Disparition de Marie Miguet-Ollagnier

Nous avons eu la grande tristesse d’apprendre le décès de Marie Miguet-Ollagnier, survenu le 24 mai 2022 dans sa quatre-vingt-onzième année. Marie Miguet-Ollagnier, spécialiste du XXe siècle, avait été professeur de littérature française à l’université de Franche-Comté, et avait pris sa retraite en 2001, après une carrière d’enseignante de 47 années, d’abord effectuée au lycée, puis dans le supérieur. Elle a notamment publié La Mythologie de Proust (1982), Métamorphoses du mythe, Les Voisinages du moi (1999), et elle avait dirigé un ouvrage collectif intitulé Écritures de soi, secrets et réticences, paru aux éditions L’Harmattan en 2002. Elle avait également donné pour le Dictionnaire de l’autobiographie un article sur Claude Louis-Combet. Elle avait ainsi su, par ses recherches et ses publications, élargir ce qu’il peut y avoir d’étroit dans la notion d’autobiographie ; elle avouait par ailleurs sa fascination pour « les rêveries gémellaires dans l’œuvre de Proust, Barbey d’Aurevilly, Michel Tournier ou Agota Kristof » (Main, p. 30), des recherches directement inspirées par la gémellité de sa propre mère, Cécile.

Outre ses travaux universitaires, Marie Miguet-Ollagnier avait aussi publié, sous le nom de Jeanne Ollagnier, un court et passionnant récit familial, Main (Éditions du Bon Albert, 2008), avec le désir de se faire « l’écrivain public des morts qu’[elle] a[vait] le mieux connus et qui n’[avaient] guère eu l’occasion de s’exprimer » : sa mère, son père, son frère, son oncle. Des portraits subtils, pleins de tendresse et de lucidité, éclairés par des notes d’humour, qui étaient aussi une véritable reconstitution de la condition féminine au début du XXe siècle. Bien qu’il n’en cachât ni les injustices, ni les cruautés, ce tableau, dépeint dans un style vif et fluide, jamais ne se départait d’une immense indulgence pour ceux dont la narratrice avait réanimé la mémoire.

Marie Miguet-Ollagnier s’était également faite éditrice des poèmes de son mari, qui écrivait sous le nom d’Yves Suriel, éditant à titre posthume Les Laines de givre : des poèmes lyriques, spirituels, nourris de ferveur et d’amour, mais aussi d’un humour érudit, dont elle était souvent la dédicataire. Le livre d’un « poète du quotidien, attentifs à tous les événements familiaux », qui les célébrait en jouant des formes et des mots, comme elle avait choisi de le décrire en présentant cet ouvrage.

Marie était une fidèle parmi les fidèles du séminaire, qu’elle a suivi assidûment tant que sa santé lui a permis d’être des nôtres. Elle était là chaque samedi où nous tenions une séance, silhouette fine, réservée, attentive. Lorsque cela n’a plus été possible, elle n’a jamais manqué d’adresser un mot amical, après chaque annonce, pour nous prier d’excuser son absence ; elle continuait par ailleurs à suivre avec intérêt l’actualité de nos travaux. Elle incarnait pour nous qui l’avons côtoyée un mélange d’apparente fragilité et de grande fermeté de pensée, de discrétion et de forte présence : une figure amie et fidèle qui nous manquera.

Elle a exprimé dans ses dernières volontés le souhait que l’argent qui aurait pu être utilisé à l’achat de fleurs soit affecté à la recherche sur le cancer (Institut Curie) ou au soin d’handicapés (Handicap International) … » Sa famille a ouvert à cet effet une page, disponible jusqu’au dimanche 5 juin sur le site de l’Institut Curie de lutte contre le cancer, et à laquelle vous pouvez naturellement apporter votre contribution.

https://macollecte.curie.fr/projects/marie-miguet-ollagnier

Nos pensées vont à ses proches, en particulier ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Philippe Lejeune, Véronique Montémont et Françoise Simonet-Tenant, pour l’équipe du séminaire.