Mémoire cousue main : Norbert Czarny, Mains, fils ciseaux (Arléa, 2023) (Irène Bathori)

Tresser le récit d’enfance à partir des silences parentaux : une des formes de l’héritage léguée par un siècle que deux guerres – trois si l’on compte celle d’Algérie – traversèrent, entraînant leur lot de traumatismes enfouis, de dissimulations, de souvenirs tronqués, difficilement partagés car difficilement partageables. Comme Ivan Jablonka, Pierre Pachet, Stéphane Audoin-Rouzeau ou Françoise Milewski en ont témoigné, c’est alors aux enfants ou aux petits-enfants qu’échoit la tâche de rassembler les pièces éparses et de les coudre les unes aux autres en un récit, dans un geste qui tient de l’hommage et de l’amour.

Dans le cas de Norbert Czarny, la métaphore de la couture est à prendre au sens propre : dans Mains, fils, ciseaux, il s’agit bel et bien pour ce fils de tailleur de travailler à partir des bribes, images, paroles, voix.

« Avant que tout s’éparpille, se disperse et disparaisse, je collecte, je ramasse, je grappille et je glane […] Plus tard, j’écoute les vieux airs chantés par Fréhel ou Germaine Montero, je contemple les photos sépia qui racontent ce qui n’est plus et qui me touchent comme si j’y reconnaissais les miens. Je conserve, je mets de côté ; comme les boutons, les fils et les ciseaux crantés, ça peut servir. »

Le récit, qui fait abstraction de la chronologie, se déroule (se dévide ?) suivant des chapitres thématiques, qui s’arrêtent sur un souvenir, un objet, une sensation, lesquels entraînent le reste comme un aimant. Cette déambulation, autobiographique et biographique, permet à l’auteur de reconstituer la vie de ses parents, la part qu’il ignore et celle qui se confond avec ses souvenirs d’enfance ; de suppléer à leur mémoire brouillée par la maladie ou les médicaments.

Le narrateur a renoncé aux illusions d’exactitude il laisse l’écriture « flotte[r] dans le temps, dérive[r] », comme une surface sensible qui s’imprime au creux des sollicitations apportées par la vie. Comme chez Perec, c’est une histoire tragique qui se dit à mots couverts, où les noms et prénoms changeant : Szaba, venu de Pologne, qui devient Salomon en Allemagne qui devient Salek qui devient Serge en France, Dora enfant qui fugue pour voir son père prisonnier. Des images noires traversent le texte, crevant comme des bulles à sa surface, barbelés, châlits, tatouage, étoiles cousues sur la poitrine, boulevard Ornano. D’autres les rattrapent, l’enfance, un canari jaune, un atelier, des ciseaux crantés, les chemises dont on efface les plis, des naissances, des films, des chansons populaires, le goût de la vie, du labeur, du chaud soleil de la Terre promise, des retrouvailles.

 « J’essaye d’assembler les fragments, avant que tout ne s’envole avec moi » écrit Norbert Czarny. C’est cette modestie, cette patiente et douce lutte contre la dispersion qui structure ce récit dont le décousu n’est qu’apparent. Aucun éditeur n’ayant souhaité accueillir les souvenirs des parents et leur exactitude documentaire, c’est alors leur fils a pris la plume, autrement, puisque « glaner, écrire, c’est un même geste ». Ce faisant, Norbert Czarny érige son propre monument, au sens propre, dressé à ceux qu’on a pu voir comme des « gens de peu » : un dictionnaire de la tendresse filiale, entre émotion, respect, sobriété et pudeur, la collection minutieuse d’un homme qui se sait dépositaire de la voix de son père et de sa mère, et les accompagne dans les servitudes du grand âge avec un amour tel que l’épreuve en est transfigurée.

Norbert Czarny, Mains, fils, ciseaux, Arléa, coll. « La Rencontre », 2023, 173 p.

Appel à contributions de la revue génétique brésilienne Manuscritica

Olga Anokhina (ITEM) nous transmet un appel à contributions de la revue génétique brésilienne MANUSCRITICA pour un numéro consacré à la correspondance.

La date de soumission des textes est le 31 mai 2023.

La revue publie les textes rédigés en 4 langues : français, espagnol, anglais et portugais.

Le texte de l’appel :

https://www.revistas.usp.br/manuscritica/announcement/view/1485

« Correspondances et archives de la création »

Les lettres et les correspondances, sur leurs supports variés, renvoient en général aux processus créatifs dans les domaines de la littérature, des arts et de la science. Produites dans l’espace de l’intimité, elles participent d’une part à la genèse de l’œuvre, et témoignent, d’autre part, des différentes étapes de son élaboration, diffusion et réception critique. Le dossier Correspondances et archives de la création a pour objectif de souligner l’importance de la production épistolaire dans le domaine de la critique génétique et de problématiser sa contribution, en termes théoriques et méthodologiques, prenant en compte ses potentiels et ses limites. On espère ainsi obtenir une réflexion dense sur les liens entre l’épistolographie et la critique génétique, en dialogue avec la vaste production bibliographique sur le sujet. Ce dossier accueillera des articles, des compte-rendus, des interviews et la présentation et diffusion de lettres inédites, sujet directement lié à la thématique du dossier. 

Pour les normes des soumissions, consultez : https://www.revistas.usp.br/manuscritica/about/submissions

Enfant de Minuit : Mathieu Lindon, Une archive (POL, 2023) (H. Gestern)

S’il n’est jamais facile d’être l’enfant de ses parents, la tâche est particulièrement ardue quand on s’appelle Mathieu Lindon ; qu’on est journaliste, écrivain, et fils de Jérôme, fondateur et directeur des emblématiques éditions de Minuit. Outre qu’il a été l’une personnalités les plus marquantes de la vie éditoriale française après guerre, Jérôme Lindon a laissé en héritage un catalogue qui constitue l’un des fleurons de la littérature française (deux prix Nobel, trois si l’on compte Elie Wiesel, et deux Goncourt, entre autres). Une archive naît d’un refus ; ou plus exactement de la réticence d’Irène Lindon, qui a pris la succession de son père, et ne souhaite pas livrer la correspondance paternelle à de potentiels biographes.  Mais a-t-on besoin d’archive, se demande Mathieu Lindon, quand on est soi-même une vivante archive, née en 1955, et qui a grandi entourée de Samuel Beckett (« Sam »), Alain Robbet Grillet, Claude Simon, Pierre Vidal-Naquet ? La cession de la maison à Gallimard en 2021 est un autre des déclencheurs de son projet d’écriture :

« En réalité, je ne souhaite pas tant évoquer Jérôme que les éditions de Minuit, si prégnantes dans ma vie, telles que je les ai connues, telles qu’on me les a racontées, que je les ai vécues. Soudain, il me semble que ça rassemble ce sur quoi je tâche d’écrire depuis longtemps, tout ce sur quoi je pense devoir le faire : les éditeurs, les écrivains, ma vie dans les livres, depuis le premier jour. Ou peut-être, au contraire, sous prétexte de Minuit, pouvoir les écrire enfin, les livres autours des éditeurs, des écrivains, des livres, de mon père et moi. »

Jérôme Lindon au milieu des auteurs des Editions de Minuit. Photographie Mario Dondero, 1959.

On ne trouvera pas dans Une archive d’anecdotes croustillantes ou de petits secrets honteux. De la première à la dernière ligne, Mathieu Lindon est attentif à ce que le livre ne vire pas au portrait charge, ni ne dresse sa propre statue au Commandeur, ce qu’il aurait si facilement pu faire tant la personnalité de Jérôme Lindon était redoutable. Quant aux auteurs, Beckett, objet d’un « coup de foudre » et dont Lindon assurera la renommée jusqu’au Nobel, Duras, Simon, Pinget – ils sont saisis dans des instants de vie qui révèlent un peu d’eux – un match de rugby, la crainte d’un impair à table, une partie de pétanque ou un tête-à-tête complice –, sous le regard de l’enfant ou de l’adolescent qu’était Mathieu.

Ce livre n’est pas un récit linéaire et chronologique, pas un essai d’histoire littéraire, mais une méditation qui a la douceur des ressassements, quand on s’interroge sur soi ; sa progression circulaire est prise dans une phrase souvent complexe, qui tourne autour du passé pour y happer des moments, dont certains reviendront tel un leitmotiv. Ainsi de la rupture paternelle avec André, le frère aîné, dont Jérôme ne verra jamais les enfants, ses seuls petits-enfants, et qui l’obsèdera. Tout comme l’obsèdera l’un de ses derniers combats, la question du prix unique du livre, défendue avec fureur et le succès qu’on sait.

De Jérôme Lindon, nul n’ignore combien il a pu être courageux, littérairement et politiquement, imperméable à toutes formes de pression, subissant menaces et même un plasticage de l’appartement familial dont Mathieu se souvient : il ferraillera contre la torture en Algérie, pour la Palestine, pour le Syndicat National de l’Edition. Sa personnalité est contrastée : pleine d’intelligentillesse, selon un mot que Mathieu Lindon aime à reprendre, mais aussi vivant avec l’amour du pouvoir chevillé au corps, un pouvoir d’autant plus fort exercé, jusqu’à des formes souterraines de chantage, que l’éditeur bâtit un véritable royaume, éditorial, intellectuel et littéraire, dont il est le seul monarque malgré la présence d’Alain Robbe Grillet à ses côtés. « La manipulation était sa façon d’être » écrit de lui son fils ; simplement, la puissance ne cherche pas à nuire, plutôt à servir un idéal professionnel porté si haut qu’il conduit à une « ivresse dominatrice dont il ne se rendait plus compte ».

La question de la succession aurait pu déchirer le lien entre le père et le fils.  Des éditions de Minuit, Mathieu Lindon s’est « éloigné » calmement, ne se sentant pas l’étoffe du successeur, pressentant peut-être aussi ce qu’une coexistence professionnelle allait leur coûter, à l’un comme à l’autre. Il a dirigé un temps la revue Minuit, tandis que les rênes de la maison sont allées à Irène ; occasion là aussi de méditer sur ce qu’hériter veut dire, comment on peut continuer d’être affectivement et intellectuellement solidaire d’une histoire dont on n’est plus, de son propre choix, partie prenante :

« Les éditions étaient plus qu’un symbole pour moi. Elles n’étaient pas ma chair et mon sang mais de ma chair et de mon sang, pas mon identité mais une partie d’elle. Elles étaient là, familières, même quand je n’avais aucun rapport spécial avec elles, sinon qu’elles avaient toujours été là et le seraient toujours. Elles étaient plus concrètes qu’un symbole : un morceau de ma vie, un énorme morceau de ma vie dont je pouvais m’éloigner mais qui n’en resterait pas moins un énorme morceau de ma vie, comme si, du haut de mes échasses proustiennes, je les gardais autant attachées à moi que mon enfance et mon adolescence […] » »

Un désengagement décrit avec douceur, presque tendresse, qui va de pair avec un engagement symétrique : celui, au bout de deux livres sous pseudonyme, de changer d’éditeur pour rejoindre POL. Et c’est là une autre part importante du livre que ce portrait de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur autant qu’ami, qui entraîne, en miroir, une réflexion sur la place qu’un éditeur « occupe dans l’espace mental », dont on ne prend conscience que le jour où il disparaît. Mais disant POL, le livre dit aussi en creux Jérôme, et plus largement caractérise ce lien étrange, presque organique, qui lie certains auteurs à « leur » éditeur – et vice-versa.

D’un côté, Une archive dessine le parcours d’un homme qui doit trouver sa place dans un champ littéraire que sature en partie la figure de Jérôme Lindon et le catalogue extraordinaire de ses éditions ; à ce titre, c’est un livre qui ne peut que passionner ceux qui ont goût ou affection pour les éditions de Minuit ou souhaiteraient de découvrir, vues de l’intérieur, les années Nouveau Roman, un mouvement que Lindon contribua à façonner en profondeur. De l’autre, à l’articulation de la biographie et de l’autobiographie, c’est un témoignage délicat, purgé de la violence des passions filiales, qui montre un père véritable, dans sa rigueur et ses attentions, son exigence et sa bonté. Une méditation dont on devine sous les mots pudiques qu’elle dut connaître ses douleurs et ses éclats de révolte, mais qui s’offre apaisée, sur ce qui nous construit ; une longue, belle et lente lettre d’amour d’un père à un fils, comme la réponse aux missives posthumes que Jérôme Lindon, l’homme qui n’écrivait pas de romans, laissa, en guise d’héritage, à chacun de ses enfants.

Mathieu Lindon, Une archive, POL, 2023, 239 p.

Anthony Passeron, Les Enfants endormis (Globe, 2021), (Véronique Montémont)

Avec Les enfants endormis, c’est un récit familial, singulier et collectif, que signe Anthony Passeron sur un sujet qui reste, encore aujourd’hui, une forme de tabou : le sida. Si une génération garde dans le vif de sa mémoire les récits déchirants d’Hervé Guibert, de Jean-Baptiste Niel (La Maison Niel), de Pascal de Duve (Cargo vie), les romans de Cyril Collard et de Guy Hocquenguem, tous morts de cette maladie, si la parole des malades condamnés est parvenue à résonner durant les années fatales de l’épidémie, avant l’arrivée des trithérapies, on a moins parlé du choc que la maladie avait pu représenter pour les familles, les accompagnants. Le très beau film de Robin Campillo, Cent vingt battements par minute (2017), en donnait, même s’il abordait surtout le sujet de la lutte militante, une idée ; c’est aussi ce sujet qu’évoque le livre d’Anthony Passeron, dont l’oncle toxicomane, Désiré, est mort du sida, attrapé par l’intermédiaire d’une seringue contaminée. De cet homme, nul ne parle, car « les archives familiales ont censuré la fin de sa vie ». Et si l’éditeur a choisi de décrire en quatrième de couverture un « roman » social, ce n’est aucunement d’un roman, mais bien d’une autobiographie dont il s’agit, autobiographie dont le pacte, d’une rigoureuse honnêteté, est au demeurant explicite :

Ce livre est l’ultime tentative que quelque chose subsiste. Il mêle des souvenirs, des confessions incomplètes et des reconstitutions documentées. Il est le fruit de leur silence. J’ai voulu raconter ce que notre famille, comme tant d’autres, a traversé dans une solitude absolue. Mais comme poser mes mots sur leur histoire sans les en déposséder ? Comment parler à leur place sans que mon point de vue, mes obsessions ne supplantent les leurs ? Ces questions m’ont longtemps empêché de me mettre au travail. Jusqu’à ce que je prenne conscience qu’écrire, c’était la seule solution pour que l’histoire de mon oncle, l’histoire de ma famille, ne disparaissent pas avec eux, avec le village. Pour leur montrer que la vie de Désiré s’était inscrite dans le chaos du monde, un chaos de faits historiques, géographiques et sociaux.

Ce livre est à plusieurs entrées et s’inscrit à sa façon dans la lignée des Ernaux, Eribon ou Louis, avec la particularité d’être focalisé non sur l’auteur, mais sur un tiers. L’histoire de Désiré, sa chute dans la toxicomanie, sa lente agonie, ce n’est pas seulement la confession d’un ado effrayé – l’auteur à l’époque – devenu un adulte désireux de comprendre, un ado qui a vu son oncle, sa tante, puis sa cousine (la fille de Désiré, contaminée in utero) s’éteindre de mort lente et affreuse. Elle est relue à la lumière de toute une trajectoire sociale, qui a permis à des gens pauvres, notamment la grand-mère de l’auteur et mère de Désirée, une immigrée italienne, d’accéder au statut envié de commerçante ayant pignon sur rue.

L’action se passe dans un village du Sud, jamais nommé, près de Nice, et se déroule comme un huis clos, dans un bourg reculé où la famille, à la dure, s’est fait une place au soleil. Emile et Louise (fille de réfugiés italiens), au prix d’un labeur acharné, sont devenus bouchers. Ils sont connus, respectés, de quasi-notables. Oubliées, les humiliations : leurs quatre enfants seront « appelés par leur prénom, vus à l’église et sur les terrains de tennis ». Désiré hérite de toutes les espérances : pendant que son frère travaille à la boucherie, il fait des études, travaille à Nice. Un « voyage » qui a tout d’une fugue à Amsterdam lui fait goûter à l’héroïne : de cette dépendance, jamais il ne sortira.

En parallèle, selon une stricte alternance, le livre relate, de manière méthodique et extrêmement documentée, la genèse de la découverte de la maladie, et la façon dont le milieu médical tarde à prendre conscience de sa gravité. On voit des médecins pionniers, plus motivés (et plus lucides) que d’autres, de jeunes chercheurs convaincus de se lancer sur ce sujet qui alors n’intéresse guère. Ils s’appellent Willy Rozenbaum, Jacques Leibowitch, Françoise Brun-Vézinet, Françoise Barré-Sinoussi, Luc Montagnier. Ils sont inquiets de cette pneumopathie qu’on pensait éradiquée qui arrive tout droit des Etats-Unis, des syndromes de Kaposi qui frappant tout à coup essentiellement des homosexuels jusque là en bonne santé.  Mais ils doivent déployer beaucoup d’efforts et d’énergie pour convaincre ; leurs propres confrères chercheurs d’abord, sur fond de rivalités médicales entre la France et les Etats-Unis qui feront perdre de précieuses années, puis les pouvoirs publics de la gravité et de la nouveauté de ce virus (le scandale du sang contaminé dit assez le scepticisme qu’ils ont dû affronter). Et enfin, il faut sensibiliser le grand public, indifférent à ce « cancer gay » dont ils pensent encore qu’il ne les concerne pas. Plus on avance dans le livre, plus les chapitres prennent l’allure d’une course contre la montre, une lutte acharnée pour élaborer des traitements alors que de plus en plus de jeunes gays, mais aussi une proportion croissante de femmes, d’hétérosexuels, d’hémophiles, et même d’enfants nés avec le virus meurent, désespérés, sous les yeux de médecins impuissants.

Et si l’on est si sensible au caractère d’urgence que prend cette rétrospective médicale, c’est parce qu’au centre du livre, il y a Désiré qui agonise, ainsi que Brigitte, sa femme, pour les mêmes raisons, puis Émilie, leur petite fille, à qui est consacrée  la dernière partie du livre. Un silence de plomb écrase la réalité de la situation ; tout en lui rendant visite chaque jour à l’hôpital, sa mère instaure un déni absolu autour de la maladie de Désiré, de sa toxicomanie. De même, mais cette fois pour ne pas terroriser l’enfant, elle cache à Émilie la réalité de son état, refusant que la petite et ses cousins entendent le mot « sida ».

Comme l’analyse très bien l’auteur, cette maladie signifie la destruction de toute une trajectoire tendue vers la sortie du milieu d’origine, comme l’avortement d’Annie Ernaux, raconté dans L’Événement, la renvoyait brutalement à sa condition première. « Un micro-organisme, surgi d’on ne sait où, réussissait à enrayer une longue histoire d’ascension sociale, une lutte pour devenir quelqu’un de respecté. Il suscitait des sentiments de honte, d’exclusion, d’humiliation ». Et c’est, au fond, une classe sociale, celle de tout petits bourgeois à peine sortis du prolétariat, et la génération de leurs enfants (lesquels auraient préféré « crever de la came plutôt que d’avoir la vie de [leurs] parents », selon les mots d’une survivante) qu’Anthony Passeron radiographie, sans complaisance, mais sans aucun mépris, jamais : des gens percutés par la maladie qui vient déstabiliser de plein fouet leurs certitudes, mais qui, en dépit du mensonge dont ils recouvrent la vérité, usent jusqu’à leurs dernières forces pour accompagner leurs enfants malades et les maintenir en vie quand la médecine ne peut plus rien pour eux.

En ce sens, le livre est aussi un hommage sobre et sincère à leur courage, à leur amour, l’arme ultime, donné sans compter durant ces années de plomb où l’on s’épuise à dispenser affection, tendresse, soins et attentions à des êtres condamnés : « Tous se sont montrés héroïques. Pas au sens où les films américains aiment à l’entendre. Chacun a joué jusqu’à la fin son rôle de personnage modeste, impuissant, dans une intrigue absurde et sans enjeu ». Il y a donc plus d’une raison de lire Les Enfants endormis, enquête sociologique, médicale, familiale, mais aussi coupe sagittale dans la vie d’une famille à qui la maladie a tout pris, jusqu’aux mots pour la dire ; tout, sauf l’amour.

Anthony Passeron, Les Enfants endormis, Globe, 2022, 273 p.

Appel à contribution en vue de l’inventaire raisonné de Beaumarchais

Linda Gil était venue à l’automne nous présenter l’édition électronique de la correspondance de Beaumarchais. Dans ce cadre, elle est à la recherche de l’ensemble des lettres de l’auteur, et nous transmettons l’annonce suivante.

« Dans le cadre du nouveau projet d’inventaire raisonné et d’édition de la correspondance intégrale de Beaumarchais, l’université Paul-Valéry de Montpellier invite les possesseurs de lettres manuscrites de l’écrivain (publiées ou inédites, autographes ou allographes) à contacter linda.gil@univ-montp3.fr. »Dans le cadre du nouveau projet d’inventaire raisonné et d’édition de la correspondance intégrale de Beaumarchais, l’université Paul-Valéry de Montpellier invite les possesseurs de lettres manuscrites de l’écrivain (publiées ou inédites, autographes ou allographes) à contacter linda.gil@univ-montp3.fr. »

Nous en profitons pour relayer l’annonce d’un colloque co-organisé par Linda Gil et consacré à L’Europe de Beaumarchais qui se tiendra à Paris, à la Comédie française et en Sorbonne, les 20 et 21 janvier prochains. Il sera également possible de suivre le colloque à distance. Le programme se trouve en pièce jointe.

Les Moments Littéraires n°49 : Diaristes libanais

Nous recevons l’annonce de la parution du n°49 de la revue Les Moments Littéraires, une livraison consacrée aux diaristes libanais. Nous la reproduisons ici

« Avec ce numéro dédié aux écrivains libanais, Les Moments littéraires poursuivent la série des numéros « géographiques » consacrés aux diaristes francophones (n° 43, Amiel & Co, les écrivains suisses ; n° 45, les écrivains belges ; n° 47, les écrivains du Luxembourg).

Par les journaux ou les carnets intimes d’écrivains vivant au Liban ou faisant partie de la diaspora libanaise, la littérature réussit à rendre compte de la crise protéiforme que connaît le Liban depuis de nombreuses années.

Karl Akiki note dans sa préface : « L’exercice que proposent Les Moments littéraires à ces différents diaristes libanais […] est excitant d’un point de vue intellectuel. Cette mise à nu personnelle et collective corrobore la marche de l’histoire de la littérature libanaise francophone. Deux mouvements clairs et perpendiculaires parcourent ces écrits en suivant deux sentiments antithétiques. D’une part, celui de la pudeur qui refuse de se livrer, de se dénuder et de marcher en pleine lumière. […] D’autre part, s’installe le sentiment de la dénonciation externe, celle qui plonge le doigt dans la plaie et qui crie ces vérités que tous les Libanais connaissent et qu’ils taisent. L’écriture de l’intime devient miroir fractal fait de morceaux de verre recollés où l’identité individuelle tente de se reconstituer en harmonie avec l’identité collective. »

Dix autoportraits de Laura Menassa nous offrent « un souvenir nostalgique, un journal délicat sur l’étrangeté de la vie et du temps ». »

Source : Les Moments littéraires. La revue peut être commandée en suivant ce lien.

D’amour et d’amitié : Harry Mathews, Vingt lignes par jour (Véronique Montémont)

Harry Mathews (1930-2017) a été un membre de l’Oulipo, dont il fut le seul écrivain étranger pendant des décennies. Mais sa participation à ce groupe littéraire n’est qu’une des facettes d’une activité littéraire plurielle, qui s’est développée des deux côtés de l’Atlantique. Né dans une famille new yorkaise, Harry Mathews avait commencé par étudier la musicologie à Harvard, avant de s’installer en France en 1952. Profondément influencé par la découverte de Raymond Roussel, il avait ensuite publié son premier roman, Conversions, en 1958. Sa rencontre avec Georges Perec, en 1970, dont il n’avait alors pas lu une ligne, confessera-t-il plus tard, avait été l’un des événements capital de sa vie : outre que des liens d’affection forts liaient les deux hommes, Mathews avait été l’un des introducteurs de Perec aux États-Unis, tandis que le romancier des Choses avait traduit de son côté deux romans de l’auteur américain (Les Verts Champs de moutarde de l’Afghanistan et Le Naufragés du stade Odradek). Traduit ou récrit, dit-on, tant l’auteur des Choses avait pris de libertés avec la prose de l’Américain dont il avait saisi le degré de fusion entre fantaisie – au sens d’imagination – et rigueur dans la recherche littéraire

Harry Mathews en 1988. (ULF ANDERSEN / Aurimages)

Le génie d’un Perec n’était pas de trop pour rendre cette prose incroyable, épouser le cours bondissant de romans au postulat formel, plus ou moins explicite, qui se développent ensuite autour de celui-ci des intrigues improbables et foisonnantes. Derrière celles-ci, une poétique inspirée de Raymond Roussel : le choix d’une phrase qui va servir de point de départ, et l’exploration de sa polysémie ou de ses sens possibles par le roman.

« [Roussel] prenait le premier sens, puis l’abandonnait et utilisait le deuxième sens. Souvent, j’essayais de mélanger les deux sens dans la prose qui en découlait. C’est arbitraire, parce qu’on ne peut pas le valider, ni comme un moyen de “s’exprimer” – si ce terme a toujours un sens, ni en termes conceptuels. Au bout d’un certain temps, quand l’histoire commence à prendre forme, vous essayer de l’introduire dans une narration globale, mais c’est déjà trop tard, et tout illusion d’une écriture soi-disant réaliste a disparu. Pour moi, le réalisme est une convention [1]. »

Un des plus beaux exemples en est fourni par Ma vie dans la CIA (2005), « autofiction » foutraque ou le romancier, censément transformé en autobiographe, commence par expliquer comment, à Paris, a couru le bruit en 1973 qu’il était un espion ; cela avant que la narration bascule dans une suite d’aventures où l’on croise une agence de voyage nommée Locus Solus, des tueurs à gages, Maurice Roche, John Ashbery et Georges Perec. Chez Harry Mathews, péripéties se déboîtent et se réemboîtent sans cesse, épuisant tous les codes au passage ; un art qui n’est pas sans rappeler celui que, plus tard, son ami Perec portera à son point d’achèvement spectaculaire avec La Vie mode d’emploi. Il existe, en réalité, de nombreux échos entre l’œuvre des deux hommes, dont nombre sont sans doute encore à découvrir.

Harry Mathews, qui écrivait, le plus souvent en anglais, mais parfois aussi en français, de la prose, de la poésie, des romans, de la « recherche oulipienne » (tel Plaisirs singuliers, paru en 1983, variations en formes d’exercices de style autour la masturbation), des essais, et qui rêvait de disposer d’une table spécifique pour chacune de ses activités, se tenait à une certaine distance de l’autobiographie. Même si nombres d’expérimentations, comme celle de Barthes, de Robbe-Grillet, de Lucot ou de Sarraute, ont été tentées à cette époque pour en contourner l’unité, il redoute le dépouillement qu’elle impose des épaisseurs protectrices de la fiction, et plus encore son pouvoir de dévoilement, incompatibles avec un art de la retraite, et même de la rétention, dont l’écrivain se faisait par ailleurs reproche :

Cela t’a amené à vivre au bout d’un chemin qui va s’amenuisant, une fois passé un hameau situé en dehors de la route du village, dans un pays qui n’est pas le tien. Cela t’a mené, ayant pris conscience que tu pouvais difficilement supporter d’écrire sur les passions humaines trop communes, à découvrir des formes d’écriture où les vies, autour de toi, pouvaient être ignorées et où la tienne n’était qu’indirectement concernée. On peut appeler ça de l’orgueil, on peut appeler ça de la terreur. (Vingt lignes par jour, 245-246)

Et pourtant, le geste autobiographique l’a rattrapé. Mais il s’est présenté par des voies obliques, au fond cohérentes avec le reste de son œuvre, en particulier dans un livre intitulé Vingt lignes par jour (1994). À l’origine de cet ouvrage, un pli âpre et paralysant de l’existence : en 1983, le romancier américain travaille, non sans difficulté, à la fin d’un roman commencé en 1978, Cigarettes (qui sera traduit sous ce titre en français par Marie Chaix). Un an auparavant, Georges Perec est mort d’un cancer du poumon, un événement qui a profondément ébranlé Mathews et continue à hanter sa vie quotidienne. Constatant une difficulté propre à des nombreux écrivains, celle de se mettre au travail, il décide alors de s’appliquer une règle édictée par Stendhal : « Vingt lignes par jour, génie ou pas ».

Même pour un écrivain qui doute et se méfie, vingt lignes semblaient un objectif plutôt rassurant à atteindre, surtout si ces lignes n’avaient pas de rapport avec un projet « sérieux » comme un roman ou un essai. Pendant un peu plus d’une année, j’ai commencé nombre de journées de travail avec la tâche assignée d’au moins vingt lignes, à écrire sur un bloc spécialement prévu à cet effet, et dont le sujet serait ce qui me passe par la tête.

Il en a résulté 124 textes, datés comme les entrées d’un journal, ce que ce texte est aussi, à sa façon. Ils ont été écrits entre le 16 mars 1983, soit presque un an jour pour jour après la mort de Perec, et le 26 juin 1984. Comme le montrent les dates, la contrainte journalière n’a pas été respectée, mais le principe d’une régularité et d’une unité d’écriture (toujours le même bloc, toujours la même taille de texte) a malgré tout permis la continuation de l’effort sur un terme long. Écrire ainsi, sans direction, sans objet précis, est complexe ; la menace de l’exercice de style, stérile cette fois, rôde. Les premiers textes, qui font une large place aux notations d’atmosphère, décrivent le paysage, le chant des oiseaux, le chat. Harry Mathews habite plusieurs lieux, la Floride, New York, Lans en Vercors et le spectacle de la nature, en particulier hivernale, joue un grand rôle dans le quotidien de cet observateur supra-sensible de la beauté, celle de la musique d’opéra comme, de Venise comme de la neige qui ourle les arbres. Mais ses journées ne sont pas faites que de contemplation bucolique. La vie, consacrée à l’écriture, (une vie pourrait tenir pour idéale, puisque que l’auteur ne connaît pas les contraintes financières du travail salarié), est toutefois emplie l’inquiétude et de culpabilité, deux sentiments qui le taraudent. De texte en texte s’esquisse l’autoportrait d’un homme épicurien et inquiet, tendre et critique, qui interroge sans cesse sa manière d’exister et l’existence en général. Des préoccupations liées à son rapport aux objets, au temps et l’emploi, de celui-ci, à son corps, au conflit permanent entre plaisir(s) et devoir(s).

Tel Nathalie Sarraute conversant avec elle-même dans Enfance, Mathews s’invente d’abord un double, Billy Bodega, avec lequel il converse – le thème du double sera la matière de son dernier roman publié à titre posthume, Le Jumeau solitaire –, ce qui va amorcer l’exercice d’introspection. De jour en jour, la parole, tout en restant contenue dans ses frontières de vingt lignes, s’affranchit, ouvrant sur ce qui fait véritablement l’intimité d’un être : rapports avec la femme aimée, ses enfants à elle, à ses enfants à lui, sentiments de plaisir et de tristesse, rapport à la sexualité et à la rêverie érotique, maladie, douleurs, projet d’écriture, achèvement de l’œuvre en cours. Approches multiples, tonalités aussi, assemblage tesson par tesson, entre liberté et retenue. En effet, les autres jouent une grande place dans ce livre et la conscience du danger du dévoilement exerce sa force contrapuntique.

Je pourrais dire des choses que je ne dis pas ici, laisser effleurer des sujets, même indirectement, auxquels je ne me donne pas accès.  Dans cet exercice quotidien, je ne me sens pas libre d’écrire uniquement pour moi-même. Je suis arrêté par la pensée sous-jacente qu’un jour peut-être, je taperai ces ruminations journalières pour voir si elles forment un tout et que d’autres pourront les lire alors, ou après ma mort ; certainement les choses écrites risqueraient de bouleverser et rétroactivement modifier des relations dont je dépends en ce moment – avec M.C, mes enfants, mes amis. Peut-être aurais-je mieux fait de n’écrire que des fictions ou une fiction pour exprimer mes préoccupations personnelles mais le cadre imaginaire donné aux situations aurait été assez puissant pour court-circuiter toute lecture autobiographique (p. 94).

Comme le e de la disparition, Perec, qui n’est qu’assez peu évoqué nommément, se glisse partout entre les lignes : l’ami n’est plus dans ce présent-là, scandale continu, mais il ne quitte pas la mémoire, chagrin inextinguible. Il existe une vraie pudeur dans ce texte qui tourne autour de la peine en refusant de s’appesantir ; plus tard, Harry Mathews écrira ses Je me souviens à lui, un bref livre magnifique et bouleversant, Le Verger, qui pose sur le papier des éclats de vie, fragments de mémoire et d’existence de son amitié avec Perec. Mais durant cette année qui suit la mort, la plus dure pour ceux qui restent, lui fait remarquer sa femme Marie, Harry Mathews résiste à l’idée d’un deuil qui mettrait un terme au chagrin, et tout autant à l’hommage et à la continuation à travers l’œuvre littéraire. Car ce ne sont pas les livres qu’il aimait d’abord, c’était l’homme, ce qu’il dit sans détour.

Mon amour pour G. n’a absolument rien, mais rien à voir avec ses livres . […] Mon intérêt pour son travail découla de notre amitié, jamais l’inverse. Souvent, il me semblait que lire ses travaux constituait une sorte de devoir inévitable que je voulais bien accomplir à cause de mes sentiments pour lui. […] Travailler sur G.P ou écrire sur lui me déprime en venant me rappeler continuellement que j’ai perdu mon ami pour toujours. Cela me rappelle aussi comme, s’il était vivant, nous serions heureux de faire ce travail ensemble et comme, maintenant, c’est « inutile ». Prétendre qu’il peut en être autrement est de la piété bestiale. (p.96)

Vingt lignes par jour, sans que le projet en soit préalablement arrêté, devient un laboratoire d’expérimentation de plusieurs genres littéraires : micro-fictions (avec le personnage de Bodega), écriture automatique, poème, récits de rêve, méditation métaphysique, exercice spirituel, journal, autoanalyse, aveu, tombeau (au sens littéraire du terme), de l’ami mort. Il est une approche patiente et mosaïque de soi, dont l’objet n’est peut-être pas l’écrivain lui-même ; ou plus exactement, dont le soi est un terrain d’interactions permanentes avec le reste du monde dont on suit ici les courbes, les dépressions et les accidents. À travers l’observation de ses jours, Mathews, dans la vraie tradition diaristique, qu’il a rejointe presque par hasard, restitue avec une tendresse souvent critique, voire mélancolique, l’histoire de la chimie qui s’exerce entre un être et son environnement, sentimental comme spirituel ; les siens, en dépit des précautions qu’il prend pour ne pas les exposer, y sont présent, et constituent une partie de l’homme qu’il. Ce livre en apparence déroutant dans lequel, comme l’auteur quand il a initié ce projet, on entre sans imaginer de quel tissu il sera fait, dévoile page après page sa cohérence, comme si un ami acceptait pour nous de dévoiler les vulnérabilités et les failles qui le font homme. On s’y s’attache au fur et à mesure que se déplie les facettes d’un portrait passionnant, semble nous souffler qu’une vie n’existe que traversée par l’amour, l’écriture et l’amitié.

Tous les livres de Harry Mathews, traduits de l’américain par Georges Perec, Marie Chaix, Laurence Kiéfé et l’auteur, ont été publiés chez POL.


[1] Hans Ulrich Obrist et Harry Mathews, Une conversation, traduit de l’anglais par Ian Monk, Manuella Éditions, 2011.

à la Une

Voeux

Touk-Touk, écureuil officiel d’Autobiosphère, qui nous racontera un jour sa vie de grignotage et d’escalade dans les marronniers, vous souhaite une année 2023 remplie d’autobiographies, de joies et de noisettes.

© Autobiosphère / Les Écureuils associés

Appel à communications : conférence IABA Europe (Varsovie, 2023)

Notre ami Pawel Rodak nous transmet l’annonce et l’appel à communication de la prochaine conférence IABA (International Association for Biography and Autobiography) qui se tiendra à Varsovie du 5 au 8 juillet 2023.

 » Nous sommes heureux de vous annoncer la tenue de la prochaine conférence IABA Europe à Varsovie (Pologne), du 5 au 8 juillet 2023. La conférence se tiendra en présentiel uniquement. Son thème, Écritures de la vie en temps de crise, est à mettre en relation avec les défis auxquels nous avons été confrontés en Europe et partout dans le monde durant ces dernières années? Beaucoup de choses ont changé depuis l’édition 2019 de la conférence IABA à Madrid. L’accélération des changements climatiques, la pandémie de COVID-19 et, désormais, la guerre en Ukraine ont changé notablement non seulement notre perception du monde, mais aussi la manière dont nous consignons nos expériences autobiographiques (nos pratiques d’écriture de la vie) . Un des éléments les plus cruciaux de la difficile situation européenne, comme dans d’autres parties du monde, est la crise des réfugiés. Ces dernières années, des habitants de pays frappés par la guerre et de terribles conflits – Syrie, Irak, Afghanistan ou certains états africains – sont venus chercher une existence plus paisible auprès de certaines communautés européennes. Aujourd’hui, des millions d’Ukrainiens se retrouvent dans la même situation… « [suite dans la pièce jointe]

« We are pleased to announce that the next IABA Europe Conference will be held in Warsaw, Poland, from July 5th to July 8th 2023. The conference will be held on-site only. The theme of the conference, Life-Writing in Times of Crisis, relates to the challenges we have had to face in Europe and all around the world in recent years. A lot has changed since the 2019 IABA Europe conference in Madrid. The accelerating climate crisis, the COVID–19 pandemic, and then the war in Ukraine have significantly influenced not only our perception of the world, but also the ways in which we record autobiographical experiences (the practice of writing about one’s own life). A crucial component of the difficult situation in Europe and other parts of the world is the refugee crisis. In recent years, inhabitants of countries affected by wars and terrible conflicts – Syria, Iraq, Afghanistan or African states – have been seeking peace among European communities. Today, millions of Ukrainians are in the same situation… » [read more in attached pdf file]

Site web de la conférence : https://iabawarsaw2023.eu

Arnaud Genon : Fous d’Hervé. Correspondance autour d’Hervé Guibert (Presses Universitaires de Lyon, 2022)

Avec un retard dont nous sommes honteux, nous relayons, et avec quel plaisir, l’annonce du bel ouvrage d’Arnaud Genon paru cet automne. Spécialiste de longue date de l’auteur de Fou de Vincent et d’À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, auquel il a consacré plusieurs ouvrages : Hervé Guibert. L’écriture autobiographique et le miroir de soi (avec Jean-Pierre Boulé, PUL, 2015), Arnaud Genon a également publié ou codirigé plusieurs essais autour de l’autofiction, notamment Lisières de l’autofiction, avec Isabelle Grell (PUL, 2016) Il est également l’auteur de plusieurs livres autobiographiques : Tu vivras toujours (Éditions Rémanences, 2016), consacré à sa mère, Mes écrivains (Rémanence, 2019), Les Indices de l’oubli (Éditions de la Reine Blanche, 2019). Arnaud Genon a enfin cofondé deux sites : herveguibert.net et autofiction.org.

Auteur d’une œuvre unique, Hervé Guibert suscitait de son vivant une fascination peu courante. Trente ans après sa disparition, cette fascination reste vivace et nombreux sont ceux qui se sentent encore intimement liés à lui. Arnaud Genon fait partie de ces personnes. Il a dédié la majeure partie de son travail de chercheur à l’écrivain et à son œuvre multiforme – écriture de soi, écrits critiques, photographies, réalisations vidéo. Dans cet ouvrage, ce n’est pas à Hervé Guibert qu’il donne la parole, mais à ceux qui l’aiment, le lisent, l’admirent, souvent sans jamais l’avoir rencontré. Arnaud Genon cherche à mieux connaître une œuvre à part, à identifier les traces laissées par l’écrivain, à savoir enfin si sa folie pour lui est partagée. Il nous donne ainsi à lire ses riches échanges avec une vingtaine d’écrivains, d’universitaires, de photographes, de journalistes et d’artistes autour de leur passion commune. »

Se procurer le livre en librairie ou sur le site de l’éditeur.