Christine Delory-Momberger, En s’enfonçant dans la forêt (Arnaud Bizalion, 2022)

Christine Delory-Momberger nous informe de la parution de son dernier ouvrage, En s’enfonçant dans la forêt (éditions Arnaud Bizalion )

« L’ouvrage est composé de deux livres en un qui se répondent, accompagnent et racontent, l’un avec des images, l’autre avec des mots, un voyage à travers les arcanes de la mémoire, à la rencontre de mondes perdus. Je reprends sous cette forme dans le geste répété de fouille de l’image une enquête familiale que je mène depuis EXILS / RÉMINISCENCES et je l’ouvre à un dialogue hybride et fécond entre images et textes.

Une fouille qui jamais ne cesse. Toujours le chemin va, et toujours il me ramène à cette terre des commencements. Terre secrète, voilée des brumes de l’oubli et plombée du silence des exils de ma famille. Lieu hors du temps, lieu de l’écart où affleurent des images, saisies dans la fugacité de leur passage. Des visages apparaissent, des corps se donnent, des mémoires se dessinent. Et toujours je reviens à cette terre houlée de réminiscences qui l’habitent.« 

Christine Delory-Momberger

Photographies et textes poétiques de Christine Delory-Momberger Postface de Christiane Vollaire, philosophe. Conception graphique de Dominique Mérigard

Un livre publié par Arnaud Bizalion . Site de l’éditeur www.arnaudbizalion.fr

Livre en deux parties / 18,6 x 27 cm Intérieur 1 : 48 pages couleur Intérieur 2 : 32 pages imprimées Couverture cartonné cousu – 22 €


Soutenance de thèse de Sara Ziaee Shirvan (17 décembre 2021, 14 h, ENS Jourdan)

Nous avons le grand plaisir de vous annoncer que Sara Ziaee Shirvan, membre de l’équipe A&C, soutiendra le 17 décembre 2021 à 14h00 sa thèse intitulée : « La reconstruction de l’identité personnelle par la photographie, dans les autobiographies d’Annie Ernaux, d’Anny Duperey, d’Hervé Guibert et de Lydia Flem ».

Adresse: ENS Jourdan, 48 boulevard Jourdan, Paris 14e, Salle R1-08

Le passe sanitaire sera obligatoire

L’accident, l’abus sexuel, le viol, le harcèlement moral, la violence, l’humiliation sociale et professionnelle ou encore la guerre sont parmi des causes probables du traumatisme d’un individu pour qui des effets post-traumatiques peuvent être omniprésents durant plusieurs années, et paralyser conséquemment certains aspects ou la totalité de sa vie.

Edvard Munch, Le Cri

La présence du traumatisme dans la littérature, qui n’a pas seulement attiré l’attention de nombreux écrivains, mais aussi des théoriciens, des philosophes ou encore des psychologues, nous a mené à nous demander de quelle manière l’événement traumatisant – qui rend l’individu sidéré et le pousse dans l’ombre et le silence – peut paraître dans la littérature et être traduit par elle. Notre hypothèse consiste ainsi à tenter de prouver comment l’auteur, après l’expérience d’un événement traumatisant, reconstruit son identité dans un récit de soi et à examiner quel est le rôle de la photographie dans ce processus de reconstruction. Les quatre auteurs de notre corpus – Annie Ernaux, Anny Duperey, Hervé Guibert et Lydia Flem –, ont été choisis selon deux points essentiels qu’ils ont en commun : l’expérience traumatisante, qui est exprimée dans leurs récits de soi, et l’emploi de la photographie pour réaliser ou accomplir leur pratique littéraire. La problématique qui apparaît est que, premièrement, la notion d’identité est assez complexe à définir et qu’elle doit être considérée dans ses rapports, d’un côté, au temps et aux différents composants de l’identité et, de l’autre côté, au soi et à autrui ; deuxièmement dans certains cas, comme la maladie, la souffrance, la honte et les tabous sociaux ou encore la perte des proches, les événements traumatisant ne peuvent pas être racontés et mis en scène à cause des manques langagières, des refoulement et des oublis. Les projets de la narration exigent, par conséquent, l’usage d’un dispositif photographique pour permettre aux auteurs d’exprimer l’indicible et le refoulé. C’est dans cette perspectif que la photographie et la littérature se croisent et qu’une étude psychanalytique (particulièrement les notions du traumatisme, de la résilience, ou des actes manqués) permettra d’analyser plus profondément la quête identitaire des auteurs.

Ainsi, dans ces recherches, nous nous appuyons sur des axes d’études divers tels que sociologiques, psychanalytiques ou philosophique, afin d’analyser certaines questions-clés autour du concept de l’identité, de la photographie et son essence, du récit de soi et de ses fonctions dans la reconstruction de l’identité, du traumatisme et de ses effets sur la vie, ou encore de la photographie en tant que genre hybride.

MOTS CLÉS

Récit de soi, Traumatisme, Identité, photographie, photobiographie

Si vous souhaitez assister à la soutenance, contactez autobiosphere[arobase]orange.fr, qui transmettra.

ABSTRACT

An accident, a sexual assault, a rape, a moral harassment, any type of abuse or violence, social and professional humiliation or even war are among the probable causes of an individual’s trauma for whom post-traumatic effects can be omnipresent for several years, and consequently paralyze certain aspects or even his whole life.

The presence of trauma in literature, which has attracted the attention not only of many writers, but also theorists, philosophers and psychologists, has led us to wonder how the traumatic event – which makes the individual staggered and pushes him into shadow and silence – can appear in the literature, and be interpreted by it.

Our hypothesis thus consists in trying to prove how the author, after the experience of a traumatic event, reconstructs his identity in a self-narrative and to examine what is the role of photography in this reconstruction process. The four authors of our corpus – Annie Ernaux, Anny Duperey, Hervé Guibert and Lydia Flem – were chosen according to two essential points they have in common: the traumatic experience, which is expressed in their self- narratives and the use of photography to achieve or accomplish their literary practice.

The problem that emerges at first is that the notion of identity is quite complex to define and it must be considered in its relations, on one hand, to time and to the different components of identity and, on the other hand, to oneself and to the others; Secondly, in some cases, such as illness, suffering, shame and social taboos or the loss of loved ones, traumatic events cannot be recounted and staged because of language gaps, repressions and forgetfulness. For these reasons, self-narrative projects require the use of a photographic device to enable authors to express the unspeakable and the repressed. It is in this perspective that photography and literature intersect and that a psychoanalytic study (particularly the notions of trauma, resilience, or faulty acts) will allow a more in-depth analysis of the authors’ quest for identity.

Therefore, in this research, we rely on various axes of study such as sociological, psychoanalytic or philosophical, in order to analyze certain key questions around the concept of identity, of photography and its essence, of self-narrative and its functions in reconstructing identity, trauma and its effects on life, or photo-biography as a hybrid genre.

KEYWORDS

Autobiography narratives, Trauma, Identity, Photography, Photobiography

Les photos d’Anny (Anny Duperey, Seuil, 2018)

61SiRDFBKHLAvec Les Photos d’Anny, publié comme ses précédents ouvrages aux éditions du Seuil, Anny Duperey poursuit l’élaboration d’une lente, patiente, minutieuse et passionnante entreprise autobiographique, un dévoilement, au sens propre, puisqu’il s’agit, pas à pas, de soulever ce « voile noir » qui s’abattit sur elle et obtura sa mémoire après la mort brutale de ses parents, lorsqu’elle avait huit ans et demi. Anny Duperey a longuement observé les photos de son père (Le Voile noir, 1992 ; Lucien Legras, photographe inconnu, 1993) et a tenté à travers lui de comprendre qui était ce jeune photographe qui se levait aux aurores pour capter la brume et la lumière. Dans Les chats de hasard (1999), c’est sa relation aux animaux qui se fait le médiateur de cette mémoire enfouie, jamais recouvrée. Le Rêve de la mère, paru en 2017, revenait sur une figure familiale centrale, la tante de l’auteur, qui a élevé la petite fille, tout en retraçant la naissance de la passion d’Anny Duperey pour la peinture, sa première formation, puis les arts du cirque, une passion dont elle découvrira qu’elle avait été en partie héritée de sa mère. Mais dans Les Photos d’Anny, un pas supplémentaire est franchi puisque, pour la première fois, l’artiste évoque sa propre relation à la photographie, sur laquelle elle était restée jusqu’alors silencieuse. Or, comme le livre le montre, son premier appareil, le Rolleiflex Leica qui lui tombe entre les mains un peu par hasard lorsqu’elle était jeune femme, a été un fidèle compagnon de vie pendant plusieurs décennies. Il a permis une permutation des rôles chez une jeune femme qui a utilisé son métier d’actrice comme rempart contre son chagrin : derrière son appareil, elle « n’étai[t] plus qu’un regard et oubliai[t] le paraître ». Et comme tous les photographes dans l’âme, elle a pris goût à la traque de l’image, l’évaluation de la lumière, « l’affût pour réussir à capter un instant unique, fugitif ».

Pendant vingt ans, l’auteur accumule ainsi les images, que le livre présente sous forme de sections thématiques, qui correspondent aussi à ce que furent ses passions. Sans s’en rendre véritablement compte – elle n’a pas encore, à cette époque, reçu ni enfoui les plaques originales de son père dans une « commode-sarcophage » d’où elle mettra dix ans à les extraire –, elle remet ses pas dans ceux de Lucien Legras, choisissant comme lui de regarder ce qu’elle aime à travers un objectif. Elle se forme aux tirages, apprend les bains, la manipulation du matériel, se passionne pour le travail de laboratoire, répétant inconsciemment les gestes paternels. Elle porte son objectif d’abord sur les êtres qui lui sont chers : sa sœur Pitou, certains des hommes qu’elle a aimés, ses amis comédiens, réalisant d’eux des portraits qu’un photographe professionnel ne désavouerait pas. Mais elle capte aussi la nature, l’herbe haute, les chats, un oiseau perdu dans un mégapole américaine, des espadrilles trempées de pluie dans le Midi, et photographie pendant des mois, avec fascination, la démolition de la partie sud du quartier Montparnasse. « Si faire ces photos-là, parfois à la limite de l’abstraction, me séduisait autant, c’est peut-être parce que je m’approchais au plus près de la recherche photographique de mon père, tout près, si près… » Jusqu’au jour où son agrandisseur, pour une raison mystérieuse, se dérègle, lui inspirant l’envie d’en acheter un neuf et le projet de l’utiliser pour développer les images de son père, qu’elle regarde pour la première fois… On connaît la suite.

Ce livre extrêmement riche d’images (186 pages illustrées), écrit comme toujours d’une plume limpide, sincère et élégante, nous fait pénétrer dans l’univers d’une véritable photographe, dont les images séduisent par leur beauté intrinsèque. Mais le texte qui les accompagne et en retrace la genèse les charge de surcroît d’un sens nouveau, ce qui permet aussi de les apprécier comme les pièces supplémentaires d’une fragile mosaïque de mémoire. De livre en livre, Anny Duperey raconte magnifiquement comme l’art, les arts, lui ont servi de passerelle pour se réapproprier son passé et en transcender la cicatrice douloureuse, lui permettant d’aller, librement et lucidement, du côté de la vie.

Anny Duperey, Les Photos d’Anny, Paris, Seuil,  2018, 186 p. ill.

© Hélène Gestern / La Faute à Rousseau, 2018

 

 

 

 

Parution : Arnaud Genon, Les Indices de l’oubli (Reine Blanche, 2019)

Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution des Indices de l’oubli, le dernier ouvrage de notre ami Arnaud Genon.

Présentation de l’éditeur : 

Le feuilletage de l’album de famille est un geste universel qu’Arnaud Genon transforme en geste littéraire. Les Indices de l’oubli propose une réflexion sensible et délicate sur nos rapports avec les vieux albums de photos de famille. Parallèlement, l’auteur s’interroge sur le souvenir que nous gardons des êtres qui ne sont plus, ce qui le conduit à poser également la question de l’immuabilité de notre identité. Même si le point de départ de ce récit est une expérience personnelle, celle-ci livre-les-indices-de-oublirésonne immédiatement chez le lecteur qui se sent happé dans le cadre de la réflexion.

Extrait de la préface, par Marta Caraion :

 On pense à Annie Ernaux et aux photographies qui, dans Les Années, organisent le récit et restituent le temps social et intime, images absentes que le lecteur, par procuration, découvre et souvent reconnaît, car ce sont les photos de tout le monde, ou du moins les photos d’un monde qui a la familiarité de l’album de famille, sorte d’objet universel et partagé. Arnaud Genon inscrit son projet dans ce qu’il convient peut-être de considérer désormais comme un genre : dans un monde d’images virtuelles, l’archéologie familiale, photographique, devient l’expression contemporaine de la mélancolie. On rêvait, au XIXe siècle, à la vanité de toutes choses en contemplant les ruines des civilisations disparues ; on se plonge à présent dans les traces que les familles ont voulu laisser d’elles-mêmes, photographies qui, pour nous encore – mais pour combien de temps ? –, sont des objets matériels, des vestiges nostalgiques offerts au décryptage et à la déploration.

 

Informations

Editeur : Editions de la Reine Blanche
http://editionsdelareineblanche.fr/les-indices-de-l-oubli.html

Date de parution : 07/08/2019

ISBN : 9782955891056