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Retrouvez les articles, études et notes de lecture proposés par Autobiosphère sur notre page de sommaire. Quelques articles ou études d’auteurs ici en accès direct pour vous donner un avant-goût, mais bien d’autres vous attendent. Bonne lecture !

Janine AltounianRené DepestreE. Bloch-DanoGrégoire BouillierRenée Vivien
Hélène BerrMarie ChaixAnnie ErnauxMichèle GazierHélène Hoppenot
Benoîte GroultMichèle GazierMaurice GarçonFrançois GardeHarry Mathews
Armen LubinYves NavarreGeorges PerecJacques RoubaudPhilippe Lançon
Raymond QueneauSophie CallePhilippe Lejeune Joyce Carol OatesClaire Paulhan
Violette LeducFrançois II RákócziC. RochefortBlossom DouthatR. Depardon
F. d’EaubonneRomain GaryXavier CercasA. Spire / O FischerV. de Watteville

Séminaire Autobiographie et Correspondances, saison 2021-2022 : « Ecrire la biographie »

Vous l’attendiez avec une impatience non dissimulée, le voici : le programme de la nouvelle saison du séminaire Autobiographie et correspondances, qui sera cette année consacrée à l’écriture de la biographie, avec comme d’habitude quelques incursions du côté du journal et de la correspondance.

Samedi 20 novembre 2021 – 10h-13h – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Françoise Simonet-Tenant : Le Site Ecrisoi
Véronique Montémont : Biographie et contexte : éditer les mémoires politique d’Albert Beugras

Samedi 11 décembre 2021- 10h-13h – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Janine Altounian, entretien autour de L’Effacement des lieux (PUF, 2019)
Hélène Gestern : La biographie subjective (autour d’Armen, Arléa, 2019)  

Samedi 15 janvier 2022 – 10h-13h00 – Salle Beckett, 45 rue d’Ulm
Laurence Santantonios : la collection « Le Dire et l’Ecrire », autour des fonds APA (avec plusieurs auteurs de la collection)

Mardi 15 février 2022, 17h-19h, Amphi Jaurès, séance commune avec le séminaire général
Jean-Marc Hovasse invite Bertrand Marchal : « Mallarmé, correspondance et genèse »

Jeudi 17 mars 2022 – 17h-19h – Salle Paul Langevin, Bâtiment Jaurès, 29 rue d’Ulm
Entretien avec Evelyne Bloch-Dano, biographe
Nicolas Malais et Sophie Pujas, présentation de Journaux intimes, raconter la vie (Gallimard/Hoëbeke, 2021)

Samedi 14 mai 2022 – 10h-13h – Salle Celan, 45 rue d’Ulm
Guy Ducrey, présentation de la correspondance de Jean Cocteau et Georges Gréciano
Bernard-Marie Garreau, Les Dimanches de Carnetin

Journée d’études « Epistolaire et biographie » (Rouen, 24 septembre 2021)

Françoise Simonet-Tenant propose une journée d’interventions, d’entretiens et une table ronde autour des liens entre l’usage des lettres et l’écriture de la biographie.

Y interviendront tour à tour José-Luis Diaz, Pierre-Jean Dufief, Geneviève Haroche-Bouzinac, Philippe de Vita. Evelyne Bloch-Dano parlera de son dernier ouvrage, L’Ame soeur, biographie de Natalie Bauer-Lechner, et l’après-midi se terminera par une table ronde : « Que fait le biographe des lettres, et à quelles fins ? » , avec Françoise Simonet-Tenant, Stéphanie Genand, Jean-Marc Hovasse, Sylvain Ledda et Florence Naugrette.

Une rencontre aura lieu à la librairie Colbert à partir de 17h15 autour d’Armen, biographie du poète Armen Lubin, d’Hélène Gestern.

L’entrée est libre et gratuite ; le passe sanitaire sera toutefois exigé pour la journée d’études et la rencontre en librairie.

Vous pouvez télécharger le programme intégral ici.


Proust en questions (Evelyne Bloch-Dano, Une jeunesse de Marcel Proust, 2017)

Une-jeunee-de-Marcel-ProustTout le monde connaît le questionnaire de Proust ; beaucoup pensent qu’il l’a même inventé. Mais non seulement le futur auteur de la Recherche n’a fait qu’y répondre, mais en plus, il ne fut pas le seul à se livrer à l’exercice. Dans un passionnant essai, intitulé Une jeunesse de Marcel Proust, Évelyne Bloch-Dano livre le récit de la redécouverte de ce texte, qui en réalité connut deux versions :  Proust répondit pour la première fois en 1887, alors qu’il était âgé de treize ans, et une seconde fois trois ans plus tard. Dans le premier cas, il a écrit dans un album intitulé Confessions. An Album to Record Thoughts, Feelings & c. : ce type de petit livre imprimé, très en vogue, était vendu à Paris dans sa version anglaise (so chic !) dans les années 1890 ; il comportait des pages préimprimées avec une série de questions, plus ou moins personnelles. Il était d’usage de faire circuler ces albums auprès de ses ami(e)s, durant ses goûters ; de soumettre, aussi, les adultes de son entourage au jeu, par politesse. La seconde série de réponses de Proust, cette fois bel et bien intitulée « Questionnaire », a été donnée trois ans plus tard et figure dans un autre album, Confidences de salon.

Le coup de génie de la biographe a ici consisté à s’intéresser au reste du cahier dans lequel figuraient les réponses de Proust ; celui-ci a appartenu à Antoinette Faure, la fille du futur président de la République, alors âgée de 13 ans. Car, sept ans après l’avoir vu dans une exposition, Évelyne Bloch-Dano réussit à voir, et même à photographier les autres pages de l’album d’Antoinette, qui, éclipsées par la notoriété de Proust, avaient été négligées : et ce qu’elle découvre, à travers les 42 séries de réponses conservées, c’est le portrait d’une génération adolescente, celle des enfants d’une bourgeoisie française aisée, qui prend ses quartiers d’hiver à Paris et ceux d’été sur la côte de Nacre, « un groupe social, des intérêts communs, des liens d’une famille à l’autre ». L’auteur a ainsi enquêté sur les profils familiaux des répondants et des répondantes qu’elle a identifiés, parvenant parfois à retracer une partie de leur curriculum vitae, tel celui du médecin de la famille, Victorine Benoît, ou celui de la professeur de piano, Wanda Wawroswska. Mais, plus précieux encore, elle reconstitue le milieu dans lequel fut élevé Marcel Proust, qu’un effet d’optique rétrospectif nous conduit à voir comme un génie singulier, météoritique et solitaire. Or, enfant, lui aussi a baigné dans cette atmosphère de nurses anglaises, de jeux au Parc Monceau, de leçons de piano, de lectures choisies et de réceptions entre familles du même cercle, une sociabilité dans laquelle il a puisé les nombreux détails qui nourrissent À l’ombre de jeunes filles en fleur.

En croisant les réponses, Évelyne Bloch-Dano a ensuite entrepris de dresser le « portrait type de l’adolescent de cette époque », avec ses idéaux, ses goûts, ses modèles, imprégnés de culture antique, d’aspirations matrimoniales, de patriotisme et de fantaisie mêlés : le tableau révèle la ligne de fracture qui sépare les filles de garçons, la façon dont les uns voient les autres. Les filles, et l’essai le souligne avec pertinence, sont encore éduquées dans la droite ligne de la domination masculine ; la jeune fille est considérée comme un être « inachevé, inaccompli, ignorant, soumis à l’autorité de ses parents en attendant celle de l’époux ».  Les réponses trahissent que certaines, pourtant, aimeraient regimber : elles admirent Jeanne d’Arc, Charlotte Corday, et plusieurs avouent qu’elles aimeraient être…des garçons, parce qu’à cette époque, pour « ouvrir l’horizon et s’approprier le monde, il faut être un homme » note l’analyste. Autre passionnant constat : l’émergence, par comparaison, de la singularité précoce de Marcel Proust. Alors que certains adolescents, surtout les garçons, concèdent des réponses farfelues, lui se livre avec la plus grande sincérité, sans craindre le ridicule ou le décalage. Son idea of misery ? « Être séparé de maman ». Qui aimerait-il être ? « Pline le Jeune ». Mais certaines de ses réponses montrent aussi l’exceptionnelle subtilité de son intelligence : il préfère les héros « qui sont un idéal plutôt qu’un modèle » ; quant aux qualités qu’il apprécie le plus, ce sont « toutes celles qui ne sont pas particulières à une secte, les universelles ». Rare maturité, pour un garçon si jeune, qui laisse aussi apparaître « son goût des nuances, son besoin de tendresse, son affectivité » selon les mots de la biographe.

Cette enquête aux rebondissements multiples, qui a mené l’auteur dans les archives départementales et celles de l’AP-HAP, au cadastre, à la BNF, l’a lancée sur les traces des journaux personnels des camarades de Proust aussi bien qu’à la poursuite d’émissions de télévision utilisant le questionnaire, nous fait aussi partager l’exaltation de la quête, les émotions et les déceptions de tout chercheur ; grâce à la précision de la documentation, deux pages singulières, ce questionnairedeproust en un seul mot, reprennent peu à peu, sous la plume ferme et vivante de l’auteur, leur épaisseur historique, au milieu de ce qui est aussi une fascinante  radiographie de l’adolescence de la fin du XIXe siècle. « Les biographes passent leur temps à faire revivre les disparus » écrit Évelyne Bloch-Dano : à partir de quelques lignes sur un cahier, elle a réussi le tour de force de ressusciter une époque.

Evelyne Bloch-Dano, Une jeunesse de Marcel Proust, Stock, 2017, 281 p.

© Hélène Gestern / La Faute à Rousseau (2017)