du 18 octobre 2019 au 16 février 2020

 

Valérie Mréjen a passé la collection de l’IMEC au peigne fin. Délaissant les grands manuscrits, elle s’est emparée des archives minuscules, objets « sans qualités » : photographies hasardeuses, cartes postales oubliées, listes disparates, notes gribouillées… Dans ces images, Valérie Mréjen a créé une réserve, un retrait dans l’image, un «blanc» qui dès lors appelle un nouveau récit. En intervenant dans la matière même des documents pour composer de nouveaux objets (zoom, recadrage, mise en série…) l’artiste fait surgir des archives toutes les histoires possibles et révèle l’une des vérités de la recherche : il s’agit toujours d’une extraction, d’un choix qui ouvre la voie à la réinvention et à la fiction. Avec ce projet, aussi plastique que littéraire, l’artiste nous montre que rien ne disparaît ni ne s’épuise jamais, et que les archives sont toujours sensibles à la vivacité d’une relecture.

Abbaye d’Ardenne
Du mercredi au dimanche | de 14h à 18h
Entrée libre et gratuite
Carte postale de Forte dei Marmi (Italie), 1970. Archives Robert Abirached/ IMEC.

Conférence : Violette Leduc-Simone de Beauvoir, les enjeux d’une rencontre (A. Frantz, Bibliothèque Faidherbe, Paris 11, 17 octobre, 19h-21h)

Cette conférence d’Anaïs Frantz revient sur la rencontre entre les deux femmes de lettres, et propose des pistes pour introduire la lecture de « L’Affamée ». Il sera aussi question de censure et d’autocensure dans l’œuvre de Violette Leduc.

anais frantz

Violette Leduc et Simone de Beauvoir : l’événement d’une rencontre et l’écriture de L’Affamée. Nous sommes en février 1945. Violette Leduc est à un tournant de sa vie. Trafiquante en faillite, elle va troquer son cache-beurre pour une chemise cartonnée où glisser des feuillets manuscrits et devenir écrivaine. La rencontre avec Simone de Beauvoir est décisive, au plan littéraire mais aussi amoureux. Elle donne lieu à l’écriture de l’un des plus grands textes de la littérature de langue française sur la passion amoureuse que le XXe siècle ait produit : L’Affamée (1948). Cette conférence revient sur la rencontre entre les deux femmes de lettres, interroge les enjeux de cet « événement » biographique et poétique et propose certaines pistes pour introduire la lecture de L’Affamée.

Anaïs Frantz (éd.), Violette Leduc, genèse d’une œuvre censurée, Presses Sorbonne Nouvelle, 2019. L’œuvre de Violette Leduc (1907-1972) a paru mutilée. À la censure éditoriale qui affecta le roman Ravages (1955) s’ajoutèrent l’autocensure qui s’ensuivit ainsi que les interventions de Simone de Beauvoir dans le projet et l’édition de la trilogie autobiographique : La Bâtarde (1964), La Folie en tête (1970), La Chasse à l’amour (1973). L’étude des manuscrits de Violette Leduc éclaire la genèse de cette œuvre expurgée, des premiers écrits à l’édition posthume du dernier livre, tout en mettant en évidence la miraculeuse entrée en littérature de la bâtarde d’Arras à laquelle, en 1945, s’ouvrirent les portes du Café de Flore puis des éditions Gallimard. Composé de documents d’archive, de reproductions de manuscrits et de textes inédits accompagnés d’analyses littéraires produites par des spécialistes, ce volume propose de la vie et de l’œuvre de Violette Leduc une approche renouvelée.

Secrétaire de L’Association des amis de Violette Leduc, Anaïs Frantz est docteure en littérature et civilisation françaises. Sa thèse de doctorat a paru aux éditions Honoré Champion sous le titre Le Complexe d’Eve : la pudeur et la littérature. Lectures de Violette Leduc et Marguerite Duras en 2013. Elle enseigne dans les Universités américaines de Paris et travaille au sein du groupe « Violette Leduc » de l’ITEM (équipe « Autobiographie et Correspondances») sur les manuscrits de Violette Leduc.

Gratuit sur réservation à : mediatheque.violette-leduc@paris.fr

Page de la conférence ici.

Renée Vivien : 13 poèmes mis en musique et en dessin

Notre amie Suzette Robichon nous signale la sortie d’un recueil de treize poèmes de Renée Vivien mis en musique et chantés par Pauline Paris, illustrés par Elisa Frantz et présentés par l’excellente Hélène Hazéra. Rappelons que Nelly Sanchez présentera la 6 juin 2020 au séminaire la correspondance de Renée Vivien (à paraître aux Editions du Mauconduit).

 

 

Lire le communiqué intégral ici

Création du prix Clarens du journal intime

Création du Prix Clarens du Journal Intime 

Depuis 20 ans, la revue Les Moments littéraires s’est donné pour objectif de promouvoir l’écrit intime en publiant récits autobiographiques, journaux intimes et correspondances …

À ce jour, le journal est la seule composante de l’écrit intime à ne pas être célébrée par un prix. En effet, chaque année, Le Prix Saint-Simon couronne un livre de mémoires, le Prix Jean-Jacques Rousseau, des œuvres autobiographiques ou d’autofiction et le Prix Sévigné, un livre de correspondances. Pour remédier à cette lacune, Les Moments littéraires crée, en partenariat avec la Fondation Clarens, le Prix Clarens du journal intime.

Décerné annuellement, ce prix d’une dotation de 3.000 € récompensera un journal intime paru en première édition durant l’année écoulée.

Le jury est composé de Daniel Arsand, Monique Borde, Michel Braud, Béatrice Commengé, Colette Fellous, Jocelyne François, Gilbert Moreau (président du jury) et Robert Thiery.

Réuni le 14 juin, le jury a dévoilé la première sélection pour le prix 2019 :

• Willy Cohn Nul droit, nulle part.Journal de Breslau, 1933-1941Présenté, annoté et édité par Norbert ConradsTraduit de l’allemand par Tilman ChazalCalmann-Lévy, Collection Mémorial de la Shoah
• Lawrence Ferlinghetti La vie vagabonde.Carnets de route (1960-2010), traduit de l’anglais par Nicolas Richard, Seuil.
• Cees Nooteboom 533. Le livre des jours, traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud.
• Goliarda Sapienza, Carnets, traduit de l’italien par Nathalie Castagné Le Tripode
• John Steinbeck, Jours de travail. Les journaux des Raisins de la colère, traduit de l’anglais par  Pierre Guglielmina Seghers, Collection « inédit »
• Giani Stuparich, L’année 15. Journal de guerre, traduit de l’italien par Carole Walter, Verdier

Le jury se réunira à nouveau le 10 octobre pour sélectionner les 4 livres finalistes.

Plus d’informations sur les sites du Prix Clarens du Journal intime et de Les Moments littéraires