Dictionnaire de l’autobiographie : il est paru !

Suite à notre annonce du mois de mai, nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du Dictionnaire de l’Autobiographie. Vous trouverez ici le bon de commande qui vous permettra de vous procurer l’ouvrage, lequel sera par ailleurs disponible en librairie dans les jours qui viennent.

En exclusivité, Autosbiosphère vous offre la suite de l’entretien que la directrice scientifique du projet, Françoise Simonet-Tenant, avait accordé à Gérald Cahen pour La Faute à Rousseau.

Une des questions qui a dû être difficile à débattre est celle de la frontière entre les genres. Entre les Mémoires, les témoignages et les récits de vie, où placez-vous le curseur, par exemple ?

Les Mémoires sont apparus les premiers dans la littérature française, ils sont le fait de dignitaires politiques ou ecclésiastiques qui écrivent pour laisser leur trace dans l’Histoire et construire un monument autour de leur personne. Avec Rousseau et Les Confessions, l’objet change : il s’agit juste cette fois de rendre compte de sa vie. On entre dans la sphère de l’intimité. Par la suite, au xixe siècle, il s’est produit une hybridation entre les deux genres. Ainsi Chateaubriand avait pour projet initial d’écrire une autobiographie et puis, chemin faisant, il s’est peint aussi en homme politique. Le témoignage, en revanche, est un genre qu’on associe au xxe siècle : un des pionniers du témoignage est Norton Cru qui a recueilli dans les années 1920 les écrits personnels des soldats de la Grande Guerre, consignés au moment même de l’événement ou peu après. Le témoignage est le récit certifié vrai d’un événement passé par quelqu’un qui peut être un obscur et un anonyme et qui en a eu une expérience directe. Mais ces genres se recoupent évidemment, bougent, se contaminent l’un l’autre et le terme contemporain d’autobiographie a eu tendance à tout englober en privilégiant la veine introspective. Jean-Louis Jeannelle, par exemple, rappelle cependant que ce ne fut pas toujours vrai et qu’au xixe siècle le terme englobant était celui de mémoires et non d’autobiographie.

Entre les tenants de l’autofiction et les puristes qui considèrent que la fiction n’a pas sa place dans le pacte autobiographique, les violons aussi ont dû être difficiles à accorder. Comment avez-vous pu parvenir à un consensus ?

Il n’était pas question de parvenir à un consensus, mais de présenter un tableau des points de vue existants. En réponse au Pacte autobiographique de Philippe Lejeune, le mot « autofiction » est née en 1977 sous la plume de Serge Doubrovsky pour qualifier son récit Fils qui tentait de relever le défi d’un texte qui serait à la fois romanesque et autobiographique. Une gageure qui trouve sa source, comme le souligne Sylvie Jouanny, « dans le bouleversement induit par la révolution psychanalytique qui ne voit de vérité que dans la langue. » Cela dit, même si sur ce point les avis des contributeurs divergent, notre petit comité de rédaction partageait la même conviction : la fiction et la non-fiction, ce n’est pas la même chose. Comme le suggère Françoise Lavocat dans un ouvrage récent, le désir de passer et de repasser les frontières entre le fictionnel et le factuel a toujours existé, mais c’est justement « le meilleur indice que ces frontières existent. » Pour nous le pacte autobiographique de Philippe Lejeune, qui suppose l’engagement d’un auteur vis-à-vis de son lecteur de dire toute la vérité sur lui-même, reste toujours opérationnel. Dans l’article sur l’autobiographie au xxe siècle, Michel Braud et Véronique Montémont montrent bien comment cette définition a servi de repère pour faire évoluer le genre et comment elle a permis aux auteurs eux-mêmes de se situer.

Dans l’article que vous signez sur le « Métadiscours », vous expliquez que la façon dont un autobiographe se retourne sur son travail et en parle est ce qui donne à son écriture sa vibration particulière. Dans le même ordre d’idées, Alain Vaillant évoque, lui, la distance ironique qui s’installe entre « le Je qui écrit » et « le Je qui est représenté » alors qu’ils renvoient à une seule et même personne. Est-ce là ce qui distingue l’autobiographie du roman ?

C’est tout ce jeu effectivement entre les différents Je, cette capacité à les négocier et à en rendre compte, qui est le propre du travail autobiographique. Derrière toute entreprise de cette nature, il y a toujours, plus ou moins ouvertement affichée, un questionnement sur la façon de se dire en écriture. Et c’est ce qu’on ne trouve pas forcément dans un roman où un auteur va peut-être glisser insidieusement des choses de sa vie personnelle, mais sans pour autant s’interroger devant nous sur sa légitimité à le faire et sur les moyens mis en œuvre.

À la fin de votre introduction, vous exprimez le vœu que votre dictionnaire suscite un nouvel élan critique. En quel sens ?

Pour commencer, nous organisons en septembre à Rouen une journée d’études autour du dictionnaire avec des historiens, des linguistes, des philosophes. Nous leur demanderons une lecture critique du dictionnaire. Et puis, en 2019, nous aimerions organiser un colloque international qui confronterait les approches des écritures de soi à travers diverses aires linguistiques. Nous avons aussi en projet un site Internet sur lequel nous afficherions des extraits de notre dictionnaire avec des remises à jour périodiques. Mais, de toute manière, il ne faut pas se leurrer, un livre de cette nature n’a sans doute pas une durée de vie qui excède trente ans. Et c’est déjà beaucoup.