Dictionnaire de l’autobiographie (dir. Françoise-Simonet Tenant)

 

book-08534510Françoise Simonet-Tenant, éditrice scientifique de l’ouvrage, et ses collaborateurs, ont le grand plaisir de vous annoncer la sortie prochaine du Dictionnaire de l’autobiographie. Écritures de soi en langue française, qui paraîtra aux Éditions Champion en juin 2017.

Ce volume de 845 pages, qui regroupera 457 articles signés par 192 contributeurs répond à une triple volonté : il entend d’abord établir le bilan de plusieurs décennies de réflexion théorique, plus de quarante ans après la parution du Pacte autobiographique (1975) de Philippe Lejeune. Il vise ensuite à cartographier un champ de recherches dont l’extension est souvent mal comprise : l’autobiographie au sens strict, mais également, et plus globalement, les écritures de soi. À un moment où la médiatisation de l’autofiction brouille les frontières entre fiction et non-fiction, il semble important de décrire les spécificités du champ non fictionnel et de se demander si l’écriture autobiographique est un modèle d’écriture identifiable à quelques traits précis ou un registre qui transcende les frontières génériques. Enfin, ce dictionnaire souhaite féconder un nouvel élan théorique. Il dépasse une vulgate promue par l’institution scolaire et universitaire, constituée en canon, ne se limite pas aux seuls corpus consacrés mais s’intéresse également à des auteurs méconnus, voire aux écritures ordinaires. Derrière le succès de l’autobiographie se cache une diversité de pratiques et de genres ayant en commun l’écriture à la première personne, qui connaissent des fortunes variables mais ne cessent de se nourrir réciproquement : Mémoires, souvenirs, témoignages, journaux personnels, correspondances intimes, chroniques… Il s’agit de désenclaver l’autobiographie en la réinscrivant dans une large continuité historique et au sein de l’espace francophone ; les écritures de soi, souvent réduites à leur seule prétention à calquer le monde, sont aussi des supports essentiels au renouvellement de la création littéraire.

En avant-première, Françoise Simonet-Tenant, directrice de l’ouvrage et coordinatrice du projet, a répondu à Gérald Cahen pour La Faute à Rousseau. Nous vous proposons de découvrir le début de cet entretien et publierons, en différentes livraisons, quelques éléments susceptibles de vous donner envie de découvrir cet ouvrage de référence.

Que rassemblez-vous exactement sous le terme d’« autobiographie » ?

Plusieurs choses : l’autobiographie proprement dite, au sens d’un récit de sa vie fait dans un esprit de vérité, les Mémoires écrits pour la postérité, la correspondance, le journal personnel et les témoignages. Nous avions déjà un modèle, car les Américains nous avaient devancés avec l’Encyclopedia of Life Writing, un monument de 1 090 pages comprenant quelques 700 entrées réparties en cinq catégories. Nous avons opté comme eux pour l’ordre alphabétique avec des entrées par auteurs et par œuvres mais aussi par thèmes, par époques, par lieux, par genres, etc. Nous tenions surtout à ne pas faire un dictionnaire trop franco-centré mais à nous ouvrir à d’autres chemins de l’écriture de soi dans d’autres espaces, car on ne se dit pas de la même façon d’une culture à l’autre. Nous couvrons ainsi un vaste champ géographique qui va de l’Afrique francophone au Québec et aux Caraïbes, et nous remontons dans le temps jusqu’à l’Antiquité, même si « le souci de soi » qui prévalait alors, pour reprendre l’expression de Foucault, ne recouvre pas évidemment les écritures de soi au sens moderne. Mais elles y sont en germe.

Lorsqu’on parcourt la liste des articles, on est impressionné par leur diversité. À côté des auteurs et des œuvres, vous traitez des ateliers d’écriture, du cahier, de l’ordinateur, des blogs, de l’épitaphe, de la préface, de la météo, du secret, de la prison, du suicide, de la BD, du cinéma, des arts plastiques… Et les amateurs de termes techniques ne sont pas oubliés avec l’égo-histoire, l’antiautobiographie, l’autosociobiographie…

Le but d’un dictionnaire c’est de tenter de mettre de l’ordre dans le désordre, en l’occurrence ici d’essayer d’organiser le paysage des écritures de soi. Chaque article commandé a fait l’objet d’échanges et de débats animés car nous n’avions pas tous, loin s’en faut, le même point de vue. Après 2012, pour plus d’efficacité, je n’ai gardé autour de moi qu’une petite équipe constituée de Michel Braud, Jean-Louis Jeannelle, Philippe Lejeune et Véronique Montémont. Nous avons alors créé sur Internet une boîte de travail partagée sur laquelle je versais chaque dimanche les articles que je recevais et chacun de nous les commentait et les corrigeait en se servant d’une couleur différente, à charge pour moi d’arbitrer. Il y avait les sévères et les moins sévères, les indulgents et les inflexibles, je ne citerai pas de noms…

Comment avez-vous décidé de la place plus ou moins importante qu’il fallait accorder à tel ou tel article ?

Il y a les auteurs canoniques qu’on ne peut pas expédier en une demi-page : Montaigne, Mme de Sévigné, Rousseau, Constant, Chateaubriand, Amiel, Stendhal, Sand, Gide, Leiris, Perec… Nous avons fait la part belle également aux genres eux-mêmes, à l’autobiographie, aux Mémoires, au journal, à la correspondance… Cela nous a permis de citer des auteurs auxquels nous n’avions pas la place de consacrer un article spécifique, car il était impossible malheureusement d’être exhaustif. L’index final de 45 pages permet de les retrouver.

(à suivre…)