Colloque journaux d’écrivains France-Pologne (24 et 25 mai 2019, Sorbonne et ENS)

 

Journaux d’écrivains : entre pratique d’écriture ordinaire et littérature (XIXe-XXIe siècles)

[programme au bas du descriptif]

Ce colloque se penchera sur une question centrale : celle de l’inclusion des journaux d’écrivains dans l’espace littéraire. En d’autres termes, il s’agit de voir comment le journal, objet d’une écriture initialement privée, peut se voir transformé en œuvre. L’objectif consistera donc à identifier les principales caractéristiques des journaux d’écrivains, à décrire leur typologie, à étudier la façon dont les écrivains au cours des XIXe et XXIe siècles ont fait évoluer ce type d’écriture, ainsi que les relations qui unissent les journaux des écrivains au reste de leur œuvre, qu’il s’agisse de leurs écrits personnels (correspondance, autobiographie) ou fictionnels (romans, nouvelles, etc.) Nous souhaiterions proposer trois pistes de réflexion principales :

1) Le journal d’écrivain : une écriture ordinaire ? Il faut d’abord faire l’hypothèse qu’au départ, et du point de vue aussi bien typologique qu’historique, le journal d’écrivain n’est en rien distinct du journal de non-écrivain. Il appartient à la catégorie des journaux personnels, qui peuvent être traités comme relevant d’une pratique d’écriture connue, celle qui consiste à créer « une série de traces datées » (Philippe Lejeune), qui possède sa propre dimension performative (multifonctionnalité), matérielle (utilisation de certains outils et de supports d’écriture, introduction de matériaux iconographiques divers, d’objets, etc.) et textuelle (signification). Toutefois, le journal d’écrivain occupe une place à part dans le corpus des journaux personnels : en effet, dans chaque cas, il existe une tension entre le caractère commun de la pratique et la possible originalité que lui confère le statut de son auteur. Cette originalité doit toujours être analysée à la fois par rapport aux caractéristiques de la pratique diaristique mais aussi à la lumière de critères littéraires (poétique, style, contenu). Cette dualité invite donc à envisager une présence plus ou moins prononcée de l’écriture comme sujet au sein du journal des écrivains : elle-est nécessairement pour eux un objet central ? Ou bien un journal d’écrivain peut-il prendre naissance, au fil du temps, au sein d’un journal plus vaste (ainsi, le journal de Gide, qui dériverait, d’une certaine manière, d’un carnet de lectures) ? S’il faut admettre que la pratique de l’écriture ordinaire, notamment celle du journal, est distincte de l’écriture de création, toutes deux peuvent parfois converger, se réfléchir, voire se confondre.

2) L’évolution du journal d’écrivain. Il s’agira ici de prendre en compte, dans sa dimension diachronique et historique, les changements de statut qu’a pu connaître le journal d’écrivain. Cette réflexion engage, par exemple, une étude de l’image que l’écrivain se forme de son propre journal : le considère-t-il comme un écrit strictement privé ? Le journal est-il le réceptacle de notations intimes ou une chronique de sa vie sociale ? Tient-il lieu pour lui de notes de régie, rôle joué, par exemple, par Le Cahier noir chez Annie Ernaux ? Ou bien le journal est-il le réservoir où puiser ultérieurement du matériau littéraire, comme l’ont fait Henri Thomas ou Yves Navarre ? Cette analyse implique également la prise en considération du journal dans le paysage éditorial : doit-il être considéré comme une œuvre à part entière (tel est le cas du journal de Léautaud, de Gide, de Catherine Pozzi) ? ou comme un complément à l’œuvre existante, que les éditeurs jugent bon de porter à la connaissance du public, dans le cas d’un auteur déjà publié et connu ?  Ce cas englobe, notamment, le journal que l’on publie pour donner à voir les coulisses de l’élaboration d’une œuvre spécifique. On peut aussi s’intéresser à la réception du journal et la façon dont il est consacré comme œuvre par les lecteurs, au point d’éclipser parfois le reste de ses écrits.

3) Genèse et édition. Si nous lisons aujourd’hui les journaux d’écrivain sous leur forme imprimée, il faut toujours se rappeler que le journal, sous sa forme primaire – le plus souvent manuscrite ou dactylographiée –, n’est pas l’équivalent du manuscrit d’un livre, au sens éditorial du terme. Ce constat est valable quelle que soit l’intention de son auteur (dont il faut bien entendu tenir compte). On peut cependant affirmer que les pratiques contemporaines vont vers une réduction des frontières entre le journal et l’œuvre : celui-ci n’est plus toujours strictement cantonné à une pratique d’écriture ordinaire et régulière, mais peut faire l’objet d’une littérarisation, ce qui lui vaut d’être de plus en plus souvent, et de plus en plus vite, inclus dans l’espace littéraire. On pourra donc s’interroger sur certains aspects matériels et génétiques de la publication : en d’autres termes, sur les mécanismes qui transforment le manuscrit du journal en livre. La publication est-elle anthume ou posthume ? À quel moment de la carrière de l’écrivain, ou à quelle phase de la réception de son œuvre, est-elle intervenue ? Qui a été à son initiative (auteur, éditeur, amis, famille ?) Le texte a-t-il été publié intégralement, a-t-il subi des opérations de coupe, de censure, d’autocensure, de récriture ou de retouche ? Enfin, fait-il apparaître un lien avec le reste des écrits de l’auteur (journal de genèse, recyclage ou réutilisation) ?

Organisateurs :

• Centre de civilisation polonaise (Sorbonne Université)
• Équipe Autobiographie et Correspondances ITEM (CNRS/ENS)
• Centre Scientifique de l’Académie Polonaise des Sciences à Paris
• UFR d’Etudes Slaves (Sorbonne Université)

Comité scientifique :

Pierre-Jean Dufief, Philippe Lejeune, Malgorzata Smorag-Goldberg, Claire Paulhan, Pawel Rodak

Comité d’organisation

Jean-Marc Hovasse, Véronique Montémont, Pawel Rodak, Françoise Simonet-Tenant, Aneta Bassa, Mateusz Chmurski

Dates et lieux :

24-25 mai 2019 (vendredi et samedi)

Vendredi 24 mai 2019, Sorbonne Université, 54 rue Saint-Jacques, 75005 Paris, Salle des actes.

Entrée libre. Les personnes extérieures à l’Université sont priées de s’inscrire à l’adresse mail : centre-civilisation-polonaise@paris-sorbonne.fr (jusqu’au 21 mai) 

Samedi 25 mai 2019:  Salle des Actes, École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm

Entrée libre. 

Langues :

français, anglais

Programme

Vendredi 24 mai 2019
Salle des Actes, Sorbonne Université, 54 rue Saint-Jacques

I. Un statut littéraire du journal (1) ?

9.30-10.30 Michel Braud (Université de Pau) : Métamorphoses du journal d’écrivain au XXIe siècle

10.30-10.45 Pause-café

Modératrice : Françoise Simonet-Tenant

10.45 Anna Tylusińska-Kowalska (Université de Varsovie) : Diario intimo de Niccolò Tommaseo – une œuvre littéraire ?

11.15 Emmanuelle Tabet (CNRS) : Les Carnets de Joubert : œuvre ou ébauche d’un livre à venir ?

11.45 Sylvie Lannegrand (National University of Ireland, Galway) : Journal de l’œuvre, journal comme œuvre : Yves Navarre

II. Un statut littéraire du journal (2) ?

Modérateur : Mateusz Chmurski

14.30 Pawel Rodak (Sorbonne Université) : Le journal d’écrivain : entre la pratique d’écriture ordinaire, témoignage et la littérature (le cas des journaux d’écrivains polonais au XXe siècle)

15.00 Adam Fitas (The John Paul II Catholic University of Lublin) : Literariness of Janusz Korczak’s Diary

15.30 Maciej Nowak (The John Paul II Catholic University of Lublin) : From notebook through diary and archive” to the published book. The Bobkowski’s practice of writing

16.00-16.15 Pause-café

16.15 Mateusz Antoniuk (Jagiellonian University, Cracovie): Looking beyond the published version or « is there a diary in this diary? ». The case of Czesław Miłosz’s “The Year of the Hunter”

16.45 Paweł Wolski (Université de Szczecin) : Writer or witness, journal or testimony ? Diaristic authenticity vs. testimonial responsibility : the case of professional writers-survivors of Shoah

 

Samedi 25 mai 2019
Salle des Actes, École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris

III. Journaux inédits & Publication posthumes
Édition des journaux d’écrivains

9.30-10.30 Claire Paulhan (IMEC, Editrice) : « Que de livres on n’écrit pas et qui sont les mieux ! » (M. Havet) : les paradoxes de l’écriture autobiographique chez Catherine Pozzi et Mireille Havet

10.30-10.45 Pause-café

Modérateur : Michel Braud

10.45 Clara Royer (Sorbonne Université) : Le journal personnel comme « vie secrète ». Étudier les journaux manuscrits d’Imre Kertész (1958-1997)

11.15 12. Zoltán Z. Varga (Institut des Études Littéraires de l’Académie hongroise de Sciences / Université de Pécs)
Esterházy, l’intimiste : de l’autofiction au journal personnel post-moderne

11.45 Mateusz Chmurski (Sorbonne Université)
Corps, texte/corps, littérature : la comptabilité existentielle chez Csáth et Gombrowicz

12.15 Anna Synoradzka (Université Lille 3-Charles de Gaulle)
Les notes privées de Jerzy Andrzejewski : état des lieux et problèmes de leur édition

IV. Hybridités et mutations (journal intime – journal extime)

Modératrice : Véronique Montémont

14.30 Judith Lyon-Caen (École des hautes études en sciences sociales) : Exercices d’écriture de soi dans la grande ville : les deux premières Memoranda de Jules Barbey d’Aurevilly (1835-1838)

15.00 Cécile Meynard (Université d’Angers) : Le Journal d’Irlande de Benoîte Groult (1977-2003), des cahiers à l’édition

15.30-15.45 Pause-café

15.45 Daniel Moreira (Université de Paris 13) : Le Journal d’André Gide comme archétype du journal d’écrivain au Brésil : ses disciples et sa postérité

16.15 Aneta Bassa (Académie Polonaise des Sciences à Paris) : Blog d’écrivain : un journal extime focalisé sur le monde des livres 

Le programme peut être téléchargé en version pdf ou dans sa version livret

Programme Journaux d’écrivain 1

Programme Journaux d’écrivain 2