Odile Richard-Pauchet (Université de Limoges) François Mitterrand, Lettres à Anne, de politique, d’amour, de goût ou de philosophie ?

Odile Richard Pauchet* a présenté au séminaire Autobiographie et Correspondances, ce 29 février avant la catastrophe, une communication intitulée « Lettres à Anne, de politique, d’amour, de goût ou de philosophie ? » En voici la présentation.

« Nous avons montré dans un précédent article (« François Mitterrand dans ses Lettres à Anne (1962-1995) : topoï et contre-topoï de la lettre d’amour, de Pygmalion à Abélard[1] »), comment la correspondance adressée à Anne Pingeot révèle en F. Mitterrand un épistolier d’exception, rejoignant les plus grandes figures de la littérature : Diderot, Musset, Victor Hugo. Véritable Pygmalion suscitant Anne-Galatée, moderne Abélard séduisant Anne-Héloïse, il la sublime mais aussi l’enferme dans l’espace clos d’un amour conçu comme une ascèse, un sacerdoce.

Nous avons souhaité ici rendre justice à un aspect différent de ce texte, moins dramatique peut-être et plus ouvert sur le monde, montrant comment Anne, la destinataire de ces lettres, fait de François un homme neuf, l’affranchit de ses œillères, le régénère physiquement, moralement et intellectuellement, le rendant disponible pour des conversations inédites, des idées et des projets nouveaux. Comment, tels les plus grands écrivains (on pense à Diderot conversant avec son amie Sophie), l’épistolier est redevable à cette jeune femme d’un regard différent sur la société, le monde de l’art, la nature, et même la politique. »

Elle a accepté, ce dont nous lui sommes particulièrement reconnaissants, de rédiger pour les lecteurs d’Autobiosphère un digest de sa belle communication, que vous pourrez lire en suivant ce lien. Vous pouvez également consulter le compte rendu de l’ensemble de la séance consacrée à François Mitterrand, rédigé par Chantal de Schoulepnikoff, ici. Bonne lecture !

* Odile Richard-Pauchet, Maître de conférences HDR en Littérature du XVIIIe siècle à l’Université de Limoges, se consacre aux « écritures sensibles » du milieu du XVIIIe siècle. Spécialiste de correspondances (de Diderot, mais aussi de Rousseau et d’autres épistoliers), vice-présidente de la Société Diderot, elle a étudié dans sa thèse (Champion, 2007) puis édité les Lettres à Sophie Volland de Diderot (Non Lieu, 2010, réimpr. 2020), selon de critères qui font désormais de cet ensemble une œuvre à part entière. Elle collabore à la revue Épistolaire depuis 2000 et prépare en 2020 avec Gerhardt Stenger un Colloque de CERISY consacré aux « Morales de Diderot ».

[1] Article publié dans la revue Épistolaire, n°45, Paris, Honoré Champion, 2019.

Parution : Blossom Margareth Douthat, Un amour de la route (février 2020)

Envoûtantes, tourmentées, les lettres de Blossom Margaret Douthat à Simone de Beauvoir racontent, sous la forme d’un journal intime, un voyage en autostop de Paris à Milan pendant l’été 1958. D’une liberté absolue, la jeune Blossom a décidé de coucher avec qui lui plaira, « sans me retenir mais sans m’attacher », et pourvu que l’amant soit de gauche…

C’est grâce à Sylvie Le Bon de Beauvoir, fille adoptive de l’écrivaine, qui a déposé à l’Association pour l’autobiographie et le Patrimoine Autobiographique l’ensemble des archives de Blossom Douthat, que ces lettres peuvent être publiées aujourd’hui. Simone de Beauvoir, qui rencontra à plusieurs reprises la jeune étudiante américaine, note à son propos dans La Force des choses : « Je lui ai conseillé d’écrire, il me semble qu’elle le pourrait parce que dans cet extravagant journal quelque chose “passe” et même quelque chose de fort. »

En dehors de son intérêt historique, et de l’histoire romanesque qui entoure la découverte de ce manuscrit exceptionnel, Un amour de la route est une tentative d’œuvre littéraire à part entière qui relève à la fois de la correspondance, du journal et du roman. La jeune femme caresse le rêve fou d’une écriture qui aurait plus de réalité que la vie.

Tous nos livres sont en vente en librairie. Nous vous conseillons de les acquérir chez votre libraire. En cas de difficulté, vous pouvez  nous commander celui-ci dès sa parution en envoyant aux Editions du Mauconduit un chèque de 24 € ttc (23€ + frais de port 1€). Le livre vous sera expédié dans les trois jours.

(source : Éditions du Mauconduit)

Ne manquez pas la rencontre qui aura lieu à la libraire Gallimard, 15 boulevard Raspail, 75007 Paris,  le jeudi 12 mars à 18h30. Présentation et débat par Philippe Lejeune, chercheur spécialiste de l’autobiographie, Claudine Krishnan, spécialiste des archives de Blossom Douthat, Marine Rouch, doctorante en histoire contemporaine, spécialisée dans la correspondance reçue par Simone de Beauvoir.

Vous pouvez par ailleurs retrouver sur Autobiosphère les actes de la matinée consacrée aux lettres de Blossom.

Humanités numériques : la correspondance des écrivains à l’ère du numérique (Séminaire, 5 février 2020, Paris))

Camille Koskas nous fait part de l’information suivante :
La séance du séminaire « Humanités numériques : la correspondance des écrivains à l’ère du numérique«  se tiendra le 5 février.
Glenn Roe recevra Nicholas Cronk, Professor of French Literature and Director of the Voltaire Foundation et Ruggero Sciuto, Research Fellow, Wolfson College, University of Oxford, qui interviendront sur la correspondance de Voltaire et du Baron d’Holbach.La séance aura lieu le 5 février, de 13h à 15h, à la Maison de la Recherche (28 rue Serpente), en D040.
Le séminaire entend s’interroger sur la nature et les spécificités de l’édition numérique de correspondances à travers la présentation de différents projets et corpus, allant du XVIIIe au XXe siècle. Les réflexions porteront sur l’édition au format XML-TEI des échantillons de correspondances déjà en place et en train de se constituer (formats, annotations, métadonnées…). Le séminaire questionnera aussi les moyens d’explorer une correspondance, à travers une réflexion sur les données et métadonnées particulièrement porteuses de sens comme les entités nommées et les ontologies.
Vous êtes chaleureusement invités à participer à cette séance.

Séminaire A&C : une fin d’année en toutes lettres (séance du 15 juin 2019, ENS Jourdan, 48 Bd Jourdan, 10h-13h)

La dernière séance de l’année, en attendant un repos bien mérité, sera consacrée à Madeleine Follain et Armen Lubin, deux artistes qui furent étroitement liés leur vie durant et qui continueront le dialogue à travers le temps. Nous aurons le plaisir d’accueillir

Elodie Bouygues (Université de Besançon) : Vivre ensemble et séparés : la correspondance de Jean et Madeleine Follain

Madeleine+Follain+archives++Famille+DenisEn 1934, Madeleine (1906-1996), quatrième fille du peintre nabi Maurice Denis et peintre elle-même, épouse Jean Follain (1903-1971), jeune avocat d’origine normande qui commence à se faire un nom comme poète d’avant-garde. Les jeunes mariés adoptent d’un commun accord un mode de conjugalité original, vivant la plupart du temps en totale indépendance, chacun chez soi. Ils mènent à Paris, ensemble ou séparément, une vie de bohème un peu désargentée. Follain a besoin d’un calme absolu pour écrire, et Madeleine de son propre espace pour peindre. Ainsi, de 1934 à 1954 (date à laquelle elle s’installe définitivement avec son mari place des Vosges), Madeleine et Jean se retrouvent ou se croisent dans l’atelier de l’une ou l’appartement de garçon de l’autre, et s’y laissent des petits mots. Ils voyagent beaucoup, en France et à l’étranger, rarement ensemble. Ils s’écrivent tout le temps, pour un rien, ou pour se dire l’essentiel. La correspondance conservée et déposée à l’IMEC (1932-1971) est donc une correspondance conjugale, mais traversée par la grande Histoire et susceptible d’apporter également des éclairages sur leurs œuvres respectives et sur la vie intellectuelle et artistique de leur temps.

Elodie Bouygues est maîtresse de conférences à l’Université de Franche-Comté. Sa thèse de doctorat, dédiée au poète Jean Follain dont elle est l’ayant droit, est publiée sous le titre Genèse de Jean Follain (Garnier, 2008). Elle se consacre à l’étude, à la promotion et à la diffusion de son œuvre par des rééditions (Comme jamais, Le Vert sacré, 2003 ; Petit glossaire de l’argot ecclésiastique, L’Atelier contemporain, 2015 ; Célébration de la pomme de terre, Héros-Limite, 2016) et publications d’inédits. En collaboration avec la famille Denis, elle met également en lumière le travail de peintre de Madeleine Follain-Denis dite « Dinès » de son nom d’artiste (www.madeleinedines.com).

Hélène Gestern : Séparés, mais ensemble : la correspondance d’Armen Lubin et de Madeleine Follain

Armen cigaretteEn 1923, Chahnour Kérestédjian, âgé de 20 ans, débarque à Marseille et gagne Paris. Les accords de Lausanne, en entraînant l’exode définitif de milliers d’Arméniens, ont fait de ce jeune dessinateur et poète en herbe un apatride. Tout en gagnant sa vie comme photographe, il commence à écrire, en arménien, dans le quotidien Haratch, sous le nom de Chahan Chahnour, puis, à composer, à partir de la fin des années 1920, des poèmes en français sous celui d’Armen Lubin. Dans les cafés, il se lie à la bohème de Montparnasse et rencontre en 1932 celle qui s’appelle encore Madeleine Dinès. C’est le début d’une longue amitié : elle fait son portrait, il lui dédie un poème. Mais en 1936, Lubin tombe malade et lorsque la guerre éclate, en 1939, il doit quitter Paris pour les Pyrénées, où l’accueille la famille d’un compatriote. Commence alors une longue errance sanitaire qui pendant vingt ans le mènera d’hôpital en sana. Affaibli, isolé, Lubin n’a plus que l’écriture et la correspondance pour se raccrocher au monde. Au fil des quelque 350 lettres qu’il a écrites à Madeleine entre 1938 et 1973, on comprend comment celle-ci fut la personne cardinale de sa vie, y jouant tous les rôles, d’assistante sociale à quasi-soeur. Les lettres d’Armen à Madeleine, déposées à l’IMEC et encore inédites, sont donc une source d’informations irremplaçable pour mieux connaître la biographie du poète ; mais elles gardent aussi la mémoire d’une superbe relation entre deux êtres sensibles, démeurés unis malgré les aléas d’une vie qui aurait dû les séparer.

Hélène Gestern est écrivain. Complice de longue date de l’équipe « Autobiographie et correspondances », elle écrit sur la photographie, la perte et la mémoire. Elle prépare actuellement une biographie d’Armen Lubin (à paraître en mars 2020).

Attention, nos habitudes changent :  en raison de la session d’examens en cours, la séance aura exceptionnellement lieu dans l’amphithéâtre Jourdan, à l’ENS du 48 boulevard Jourdan, Paris 14e. Comme à l’ordinaire, l’entrée du séminaire est libre et gratuite.

La correspondance de Vassily Kandinsky et d’Andreï Papp

Le 26 mars, Serge Chamchinov et Anne Samson (revue Ligature, Éditions de l’association LAAC : Livre d’Artiste & Art contemporain), qui travaillent autour du livre d’artiste, sont venus présenter la correspondance de Kandinsky adressée à Andreï Papp,  publiée dans le numéro 13 de Ligature, au printemps 2018. Cette correspondance, constituée de 5 lettres et deux documents, rédigés à Munich, s’est accompagnée de la redécouverte de 24 dessins dont certains pourraient être attribués (sans certitude) à Kandinsky lui-même ; les deux matériaux, correspondance et dessins, étaient séparés depuis les années 1980 par le jeu des successions et de ventes. Dans ces lettres, Kandinsky donne à Papp de multiples conseils pratiques sur la préparation de la toile, des pinceaux…, mais aussi des recommandations pédagogiques.

À l’issue d’un passionnant exposé, qui allait de la question du livre d’artiste à l’analyse génétique de ce matériau documentaire rare, le public du séminaire a eu la joie de pouvoir admirer les dessins, restaurés, apportés par leur propriétaire et offerts le temps d’un soir à la contemplation… Merci à lui et aux deux intervenants pour ce moment d’une grande richesse.

Kandinsky

 

 

Séminaire A&C : « Vassili Kandinsky, Lettres du peintre » (ENS, 23 mars, 17h-19)

La prochaine séance du séminaire, organisée en collaboration avec le séminaire général de l’ITEM, aura lieu en salle Dussane le 23 mars 2019 de 17h à 19h00. Nous y accueillerons Serge Chamchinov et Anna Samson pour une intervention intitulée « Vassili Kandinsky, lettres du peintre, Munich, 1900 ».

L’intervention a pour objectif d’aborder quelques aspects inconnus de l’œuvre de Kandinsky s’appuyant sur les documents rares publiés dans la revue critique du livre d’artiste Ligature (éditions de l’association LAAC : Livre d’Artiste & Art contemporain). Il s’agit d’une correspondance pédagogique de Kandinsky, de ses lettres écrites de Munich en 1900. Celles-ci ont été déchiffrées et analysées dans l’article « Kandinsky avant Kandinsky… » (Ligature n°13, 2018), et elles ont été accompagnées par les dessins découverts récemment qui sont susceptibles d’être attribués à Kandinsky. Lors de l’interrogation sur la genèse des écrits de Kandinsky, un autre fait inédit sera évoqué pendant la séance. Il est lié à l’un de ses textes poétiques Le Retour, figuré dans les maquettes préparatoires de l’album Klänge (« Résonance »), mais exclu du recueil publié en 1913 (Ligature, numéro spécial, 2015). La thématique du « livre d’artiste d’aujourd’hui » – principale pour la revue Ligature, cette fois en lien avec l’œuvre épistolaire et poétique de Kandinsky –, sera éclairée dans les deux cas.

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Serge Chamchinov, artiste-peintre, auteur et concepteur de plus de trois cents livres d’artiste depuis 1989. Docteur ès Lettres, il est rédacteur en chef de la revue Ligature. Initiateur des projets éditoriaux « Laboratoire du livre d’artiste », « Bauhaus-21 », etc.

Publications en ligne :

« Les dessins et les manuscrits de Michaux » (2008)

http ://www.item.ens.fr/articles-en-ligne/les-dessins-et-les-manuscrits-de-michaux/« Le Livre d’artiste : phénomène d’expérience plastique, poétique et typographique » (2010) https ://books.openedition.org/pupo/1877

Anna Samson, docteur ès Lettres, responsable de la revue Ligature et du musée-nomade du livre d’artiste au sein de l’association « LAAC : Livre d’artiste & Art Contemporain », commissaire d’expositions et directeur artistique des salons spécialisés (Biblioparnasse). Elle est aussi artiste plasticienne (nom d’artiste Anne Arc), poète et traductrice (Tsvetaeva, Kandinsky, Klee, Harms…).

Œuvre de référence : Anne Arc, La Vigne tordue, coll. « Sphinx Blanc », 2014 (peinture, gravure, traduction du poème de Mandelstam « J’implore comme une pitié… »). Cf. : Koninklijke Bibliotheek (La Haye, Pays-Bas) ; catalogue : KW KOOPM X10008

Lieu : 17 à 19 h, à l’Ecole normale supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris, salle Dussane.